Accueil Actualités Réalisation
Scénario
Films Acteurs Photo, Montage
Musique
Repères historiques Ressources documentaires
 
     
     
 

Films

 
 
 
     
 

« Ronde de flics à Pékin »

par Brigitte Duzan, 13 février 2013

 

Après « Jouer pour le plaisir » (找乐), Ning Ying (宁瀛) poursuit avec « Ronde de flics à Pékin » (民警故事) sa peinture de la vie dans un Pékin en pleine mutation, sous un autre angle et dix ans plus tard, au début des années 1990.  

 

Elle accentue ici le caractère documentaire de son film précédent, en préfigurant ce qui, systématisé, va devenir un genre caractéristique de la sixième génération du cinéma chinois, mêlant habilement fiction et documentaire, dans un style réaliste parfaitement adapté aux sujets urbains traités.

 

Comme le premier, ce second film de la trilogie est une coproduction du studio de Pékin, mais avec, cette fois, deux sociétés privées, l’une américaine, Eurasia Communications, l’autre française, Euskal Media, filiale de Comedia Production. Ning Ying a également obtenu une aide du Fonds Hubert Bals du festival de

 

 Ronde de flics à Pékin

Rotterdam. Au total, elle a de la sorte bénéficié d’un budget relativement confortable : 3,5 millions de yuans (environ 430 000 euros). 

 

Vie quotidienne à Pékin

 

Ning Ying présentant Ronde de flics

 

Le film suit la vie au quotidien d’un quartier populaire au nord de Pékin, celui de Deshengmen (德胜门), l’une des rares portes de l’ancienne muraille qui subsiste encore ; l’idée originale est d’avoir pris comme point d’observation le commissariat de police du quartier, et plus particulièrement un flic ordinaire, nouveau dans la fonction, Yang Guoli (杨国立).

 

C’est un quartier calme et une vie sans éclats, filmés, qui plus est, pendant les

mois d’hiver. Rien d’extraordinaire ne se passe, et les policiers sont réduits à des tâches triviales : pourchasser un chien qui pourrait avoir la rage, contrôler le respect d’une nouvelle loi sur les animaux domestiques, réprimander un homme qui vend dans la rue des photos de femmes en maillot de bain…

 

Le film se présente ainsi comme une série de saynètes qui sont autant d’incidents sans importance, mais traités comme s’ils en avaient, avec le sérieux qu’imposent l’uniforme et la fonction, avec, aussi, des effets comiques garantis, mais subtils. La chasse du malheureux chien prétendument enragé par les policiers à vélo, armés de bâtons, est un exemple du dérisoire des situations dépeintes.

 

La porte Deshengmen

 

Le film débute avec la prise de fonction du jeune Yang Guoli : après une leçon inaugurale lui expliquant très sérieusement les tenants et aboutissants de son nouveau métier, il est emmené se familiariser avec le quartier par un ancien du commissariat. Cette tournée introductive lui permet tout d’abord de faire la connaissance du groupe de femmes du comité de quartier qui surveillent tout le monde dans la zone, mode de contrôle hérité du maoïsme et toujours en vigueur, en particulier pour le contrôle des naissances. L’accent est ainsi mis dès l’abord sur la faille entre le discours et la pratique, la théorie et la réalité.

 

Frais émoulu au milieu de collègues blasés, Yang Guoli représente un œil neuf, qui est aussi le regard de la caméra. C’est à travers lui que Ning Ying porte un regard critique sur une institution symbolique, déstabilisée comme le reste du corps social par les tentatives en cours pour la moderniser.

 

Situations symboliques

 

Un vieux hutong du quartier

 

Une première indication explicite, au générique d’entrée, donne l’année de référence du film : 1994, année du chien. Certains détails en précisent le contexte : l’interdiction des chiens à Pékin, et surtout une loi de modernisation de la police reflétée dans la « leçon inaugurale » donnée en commentaire sonore au début du film. Comme dans « Jouer pour le plaisir », le sujet n’est pas la rapide

mutation urbaine, ni même les bouleversements sociaux qu’elle entraîne. La transformation du paysage de la capitale, illustrée par le passage de l’horizontal au vertical, encore superposés dans les premières images du film, n’est ici qu’un contexte et un cadre.

 

Le sujet est ici encore le problème de la recherche d’une nouvelle identité dans un contexte de mutation socio-économique, d’adaptation à un nouveau cadre de vie imposé par les circonstances, par les contraintes de l’économie sinon de la politique.

 

Les policiers sont pris en tenaille entre la continuation d’une fonction idéalisée faisant d’eux de humbles héros au service des masses populaires, garants de l’ordre social et de la paix des familles, et les nouvelles normes qui leur sont dictées, visant à les faire entrer dans l’ère de la marchandisation tous azimuts. Tout service mérite dorénavant récompense, monnayée en primes, toute brèche dans le service entraînant au contraire pénalité.

 

Vendeurs de légumes

 

Le concept même de criminel a évolué, passant d’une définition politique à connotation morale, comme contre-révolutionnaire, à une définition socio-économique, comme violateur de droits et de lois. Le pouvoir absolu, quasi-discrétionnaire, de la police s’en trouve ébranlé, surtout quand la qualité du service en vient à être estimée en termes quantitatifs et monétaires.

 

Le passage de l’ordre ancien à un ordre nouveau problématique est ironiquement illustré par la chasse au chien sur le site d’un palais abandonné où l’animal choisit de se réfugier pour échapper à ses poursuivants. La perte de prestige des policiers réduits à éliminer les chiens trouve son parallèle emblématique dans la splendeur évanouie d’une demeure au riche passé.

 

Ronde à bicyclette

 

Il est logique que les policiers soient quelque peu désemparés face à un changement aussi rapide de leurs conditions de travail. Leur difficulté d’adaptation est ironiquement rendue dans une autre scène de chasse au chien, cette fois un animal dénoncé pour avoir mordu. Les policiers interrogent le propriétaire selon les critères en usage pour les « criminels » de l’ère maoïste : en s’enquérant sur son statut familial, son origine sociale et ses relations.

 

« Ronde de flics à Pékin » est donc bien la poursuite de la réflexion amorcée avec le film précédent : sur la quête d’identité et l’évolution des rapports de pouvoir dans une ère de mutation socio-économique aussi rapide que radicale. La lenteur, voire même le défaut d’adaptation au changement débouche sur des situations paradoxales et absurdes, comme celle qui conclut le film.

 

Cette séquence conclusive est traitée par le même procédé de commentaire sonore que celui de la séquence initiale : le chef du commissariat annonce la sanction administrative et financière prononcée contre le policier coupable d’avoir frappé l’un des propriétaires de chien qui, interpellé, l’avait insulté. La boucle est bouclée par un commentaire ironique sur les résultats de la réforme de la police.

 

Sous le regard critique de Ning Ying, en fin de compte, tout le monde apparaît également déstabilisé par le changement.

 

Réalisme documentaire

 

Pour préparer le film, Ning Ying a partagé la vie du commissariat de Deshengmen pendant une année. Ses acteurs sont les policiers du commissariat, interprétant leurs propres rôles, de la même manière que les femmes du comité de quartier, plus vraies que nature. Il en résulte un aspect cinéma-vérité qui rappelle le Raymond Depardon de « Faits divers », document similaire, tourné en 1983, sur la vie au quotidien du commissariat du cinquième arrondissement de Paris.

 

Ronde à deux

 

Comme celui de « Jouer pour le plaisir », le scénario a été écrit par Ning Ying avec sa sœur, NING Dai (宁岱), mais il a été adapté au fur et à mesure de l’évolution du tournage et au gré des circonstances. On sent que la caméra observe, posée devant les acteurs en mouvement ; Ning Ying a dit avoir réagi, improvisé, filmant à fleur de peau, au jour le jour, questionnant les gens interpellés autant que les policiers. Chacun prend ainsi un relief qui est celui de leur vie.

 

Le film a obtenu en 1995 la Montgolfière d'argent au Festival des trois continents de Nantes. Il a confirmé le talent de Ning Ying et lui a valu d’être membre du jury du festival de Berlin en 1997.

 

 

Le film (première partie)

 

 

Le film (deuxième partie)

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Qui sommes-nous ? - Objectifs et mode d’emploi - Contactez-nous - Liens

 

© ChineseMovies.com.fr. Tous droits réservés.

Conception et réalisation : ZHANG Xiaoqiu