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Yang Jin 杨瑾

Présentation

par Brigitte Duzan, 4 septembre 2013 

 

Yang Jin (杨瑾) est peut-être plus connu comme directeur de la photographie que comme réalisateur, mais, après deux films salués par la critique et remarqués dans divers festivals, il s’affirmait de plus en plus comme un talent original dans le pré carré du cinéma d’auteur chinois.

 

Or, pour son troisième long métrage, « Don’t Expect Praises » (《有人赞美聪慧,有人则不》), il a décidé d’abandonner le cinéma indépendant pour passer avec armes et bagages dans les rangs du système officiel.  Il reste pourtant toujours aussi exigeant, affirmant qu’il fait des films artistiques pour l’art non pour l’argent (拍文艺片不为钱只为艺术).

 

Réalisateur indépendant

 

Directeur de la photographie de réalisateurs indépendants comme Cui Zi’en (崔子恩) ou Li Ruijun (李睿珺), qui lui doit une

 

Yang Jin au festival de Pusan en 2009

bonne partie du succès de son second film, « The Old Donkey » (《老驴头》), Yang Jin a commencé sa carrière en tant que réalisateur avec un premier long métrage en 2004, tourné dans son Shanxi natal, comme le suivant.

 

Profondément ancrée dans la culture locale de sa province d’origine, son œuvre en est un reflet, avec un aspect documentaire important, mais renforcé et approfondi par la fiction qui vient y ajouter une note symbolique à la limite du conte ou de la fable. Y surgissent ça et là, comme du fond de l’inconscient, des réminiscences personnelles qui nimbent le tout de touches poétiques. C’est original, déconcertant, attachant comme ces sentiers rustiques aux pavés inégaux qui découvrent soudain, au détour du chemin, entre les arbres qui les bordent, une vision fugitive que l’on doit ensuite reconstruire en esprit.

 

1. « The Black and White Milk Cow »

 

Né en 1982 dans le Shanxi, Yang Jin (杨瑾) a d’abord suivi un cursus de photographe à l’école de cinéma du Shanxi, puis est entré en 2003 à l’institut des Arts et de la Communication de l’Université normale de Pékin (北京师范大学艺术与传媒学院) pour étudier la mise en scène. Il a tourné trois courts métrages pendant ces études, avant de réaliser son premier long métrage en 2004.

 

The Black And White Milk Cow

 

Ce premier film, dont il a aussi co-écrit le scénario et signé la photographie, est « The Black and White Milk Cow » (《一只花奶牛》), adapté d’une nouvelle quasiment éponyme de l’écrivain du Gansu Wang Xinjun (王新军) qui en a également été coproducteur.

 

Présenté au 19ème festival international du film de Fribourg, le film y a obtenu le prix du jury œcuménique, ainsi que le prix Don Quichote de la Fédération internationale des clubs de cinéma (FICC), attirant l’attention sur un jeune cinéaste encore totalement inconnu. Le film a ensuite fait un petit tour de divers festivals, dont la Viennale et le festival de Rome, et on a même pu le voir en octobre 2006 à Paris, au festival Shadows.

 

Le film se passe au village de Yangjiagou (杨家沟村), un coin

perdu dans les montagnes du Shanxi. Le chef du village fait revenir son neveu Yang Jinsheng (杨晋生) pour remplacer le vieil instituteur de la petite école locale. Jinsheng a juste terminé le lycée, mais son père vient de mourir, la famille est très pauvre, il doit donc abandonner ses études et revenir s’occuper de sa grand-mère. Mais le village aussi est très pauvre : il ne peut lui payer un salaire ; en échange de son travail, Jinsheng reçoit une vache, noire et blanche, celle du titre, qu’il va devoir soigner et traire, et dont il va partager le lait avec ses élèves, tout en vendant le surplus pour acheter des livres et du matériel. Il la fait même inséminer.  

 

L’école, cependant, n’est guère fringante : une vieille maison de terre à moitié en ruines, qui menace de s’effondrer à la première pluie un peu trop violente. C’est d’ailleurs ce qui se produit : une nuit de pluie diluvienne, une fissure apparaît dans un mur, l’école doit être évacuée, mais Jinsheng se fait coincer une jambe sous une poutre qui s’effondre soudain sur lui alors qu’il tente de sauver le maximum de tables. L’une des élèves, Yang Xiaofeng (杨晓凤), qui s’est montrée très prévenante à son égard, allant jusqu’à lui faire la cuisine, réussit à le libérer à l’aide de la vache. Mais celle-ci meurt peu de temps après en mettant bas un veau mort né. Quant à Xiaofeng, son père ayant eu un accident à la mine, elle doit partir travailler…  

 

… et le DVD

 

Jinsheng emmène à la fin du film sa grand-mère dans la montagne, se recueillir à l’endroit où a été enterré son père. C’est la plus belle séquence du film : un instant magique où la vieille femme, que l’on n’avait pas vue jusque là (on avait juste entendu sa voix venant d’une pièce où on la devinait alitée), donne, d’un ton calme et égal, une leçon de sagesse chinoise à son petit-fils, devant un superbe paysage qui incite à la contemplation. C’est un souvenir personnel de Yang Jin.

 

Ce n’est pas vraiment un film sur la difficulté des conditions de vie ou d’enseignement dans cet endroit reculé. Il a, il est vrai, un aspect documentaire. Yang Jin a souligné qu’il était très attiré par le documentaire, mais qu’il avait besoin de la fiction pour s’exprimer. L’aspect documentaire, en fait, donne une touche un peu raide au film qui s’en évade par la délicatesse des rapports humains qui y sont décrits, ceux, surtout, de la petite Xiaofeng et de Jinsheng, et ceux, à peine esquissés mais non moins délicats, de Jinsheng avec sa grand-mère, et ce sur fond de communauté villageoise dont une des caractéristiques surprenantes est la foi chrétienne qui la soude (1).

 

Yang Jin procède avec une grande économie de moyens (un budget de 10 000 yuans au total pour ce premier film), une sorte d’austérité par nécessité, mais qui semble refléter les conditions de vie mêmes qu’il filme et relate, dans une parfaite symbiose du style avec le sujet traité.

 

 

Bande annonce

 

2. « Er Dong »

 

Il a ensuite fallu quatre ans à Yang Jin pour réaliser son second film, qui date de 2008 : il s’agit de « Er Dong » (《二冬》), dont il est également le scénariste. Mais ce film a été réalisé dans de meilleures conditions que le premier : grâce à la notoriété acquise entre temps, Yang Jin a bénéficié de meilleurs moyens, et en particulier de l’aide à la post-production du fonds Hubert Bals (du festival de Rotterdam). Il reste cependant réalisé avec un budget des plus minimes : 15 000 yuans (environ 1 860 euros).

 

Er Dong est le nom d’un jeune garçon obstiné et rebelle, élevé par une veuve qui l’a adopté. On dit que son mari l’a trouvé, un jour de février froid et neigeux, au pied d’une grande pierre, non loin du village, appelée « la pierre où l’on vend les enfants » (卖儿石”). Il le lui a rapporté et est mort peu après. Mais Er Dong ne s’est jamais montré reconnaissant de tout ce que sa mère adoptive a fait pour lui. Il est devenu rebelle et

 

Er Dong

querelleur, jouant avec son fusil, paradant à moto et cherchant noise aux autres gamins du village.

 

De guerre lasse, sa mère décide de le confier à une école locale de missionnaires chrétiens (1). Las de chanter des cantiques à longueur de journée, il s’enfuit, avec une fille nommée Chang’e (嫦娥), comme la divinité de la lune. Mais, quand Chang’e tombe enceinte, il est bien obligé de revenir au village et de se marier. Il réalise alors qu’il n’est pas facile de gagner son pain quotidien sans qualifications, à l’ère de l’industrialisation rapide du pays. Après un premier job dans une briqueterie, très mal payé, il tente de se faire de l’argent en coupant illégalement des arbres, ce qui l’emmène droit au poste de police. Il finit par repartir tenter sa chance ailleurs, après avoir fait exploser la pierre, au moins dans sa tête…

 

Ce qui est intéressant est plus dans les interstices du récit que dans le récit lui-même, et, ici encore, dans la fiction et la construction plus que dans le côté documentaire. Le film (en couleurs) est entrecoupé de séquences en noir et blanc qui représentent comme des remontées de l’inconscient, l’expression symbolique du traumatisme d’un enfant trouvé qui n’accepte pas d’avoir été abandonné et de ne pas connaître ses parents véritables.

 

Er Dong, la pierre

 

Yang Jin a expliqué que cette idée initiale lui vient d’un souvenir d’enfance. Quand il était petit, ses parents ne travaillaient pas au même endroit ; il vivait avec sa mère et sa petite sœur. Il entendait souvent sa mère discuter avec les voisins. Ils disaient en plaisantant que ce n’était pas sa mère qui lui avait donné naissance, mais qu’on l’avait pêché avec un grand filet dans le fleuve Jaune. C’est l’une des images en noir et blanc que l’on voit dans le film.

 

En revanche, il avait une petite camarade de jeu nommé Pingping qui, elle, n’était pas la fille de la femme qui l’élevait, mais la fille de sa propre tante. Sa tante et son oncle avaient eu le bébé très jeunes, plus jeunes que l’âge minimum imposé par la loi ; s’ils l’avaient gardé, ils auraient dû payer une amende, et ils auraient en outre été mal considérés dans leur unité de travail. Ils allaient l’abandonner quand le père de Yang Jin l’a pris pour l’emporter à travers les montagnes enneigées, jusque chez sa sœur. D’où les autres images en noir et blanc qui montrent des personnages marchant lourdement dans la neige, et Chang’e vendant un enfant…

 

La dernière image en noir et blanc est celle de la « pierre où l’on vend les enfants » se désintégrant dans la neige, comme si Er Dong avait besoin de la faire exploser mentalement pour pouvoir se libérer du poids de son passé et commencer à mener une vie normale, avec femme et enfant.

 

Le film a de très belles séquences, et des photos superbes, qui rappellent que Yang Jin est d’abord photographe. On garde en particulier en mémoire des scènes d’intérieur montrant Er Dong avec Chang’e et le bébé, dans des couleurs pastel et des cadrages soigneusement dosés. Mais le film garde une touche brute, authentique.

 

Il a été primé au 13ème festival de Pusan, et remarqué dans nombre de festivals par la suite.

 

et directeur de la photo de réalisateurs indépendants

 

Entre 2004 et 2008, Yang Jin a été le directeur de la photo de différents réalisateurs, surtout Cui Zi’en (崔子恩) dont il est l’élève et qui a produit « Er Dong ». Yang Jin a signé la photo de trois de ses films :

-    en 2005 : « My Fair Son » (《我如花似玉的儿子》) (3) ;

-    en 2006 : «  Only Child, Upward, Downward, Forward, Backward, Rightward and Leftward » (《独生子,向上,向下,向前,向后,向左,向右》) ;

-    en 2009 : « Queer China, ‘Comrade’ China » (《志同志》).

 

Mais Yang Jin a aussi été le directeur de la photo de trois autres films récents (outre « The Old Donkey ») :

-    en 2007 : « A Disappearance Foretold » ou « Dans les décombres » (《前门前》), documentaire d’Olivier Meys / Zhang Yaxuan (张亚璇) sur la démolition et modernisation du vieux quartier de Qianmen, à Pékin, avant les Jeux olympiques ;

-    en 2007 encore : « Fairy Tale » (《童话》), documentaire de 420 mn d’Ai Weiwei (艾未未) et Wang Bing (王兵) ;

-    et en 2008 : « Ubu » (《盒饭》), film de Zhang Chi (张驰).

 

Autant de films réalisés par des cinéastes et artistes indépendants sur des sujets plus ou moins engagés. Yang Jin est lui-même resté longtemps farouchement attaché au mouvement indépendant, comme unique moyen de préserver ses exigences artistiques.

 

Dans un contexte de contrôle de plus en plus étroit des artistes indépendants, et de difficulté croissante à financer ses films si l’on n’offre pas à ses financiers une perspective même limitée de sortie en salle, Yang Jin a fini par opter pour un compromis : abandonner le secteur indépendant, comme beaucoup d’autres, tout en restant très exigeant sur les conditions de réalisation de ses films, et en particulier la poursuite de ses recherches stylistiques.

 

Transition 

 

Dans ses films, en effet, l’une des caractéristiques de Yang Jin est la recherche de formes originales. C’était le cas avec « Er Dong » où étaient incluses des séquences symboliques en noir et blanc. C’est également le cas de son troisième long métrage, à nouveau tourné dans sa région natale. L’histoire mêle des rêves d’enfant à la réalité et ces rêves seront tournés sous la forme de séquences animées. 

 

 « Don’t Expect Praises » (《有人赞美聪慧,有人则不》) est un film très original qui a été présenté en première mondiale au festival de Berlin en février 2013 (dans la section ‘jeune public’). Il a aussi été projeté le deuxième jour du 10ème festival du cinéma indépendant de Pékin, à Songzhuang, preuve s’il en fallait, que Yang Jin est toujours considéré par les organisateurs de ce festival comme appartenant à leur mouvement.

 

Yang Jin a rencontré énormément de difficultés pour terminer

 

Don’t Expect Praises

son film, difficultés financières, mais difficultés, aussi, dues aux passages réalisés en film d’animation.

 

 

Cinéma indépendant ou officiel, les difficultés sont les mêmes, finalement, pour les réalisateurs qui veulent garder un style original et sortir des sentiers battus.  L’absence de débouchés pour ces films rebute les financiers et constitue aujourd’hui le principal obstacle, pour des oeuvres qui ont beaucoup moins à craindre de la censure elle-même.

 

 

 

Note :

(1) La religion chrétienne est un thème récurrent chez Yang Jin. C’est une religion très répandue dans la région du Shanxi. Sa femme, Zhang Jun (张君), monteuse et productrice qui travaille avec lui, a d’ailleurs soutenu une thèse doublée d’un documentaire sur le sujet. Le christianisme, selon elle, a dans la région une fonction de lien social, et aide en outre beaucoup de femmes à surmonter les difficultés du quotidien, voire les problèmes psychologiques suivant des accidents ou des décès, en leur offrant une vision de l’avenir pleine d’espoir.

D’après le spécialiste Daniel H. Bays qui a écrit deux livres sur le sujet, l’évangélisation du Shanxi a débuté en 1876 ; les premiers missionnaires protestants explorèrent d’abord le sud de la province, aidant alors les habitants à surmonter les souffrances causées par la grande famine de 1876-79. Aujourd’hui, la province compte plus de catholiques que de bouddhistes et a un réseau de 50 000 membres de « home churches » (家庭教会/地下天 underground heaven).

 


 

Filmographie

 

Réalisateur

 

Courts métrages documentaires

2002.3  (A la poursuite d’un rêve) 《追梦的人》 35’

2003.7  (Une famille d’un petit village) 《小村人家》 48’

2004.4  (Quelle histoire hors perspective de mariage ?)《不关相亲什么事》 15’

 

Long métrages de fiction

2004  The Black and White Milk Cow 《一只花奶牛》

2008  Er Dong 《二冬》

2012  Don’t Expect Praises  《有人赞美聪慧,有人则不》

 

Directeur de la photographie

2005  My Fair Son (《我如花似玉的儿子》), film de Cui Zi’en (崔子恩)

2006  Only Child, Upward, Downward, Forward, Backward, Rightward and Leftward (《独生子,向上,向下,向前,向后,向左,向右》), film de Cui Zi’en (崔子恩)

2007  A Disappearance Foretold (《前门前》), documentaire d’Olivier Meys / Zhang Yaxuan (张亚璇) 

2007  Fairy tale (《童话》), documentaire d’Ai Weiwei (艾未未)/Wang Bing (王兵) (420min

2008  Ubu (《盒饭》), film de Zhang Chi (张驰

2009  Queer China, “Comrade” China (《志同志》), documentaire de Cui Zi’en (崔子恩) – photo et montage

2010  The Old Donkey (《老驴头》), film de Li Ruijun (李睿珺)

 

 

Blog consacré à Yang Jin et ses réalisations (en chinois) : http://zt.blog.sohu.com/s2010/bkyy064/ 

 

 

 

 

 

 
 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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