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Metteurs en scène

 
 
 
     
 

Chen Xihe 陈西禾

Présentation

par Brigitte Duzan, 07 novembre 2015

 

Dramaturge, scénariste, réalisateur, traducteur et critique, Chen Xihe a débuté sacarrière au théâtre à la fin des années 1930, à Shanghai, dans le sillage des grands dramaturges et cinéastesqu’ont été Huang Zuolin (黄佐临) et Shi Hui (石挥). Il n’a jamais atteint leur renommée, mais a exercé une influence non négligeable au cinéma dans les années 1950, l’apogée de sa carrière étant le film « Famille » () qu’il a adapté en 1956 du roman éponyme de Ba Jin (巴金).

 

Chen Xihe jeune

 

Débuts au théâtre

 

Chen Xihe (陈西禾) est né à Minhou, un district de la ville de Fuzhou, dans le Fujian (福州市闽侯县).

 

Premiers pas : remarqué par Ba Jin

 

Après avoir terminé ses études à l’université Daxia  (大夏大学), à Shanghai, en 1933, il devient journaliste et professeur au Collège des Arts libéraux pour filles de l’université Aurora (震旦女子文理学院), toujours à Shanghai. En même temps, passionné par les arts du théâtre, il lit, étudie et traduit des pièces étrangères, anglaises et surtout françaises. Il publie également un recueil de réflexions sur ses traductions (《翻译问题》).

 

En 1938, il débute sa carrière en devenant librettiste et metteur en scène de la Société des arts du théâtre de Shanghai (上海剧艺社). Il écrit alors la pièce de théâtre parlé, « The Abyss » (Chenyuan《沉渊》), dont le premier acte est publié dans la revue Wenxue jilin (文学集林), en décembre 1939. La totalité de la pièce est ensuite éditée par les éditions de la compagnie Wenhua (文华生活出版社) en 1940.

 

Chenyuan est un drame en trois actes qui relate la sombre histoire d’un industriel shanghaïen, fabricant de soieries, au bord de la faillite. Sa femme estla fille de l’ancien propriétaire de l’usine, qui s’est suicidé, et mène une vie terne qui la rend à moitié hystérique. Son fils, névrosé, souffre de dépression… Le drame se noue autour de la fille qu’il a eue d’un précédent mariage, amoureuse d’un orphelin qui est en fait le fils de l’ancien propriétaire… L’atmosphère est lourde de chantages, extorsions de fonds, séductions et trahisons, avec un dramatique retournement de situation à la fin. [1]

 

La pièce n’est pas vraiment réaliste. L’intrigue repose beaucoup sur des coïncidences fortuites, en particulier des conversations surprises par hasard, et souffre des excès hystériques de l’épouse. Mais la complexité des situations et le style général reflètent l’influence de Cao Yu (曹禺).

 

Chenyuan a été représentée pour la première fois en août 1939 à Shanghai et a ensuite été rééditée cinq fois. Elle ne semble pas avoir eu un grand succès auprès du public, mais elle a été louée par Ba Jin : c’est le début d’une relation amicale entre le jeune dramaturge et l’écrivain qui avait juste sept ans de plus que lui mais était déjà célèbre.

 

Chen Xihe adapte alors au théâtre son roman « Printemps » (《春》), deuxième volet de la « trilogie du torrent » (激流三部曲) qui venait d’être publié l’année précédente. Il met en scène la pièce à Chongqing en 1940, ainsi que d’autres.

 

Dans la mouvance de Huang Zuolin

 

Deux ans plus tard, Chen Xihe revient à Shanghai et entre dans la troupe Kugan (苦干剧团), créée en 1942 à Shanghai par un groupe de transfuges de la Société des arts du théâtre, sous l’égide du dramaturge Huang Zuolin (黄佐临). Principale troupe de théâtre de Shanghai pendant l’occupation japonaise, c’était un vivier de talents qui regroupait les grands dramaturges et acteurs du moment, dont Shi Hui (石挥). Elle est dissoute en juin 1946. Commence alors l’aventure de la Wenhua.

 

Du théâtre au cinéma

 

1948 : à la Wenhua

 

La compagnie cinématographique Wenhua (文华影业公司) est créée en 1946 par Wu Xingzai (吴性栽), avec tous les grands noms de la Kugan : Huang Zuolin, Shi Hui, Sang Hu, Fei Mu, etc … et même Cao Yu. C’est la plus importante compagnie de Shanghai jusqu’à sa nationalisation.

  

Sisters Stand Up

 

Quand Chen Xihe y entre, en 1948, il se retrouve dans une formidable ambiance créatrice. Sous l’un de ses deux noms de plume, Wan Yue (万岳), il écrit le scénario du film “Hearts Aflame” (《火葬》) réalisé par Zhang Junxiang (张骏祥) [ou Yuan Jun 袁俊].

 

Après l’avènement du régime communiste, il réalise son premier film, « Stand Up Sisters» (《姐姐妹妹站起来》), qui sort en janvier 1951, avec Shi Hui dans le rôle principal. L’histoire est celle d’une jeune fille qui, venue chez une parente avec sa mère après la mort de son père, est vendue à un réseau de prostitution ; elle en sera sauvée à l’arrivée des communistes au pouvoir.

 

« Stand Up Sisters » fait partie des films dits “ de reconstruction socialiste” des années 1950, en hommage au travail du Parti après la Libération [2], ici la suppression de la prostitution. C’est une œuvre de semi-fiction. L’une des actrices, Li Lingyun (李凌云), étaiten effet elle-même une ancienne prostituée ; c’est elle qui interprète le rôle de la maquerelle. Le film était basé sur une pièce que les femmes de la maison close où elle travaillait avaient écrite elles-mêmes, et représentée à Pékin ; Li Lingyun avait réussi à donner tellement de vérité à son personnage qu’un spectateur lui avait lancé une pierre, et l’avait blessée au visage [3]. 

 

Da Xiang, au début de « Sisters Stand Up »

 

Stand Up Sisters : sauvées par la Libération

 

Dans le film, Shi Hui interprète magistralement, avec un fort accent de Pékin, un souteneur sans scrupule qui procure des femmes à une maison close et sera châtié à la Libération. La seconde partie est consacrée à la rééducation des femmes, sous la férule d’une femme cadre à casquette Mao et pantalons d’époque. Les femmes sont regroupées dans un camp de rééducation où on leur répète qu’elles ont été les victimes de leurs ennemis de classe. Leur salut sera dans le travail.

 

Le film est sorti à Shanghai au tout début de 1951, avec une présence massive dans les cinémas, et fut très bien reçu par la critique. La Wenhua avait fait ce qu’il fallait pour cela : le film comporte une scène de lutte orchestrée par la femme cadre chargée de la rééducation, et une scène où les prostituées dénoncent les anciens propriétaires des maisons closes et demandent leur exécution. Le film est considéré en

Chine comme un classique ; il est sorti en DVD en 2005 [4].  

 

Le film « Stand Up Sisters »

 

En 1951, encore deux autres films sont réalisés à la Wenhua : un réalisé par Shi Hui lui-même, « Platoon Commander Guan » (关连长), et « A Window on America » (美国之窗) qui sera le dernier effort de la compagnie pour tenter de se concilier les bonnes grâces du pouvoir ; tourné pendant l’hiver, à la fin de l’année, et sorti début 1952, c’est un film anti-américain, en soutien à la guerre de Corée, dont le scénario fut adapté par Huang Zuolin à partir d’un texte soviétique.

 

C’est un film étonnant, le seul film de l’histoire du cinéma chinois tourné entièrement aux Etats-Unis avec des acteurs chinois interprétant des rôles d’Américains, blancs et noirs, et en particulier Shi Hui, avec un faux nez, jouant le rôle d’un capitaliste dont les affaires sont menacées par les troubles liés à la guerre. C’est une comédie, coréalisée par Shi Hui, Huang Zuolin et un troisième réalisateur moins connu, Ye Ming (叶明), que l’on retrouvera coréalisateur de Chen Xihe en 1956…

 

Mais les dés sont jetés : fin 1952, la Wenhua disparaît avec les derniers studios privés, intégrés dans le réseau des studios d’Etat. Comme les autres de la compagnie, Chen Xihe entre alors au studio de Shanghai (上海电影制片厂), où est regroupé l’ensemble de la production cinématographique de la ville.

 

1952 : au studio de Shanghai

 

En 1954, il réalise « Une représentante des femmes » (《妇女代表》), un film en noir et blanc, encore très marqué par le théâtre, qui sort au tout début de 1954. En fait, le film a été adapté d’une pièce de théâtre en un acte écrite l’année précédente par Sun Yu (孙芋), un auteur originaire du Dongbei, où se passe la pièce.

 

La libération des femmes des maisons closes des hutongs (aspect documentaire)

 

Le film « Une représentante des femmes »

 

Sur le tournage de Famille, avec l’acteur Wei Heling

 

Mais c’est en 1956 que Chen Xihe réalise le film qui marque l’apogée de sa carrière : « Famille » (), adapté du roman éponyme de Ba Jin, et coréalisé avec le jeune cinéaste Ye Ming.

 

Chronique d’un conflit entre générations, entre tradition et désir de s’en évader, dans une riche famille de Chengdu, au début des années 1920, juste après le mouvement du 4 mai. Très populaire auprès des jeunes Chinois lors de sa publication en 1933, le roman a fait de Ba Jin l’auteur le plus en vue de sa génération.

 

Même si les idées et sentiments de ses personnages sont ambigus, il est généralement considéré comme une défense des idées nouvelles contre la tradition, dans une Chine encore marquée par les structures familiales extrêmement hiérarchisées du système confucéen, où personne n’avait d’autonomie ni de liberté, et les femmes tout particulièrement.

 

C’est surtout contre l’oppression des femmes dans la famille traditionnelle que le roman s’élève, en dressant un tableau très noir du sort qui est le leur : dans le roman, les trois principaux personnages féminins trouvent la mort. Ba Jin a expliqué que son histoire est inspirée de sa propre famille et de ses souvenirs personnels.

 

Le film reprend fidèlement l’histoire telle qu’elle est contée par Ba Jin. Il est réalisé la même année que « Le Sacrifice du Nouvel An » (《祝福》) de Sang Hu (桑弧), également au studio de Shanghai, et représente le même courant de pensée. Mais Ba Jin a reconnu lui-même qu’il n’avait peut-être pas rendu totalement sa pensée. Aussitôt après la fin

 

Les deux réalisateurs et les deux acteurs principaux

entourant Ba Jin lors du tournage de Famille :
De g à droite assis : Zhang Duanfeng 张瑞芳,

Ba Jin 巴金, Sun Daolin 孙道临
Debout derrière : à g Ye Ming 叶明 et à dr Chen Xihe 陈西禾

du tournage, les acteurs eux-mêmes ne se sont pas sentis entièrement satisfaits, comme ils en ont témoigné. Mais Chen Xihe a dû se plier aux exigences de la production, et couper certains épisodes du roman, dont les plus émouvants.  
 

Ye Ming a dit par la suite qu’il aurait peut-être fallu faire un film en deux parties pour pouvoir rendre parfaitement le roman. Le risque aurait été de tomber dans un mélo de style télévisé. Tel qu’il est, le film de Chen Xihe se présente comme un compromis, et il faut lui reconnaître qu’il est tellement bien joué qu’il tient parfaitement la route, sans excès d’émotion. Et c’est un film qui continue à émouvoir ceux qui l’ont tourné quand ils le regardent aujourd’hui.

 

Il n’a pas eu beaucoup de retentissement quand il est sorti. Mais, après la Révolution Culturelle, il a été l’un des premiers films à être à nouveau autorisé, et il a eu alors un grand succès.

 

Recherches théoriques

 

L’histoire du Huangpu

 

En 1958, Chen Xihe écrit avec Ai Mingzhi (艾明) le scénario du film « L’histoire du Huangpu » (《黄浦江的故事》), sur l’histoire des luttes ouvrières à Shanghai, au début du 20ème siècle. Le film, en couleurs, est réalisé par Huang Zuolin et sort en 1959. C’est Wei Heling (魏鹤龄), le patriarche de « Famille », qui y interprète le rôle principal.

 

Mais, après 1960, Chen Xihe abandonne la caméra pour se consacrer à la recherche sur la théorie du cinéma. Il publie sa traduction de 1946 du livre « Explications du système de Stanislavski » (《斯坦尼斯拉夫斯基体系解说》). Il écrit des articles sur le langage cinématographique (《电影语言的集中元素》), l’utilisation du son (《谈电影中声音的运用》), etc… Une grande partie de ses articles sont ensuite regroupés dans l’ouvrage « L’image et le son au cinéma » (《电影的画面和声音》).

 

Après la Révolution culturelle, il participe à l’édition révisée de 1979 de l’encyclopédie Cihai (《辞海》), comme rédacteur responsable des analyses de cinéma.

 

Après avoir été nommé directeur adjoint du centre de recherche sur le cinéma de Shanghai, malade, il meurt à l’âge de 71 ans, le 29 juin 1983.

 


 

[1] Sur cette pièce, Voir : A Selective Guide to Chinese Literature 1900-1949, vol. 4 the Drama, ed. by Bernd Eberstein, Brill 1990, pp 182-183.

https://books.google.fr/books?id=rUHZIcoNpSYC&pg=PA343&lpg=PA343&dq=chen+xihe&source=bl&ots

=XcJ83AF9Zs&sig=nMG8q6G6UMZqjC6enz0hM_KVHRo&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=chen%20xihe&f=false

[2] En 1950, le gouvernement a adopté un système de quotas pour concrétiser les objectifs de production en éliminant les films étrangers, et en allouant aux studios des sujets en ligne avec les préoccupations du Parti. Le ton des films devait être laudatif, et les scénarios célébrer la victoire du bien sur le mal…

[3] L’histoire de Li Yiyun est plus complexe que le film ne le laisse entendre : la maquerelle prétendait qu’elle était sa fille, que toutes les autres filles avaient été achetées mais pas elle, et Li Liyun a passé quinze ans de sa vie à l’appeler maman. Une autre prostituée dans le même cas refusa de se laisser « rééduquer » et fut accusée d’avoir une ‘faible conscience » de classe.

[4] En 1995, « Blush » (《红粉》) de Li Shaohong (李少红), d’après une nouvelle de Su Tong (苏童), a remis en cause le mythe de la reconversion réussie des prostituées après l’avènement du régime communiste. Après 1956, le ministère de l’Intérieur déclara que le régime avait réussi à éliminer toutes formes de prostitution, mendicité et délinquance. En fait, le problème a ressurgi avec la politique de libéralisation, et le Parti a laissé entendre que certaines méthodes maoïstes seraient la meilleure solution pour résoudre ces problèmes sociaux. D’où l’intérêt pour le film. Les délinquants n’avaient sans doute pas disparu, plutôt été déplacés vers les campagnes, mais ils avaient disparu du discours officiel.

D’ailleurs, quand des recherches furent faites en 2005 pour trouver des bonus pour le DVD, on tenta de retrouver Li Yiyun, mais sans succès.

 

 

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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