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Midi Z  Zhao Deyin 趙德胤

Présentation

par Brigitte Duzan, 24 avril 2017

 

Midi Z est un réalisateur taïwanais issu de la minorité chinoise de Birmanie. Cinéaste autodidacte né au début des années 1980 et voix originale dans le cinéma taïwanais, il a été remarqué par Hou Hsiao-hsien en 1999 et s’est depuis lors établi une solide réputation qui a très vite franchi les frontières de l’île.

 

Parcours mouvementé de Birmanie à Taiwan

 

La première originalité, fondamentale, de

 

Midi Z

Midi Z est identitaire : comment devient-on « taïwanais issu de la minorité chinoise de Birmanie » ? 

 

De Nankin à Lashio…

 

Midi Z est né en décembre 1982 à Lashio, dans l’Etat de Shan, au nord-est de Myanmar, aux confins de la Chine, du Laos et de la Thaïlande.

 

Ses parents, cependant, étaient de Nankin. Son grand-père était un soldat de l’armée nationaliste qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, a fait partie des troupes envoyées combattre l’armée japonaise qui occupait les Etats fédérés Shan ; après la défaite japonaise, ces troupes ont formé là une base du Guomingdang pour reconquérir la Chine, et les soldats y sont ensuite restés avec leurs familles, dans un contexte de rébellions armées réprimées par le gouvernement après l’indépendance [1].

 

A seize ans ouvrier à Taipei (à dr.)

 

C’est ainsi que Midi Z est né à Lashio. Midi est, dans le dialecte local, le nom désignant le petit dernier d’une famille : il était en effet le plus jeune de quatre enfants. Quant à Z, c’est le début de son nom en chinois, réduit à la première lettre de la transcription pinyin car le son zh est difficile à prononcer dans le dialecte local.

 

L’enfant est doué, mais la famille pauvre. C’est donc une aubaine quand, en 1998, à l’âge de seize ans, il décroche une

bourse pour aller étudier à Taiwan – une de ces bourses d’études décernées par le gouvernement taïwanais aux meilleurs rejetons de ses anciens soldats, pour bons et loyaux services. 

 

… et de Lashio à Taipei

 

C’est à Taipeh que, disent ses biographies, il termine ses études secondaires, puis fait des études de design à l’université de science et technologie de Taiwan.

 

En fait, la bourse ne couvrait que les frais d’études, pas le voyage. La famille s’est donc endettée pour le lui payer et lui, en arrivant à Taipeh, au lieu d’aller en cours, est surtout allé travailler en usine pour gagner de l’argent.

 

Il commence à "faire du cinéma" par hasard. A la veille de se marier, un ami resté en Birmanie lui demande de lui acheter une caméra pour filmer son mariage. Mais la situation politique ne permet pas à Midi Z de la lui envoyer : dans le contexte d’insurrections armées et de répression, surtout après le coup d’Etat du général Ne Win en 1962, et malgré les accords de cessez-le-feu signés à la fin des années 1980, toute caméra est considérée à Myanmar comme une arme potentiellement séditieuse.

 

Avec son premier appareil photo

  

Midi Z commence donc à s’en servir pour filmer lui-même des mariages et gagner un peu d’argent. Puis il commence à filmer des réfugiés birmans de Taipei.

 

Naissance d’un cinéaste

 

Coup de pouce de Hou Hsiao-hsien

 

Quand, en 1999, Hou Hsiao-hsien crée l’Institut du Golden Horse pour former de jeunes cinéastes émergents, Midi Z est sélectionné pour la première édition. Il a la chance d’avoir pour professeurs trois des plus grands cinéastes taïwanais (et mondiaux) du moment qui lui prodiguent leurs meilleurs conseils : Hou Hsiao-hsien, Ang Lee et Tsai Ming-liang.

 

Mais c’est surtout sa rencontre avec Hou Hsiao-Hsien qui est décisive : il lui apprend plus particulièrement à diriger des acteurs amateurs dans un souci de réalisme, ce qui va être l’un des traits caractéristiques des films de Midi Z. Mais Hou Hsiao-Hsien est surtout fasciné par les sujets de Midi Z, ces réfugiés birmans anonymes dans la capitale taïwanaise, et par son désir de témoigner de leur situation précaire.

 

Coup d’envoi à Busan

 

Après la fin de son stage de formation, Midi Z réalise en 2002 un premier court métrage documentaire : « Ombres fugaces de la vie » (《生活浮影》). Il est suivi, deux ans plus tard, d’un autre court métrage, mais de fiction cette fois, tourné en numérique : « Mensonge sur mensonge » (《以讹传讹》).
 

Deux ans plus tard encore, en 2006, sort le court métrage qui, programmé au festival de Busan, puis à Melbourne, lui apporte une première notoriété : « Paloma Blanca » (《白鸽》). C’est une fiction de 13 minutes aux images énigmatiques dont le titre donne une clé explicative : c’est, sur une plage, une envolée de jeunes filles en blanc comme des tourterelles, figurant les pigeons élevés pour des paris. L’argument est tenu, si l’image est belle. Mais elle l’est suffisamment pour attirer l’attention.

 

Le court métrage en deux parties :

 

Paloma Blanca 1

 

Paloma Blanca 2

 

Le motocycliste

 

En 2008, le quatrième court métrage de fiction de Midi Z, « Le motocycliste » (《摩托车夫》), est comme un exercice de style annonçant un thème récurrent dans ses films. En 2009, le moyen métrage « L’incident de la rue Hua-xin » (《华新街记事》) est programmé au festival du cinéma international de Hong Kong. Le monde de Midi Z est là, sombre et violent.

 

 

L’incident de la rue Hua-xin

 

Après encore deux autres courts métrages en 2010, Midi Z amorce ensuite la préparation de son premier long métrage, sorti en 2011.

 

Trilogie du retour

 

Ce long métrageest le premier d’une trilogie qui s’étale jusqu’en 2014 : la" trilogie du retour" (《归乡二部曲》).

 

1. « Return to Burma » (《归来的人) a été tourné en Birmanie, en partie clandestinement. C’est un retour aussi pour Midi Z, mais le pays vers lequel il revient est dépeint avec un humour grinçant ; ce n’est pas celui des chansons de propagande qui vantent la démocratie et la liberté.

 

L’histoire est celle d’un jeune Birman d’origine chinoise, comme lui, qui, après avoir travaillé douze ans comme

 

Devine qui je suis

ouvrier sur des chantiers à Taipei, revient chez lui pour y rapporter les cendres d’un ami décédé. Il retrouve un pays où tout le monde travaille pour des salaires de misère, en économisant dans l’espoir de pouvoir se payer un passeport et partir à l’étranger.

 

2. « Poor Folk » (穷人。榴梿。麻药。偷渡客) sort l’année suivante. Le titre entier signifie : Les pauvres. Durians. Narcotiques. Immigrants illégaux. Le lot commun, en quelque sorte. C’est sans doute le film le plus dur, le plus osé aussi, de Midi Z : il l’a tourné sans autorisation, sans argent, comme témoignage de tous les trafics qui pullulent dans son pays, et en particulier la drogue [2].

 

Malgré tout, malgré l’aspect très documentaire, c’est une fiction : l’histoire

 

Return to Burma, 2011

de deux garçons qui deviennent des petits délinquants à Bangkok, pour tenter de réunir l’argent nécessaire pour libérer la sœur de l’un, qui a été vendue, avec l’accord de sa propre mère, à un réseau de prostitution. C’est une fiction, mais Midi Z n’invente rien, c’est cet aspect hyperréaliste qui est le plus glaçant. 

 

Poor Folk, trailer

 

Midi Z a alors tourné deux courts métrages avant de réaliser le troisième volet de sa trilogie : en 2013, « Asile muet » (《沉默庇护》), un court faisant partie du projet « Taipei Factory » (《台北工厂》), et, en 2014, « Le palais sur la mer » (《海上皇宫》), primé au festival de Pékin. C’est une fable baroque dont l’histoire se passe dans un temple bouddhiste installé sur une sorte de palace flottant amarré à quai, où une jeune femme aux prises avec ses souvenirs rencontre un moine émanant de sa prochaine existence.

 

Le palais sur la mer, trailer

 

3. Troisième volet de la trilogie, « Ice Poison» (《冰毒》) dénote une certaine maturation du réalisateur. C’est l’histoire d’une rencontre, dans une petite ville birmane : celle d’un jeune paysan qui a quitté sa ferme parce qu’il n’arrive plus à en vivre, et d’une jeune femme revenue de Chine, où elle était partie travailler, pour enterrer son grand-père.

 

Dès l’entrée, le tableau est bien brossé : le jeune paysan et son grand-père descendent à la ville pour tenter d’emprunter de l’argent à des parents qui travaillent dans des mines de jade ou font du trafic d’opium. Mais ils ont été ruinés par les taxes et les extorsions diverses. Alors le grand-père donne sa vache en gage pour offrir une mobylette à son petit-fils pour qu’il puisse faire office de taxi.

 

C’est alors qu’il s’associe avec cette jeune émigrée revenue au pays qui veut y rester avec son fils et qui, pour vivre, est

 

Ice Poison

tentée par le trafic de stupéfiants – le "poison de glace" du titre. Ils font les livraisons à deux…. Midi Z

 

Sur le tournage de « Ice Poison »

 

filme sans juger, comme si tout cela était parfaitement normal, et cela l’est presque : il n’y a guère d’autres emplois dans le coin et il faut bien survivre.

 

Sorti à la Berlinale en février 2014, « Ice Poison » a également été présenté au festival de Tribeca et à celui de Moscou, entre autres. Il a ensuite été sélectionné pour représenter Taiwan aux Academy Awards en 2015. Cela permet de mesurer le chemin parcouru en quinze ans par Midi Z.

 

Le film en deux parties :

 

Ice Poison 1

 

Ice Poison 2
 

Documentaires

 

Midi Z a ensuite réalisé deux documentaires sur les mines de jade illégales du Myanmar, qui sont sortis en 2015 et 2016 : « Jade Miners » (《挖玉石的人》) et « City of Jade » (《翡翠之城》), ce dernier présenté à la Berlinale en février 2016 et sorti à Taiwan fin juillet 2016.

 

Le premier est une œuvre austère faite de vingt plans d’une longueur totale de 104 minutes. Mais le second est sans doute le plus personnel de tous les films de Midi Z. Il est filmé dans sa région natale où des

 

Avec Ang Lee, présentant « Ice Poison » au festival de Tribeca

"chasseurs de jade", comme on dit des chasseurs d’or, exploitent illégalement le minerai. Midi Z mêle informations politiques et culturelles à une trame narrative centrale potentiellement sensible : les retrouvailles de Midi Z avec son frère aîné qui a disparu pendant une vingtaine d’années.

 

City of Jade

 

La séquence initiale révèle que le frère a été libéré d’une prison de Mandalay en 2010 après avoir été condamné pour trafic de drogue, et que le réalisateur lui a écrit des centaines de lettres restées sans réponses. Il veut maintenant savoir ce qui s’est passé pendant toutes ces années. Mais la première chose que lui dit son frère est qu’il veut revenir dans le nord, dans l’Etat de Kachin, et reprendre la recherche du jade. Les mines de jade étant en pleine zone de conflit ont été abandonnées par les sociétés d’exploitation, laissant la voie libre à des individus sans licence. La zone de Kachin est appelée « Jade City ».

  

La discussion entre les deux frères prend place à bord d’un train en route vers le nord. Le frère reste quasiment muet sur les problèmes familiaux. En revanche, il explique la chute dans la consommation d’opium, comme quelque chose d’inéluctable, pour lutter contre la solitude et la peur constante de descentes de police, et résister aux difficultés et aux dangers de cette vie très dure. Mais, comme pour les chercheurs d’or, l’attrait – irrationnel - du gain espéré est le plus fort.

 

C’est sans doute dans le documentaire que Midi Z, finalement, est le plus percutant, malgré une tendance aux plans inutilement longs et répétitifs. Et c’est d’autant plus vrai que c’est par leur aspect documentaire que ses films de fiction prennent toute leur valeur de témoignage.

 

Adieu Mandalay

 

Il est pourtant revenu vers la fiction aussitôt après ces deux documentaires, avec « The Road to Mandalay » ou « Adieu Mandalay [3]» (《再见瓦城》) sorti en première mondiale à la Biennale de Venise en septembre 2016 et en France en avril 2017. A Venise, le film a obtenu le prix Fedeora.

 

Mandalay est réduite à la rive du fleuve que viennent traverser les migrants fuyant les combats et la pauvreté. Le film est cette fois l’histoire de deux 

 

The Road to Mandalay

immigrants illégaux à Bangkok. L’un va travailler dans une usine textile, sa compagne de voyage a d’autres plans : avoir un travail légal et un passeport thaï. Mais elle est obligée d’accepter un job de misère à la plonge d’un restaurant, se fait prendre dans une descente de police, se fait rouler, mais elle refuse de baisser les bras et va rejoindre l’usine où travaille son copain.

 

La photographie est de Tom Fan, le montage de Matthieu Laclau, la musique de Lim Giong. Midi Z a franchi une nouvelle étape dans la maturation de son art.

 

En novembre 2016, il a été couronné du titre de Cinéaste taïwanais d’exception au 63ème festival du Golden Horse.

 


 

Filmographie

 

Longs métrages 

2011 Return to Burma 《归来的人》
2012 Poor Folk 《穷人。榴梿。麻药。偷渡客》
2014 Ice Poison 《冰毒》
2016
 Adieu Mandalay 《再见瓦城》

 

Treize courts métrages entre 2002 et 2014,

dont :

2002 Ombres fugaces de la vie 《生活浮影》
2004 Mensonge sur mensonge 《以讹传讹》
2006 Paloma Blanca 《白鸽》 13’
2008 Le motocycliste 《摩托车夫》
2009 Devine qui je suis 《猜猜我是谁?》 16’
2009 L’incident de la rue Hua-xin 《华新街记事》23’
2013 Asile muet 《沉默庇护》
        (projet « Taipei Factory » 《台北工厂》)
2014 Le palais sur la mer 《海上皇宫》 15’

 

Documentaires

2015 Jade Miners 《挖玉石的人》
2016 City of Jade 《翡翠之城》
 

 


 


[1] Etats fédérés créés par les Britanniques en 1922 et entérinés par les constitutions de 1923 et 1937. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la zone a été occupée par les Japonais. Après la guerre, les Britanniques sont revenus, mais les forces chinoises nationalistes sont restées. Dans le cadre du processus menant à l’indépendance, la conférence de Panglong, en février 1947, a créé un Etat Shan unifié, qui a en outre obtenu le droit à sécession dix ans après l’indépendance. Celle-ci, en janvier 1948, a aussitôt été marquée par des rébellions armées, dont celle des troupes nationalistes chinoises qui ont envahi le Shan en 1950 avant d’être repoussées par les forces chinoises communistes. Mais le Guomingdang voulait utiliser la région à l’est de la Salween comme base pour reconquérir la Chine. Il a bien failli réussir, avec l’aide américaine, à conquérir le Shan en mars 1953. L’armée birmane les a repoussés, mais les restes de l’armée nationaliste et leur progéniture sont restés dans le Shan. 

[2] Au début des années 1960, l’Etat de Shan était secoué par de multiples rébellions. Zone de conflits, la région devint une zone de culture et de trafic de l’opium dont les revenus finançaient les insurgés, dont le Parti communiste de Birmanie : le fameux Triangle d’or.

[3] Dans les plaines du centre de la Birmanie, Mandalay est la deuxième ville du pays et fut sa dernière capitale royale, surnommée la « cité des joyaux ». Le mandarin y est de plus en plus répandu : la ville compte de 30 à 40 % de Chinois, pour la plupart immigrants venus dans les années 1990 du Yunnan voisin, mais aussi du Sichuan.

 

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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