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« An Elephant Sitting Still », longue et sombre complainte de Hu Bo

par Brigitte Duzan, 26 février 2018

 

Découvert en février 2018 à la Berlinale où il a été couronné d’une mention spéciale premier film et du prix Fipresci Forum, section dans laquelle il était en compétition, « An Elephant Sitting Still » (《大象席地而坐》) est le premier long métrage de Hu Bo (胡波). Et il le restera car le réalisateur s’est donné la mort, à l’âge de 29 ans, alors que le film était encore en postproduction, lui conférant ipso facto une aura de film-culte, ou de film maudit.

 

Désespoir sans issue

 

C’est certainement un film unique. Il a la double caractéristique d’être très long, trois heures cinquante, tout en relatant une histoire qui se déroule en l’espace d’une journée. Mais c’est une journée lourde de conséquences pour chacun des quatre personnages ; le film progresse au fil de ses trois parties dans une atmosphère de plus en plus sombre, où chacun est confronté à un quotidien étouffant et sans issue.

 

Quatre personnages en quête d’ailleurs

  

Quand le film commence, le lycéen Weibu (韦布) se prépare à affronter le caïd de sa classe. Le vieux Wang subit une nouvelle fois une diatribe de sa fille qui veut l’envoyer dans une maison de retraite afin de pouvoir emménager dans son appartement, situé près d’une bonne école pour leur fille. Le jeune Yucheng (于成) a une liaison avec la femme de son meilleur ami…

 

Hu Bo (photo sohu)

 

Et tout tourne mal : le caïd est blessé et se retrouve à l’hôpital ; le fidèle chien du vieux Wang est tué dans une bataille ; l’ami de Yucheng rentre trop tôt, trouve Yucheng au lit avec sa femme et se jette par la fenêtre… Dans la troisième partie, les personnages n’en sont plus à exprimer leur frustration, leur rage et leur angoisse, ils posent ouvertement la question du sens de leur existence même. Qui rejoint l’histoire de l’éléphant…

 

La méditation de l’éléphant

 

L’histoire de l’éléphant est contée en introduction et en voix off, par le jeune Yucheng : on dit que, dans une lointaine ville du nord, à Manzhouli (满洲里) [1], un éléphant, dans un cirque, refuse de s’alimenter et même de bouger…  C’est un semblant de fable à la fois bouddhiste et taoiste : on a là en filigrane le double idéal de la méditation assise ou zuochan (坐禅), et du non-agir ou wuwei (无为),.

 

Tous cherchent donc à s’évader de la petite ville où ils vivent et du sentiment claustrophobe qu’elle engendre pour rejoindre la mythique Manzhouli ; mais on ne sort pas facilement de leur ville : aucun billet de train ne semble être le bon pour la destination dont ils rêvent…. Le quotidien se referme sur eux comme une chape de plomb.

 

Le choc final vient avec les dernières lignes du générique, quand il annonce que Hu Bo s’est suicidé le 12 octobre 2017, avant même d’avoir achevé son film. On se prend à penser que, pour d’autres réalisateurs avant lui, David Foster Wallace ou Chantal Akerman, on a tendance à lire leur œuvre comme des notes sur leur combat contre la dépression et in fine leur suicide. Hu Bo, lui, n’a même pas achevé son premier long métrage, comme s’il n’était même pas question de dépression, seulement de l’impossibilité de continuer à vivre dans un monde aussi délétère que celui qu’il décrit.

 

Il faudrait encore dire la qualité du scénario, les subtilités de la construction, de l’esthétique, de l’image… voire de la musique. Mais tout cela tombe presque dans l’insignifiance une fois accompli un destin aussi brutal.

 


 

[1] Ville de Mongolie intérieure à la frontière de la Russie.

 

 

     

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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