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La Biennale de Venise 2026 : le cinéma chinois entre
réalité, mémoire et monde virtuel
par
Brigitte Duzan, 13 septembre 2026
La 83e
Mostra de Venise s’est tenue du 2 au 12 septembre 2026, avec
quelques surprises « chinoises » dans les nombreuses
sections du festival, et deux prix…
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La
83e Mostra de Venise |
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On est
frappé par la prédominance des thèmes sur le non-dit et le
mensonge, et sur le flou croissant des limites entre la
réalité, y compris celle de la mémoire, et le monde virtuel
qui en est comme une reconfiguration.
Ø
Orizzonti
- Big
Little Things
(《谎言生活》),
écrit et réalisé par Michelle Zhou (Zhou Tong
周彤),
une coproduction États-Unis (Three Dots Films
三点子映画
- Michelle Zhou) - Hong Kong (Snow Island Pictures
雪人岛电影
- Yu
Chun).
L’histoire est celle de deux jeunes lesbiennes, Xiao Lei (肖蕾)
et Li Bei (李北),
qui vivent ensemble à Pékin. Mais, pour revenir chez elle
fêter le Nouvel An, Xiao Lei se fait accompagner d’un jeune
garçon supposé être son petit ami. Il joue bien son rôle,
mais la comédie tourne à la crise familiale quand débarque
soudain Li Bei.
Le
titre chinois du film signifie « Une vie de mensonges ». La
réalisatrice a expliqué que le film est inspiré de sa propre
histoire : elle avait introduit à ses parents, comme étant
son amie, sa propre partenaire dans la vie, qui est sa
coproductrice. À sa troisième visite, son père a deviné leur
véritable relation ce qui a provoqué une commotion dans la
famille et une rupture, mais provoqué aussi une réflexion
qui a mené au film.
C’est
une situation courante, mais particulièrement en Chine,
fondée sur le désir, et la tradition bien ancrée dans la
culture et l’éducation, de protéger les sentiments des
parents en respectant la façade de la « famille parfaite ».
C’est ce que la réalisatrice appelle « la violence du
silence » qu’elle a représentée dans son film dans
l’ « intimité claustrophobique » du dîner du Nouvel An, en
conflit avec le désir d’authenticité, jusqu’au point où le
mensonge comme filet de sécurité devient enfermement
carcéral.
La
force du film tient dans son approche quasi documentaire. La
réalisatrice est allée jusqu’à intégrer le véritable père de
Yu Chun dans son casting, si bien que son film est devenu un
espace de dialogue et a servi à initier un processus de
réconciliation familiale.
Michelle Zhou a obtenu le prix de la meilleure
réalisatrice de moins de 40 ans, prix dédié à
Valentina Pedicini
.
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Big Little Things |
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Courts métrages Orizzonti
- Man-Made
Lake
(《人工湖》)
d’Annie Ning US-China
Dans
un ensemble résidentiel privé et protégé, une petite fille
se fait mordre le doigt par une bestiole inconnue dans un
lac voisin. Sa mère, une Française, décide de comprendre
quel animal lacustre a mordu sa fille, déclenchant des
conflits avec la communauté de la résidence.
Le
film est inspiré de l’expérience de la famille de la
réalisatrice, revenue en Chine après des années aux
États-Unis, dans une résidence fermée pour familles
chinoises et étrangères, copiée sur les « gated
communities » des banlieues résidentielles américaines.
Derrière l’illusion d’une utopie multiculturelle se
profilent les tensions et les fractures entre mondes
divergents. Fractures observées par la réalisatrice dans son
enfance, au moment des Jeux olympiques de Pékin, entre ceux
partis à l’étranger et ceux restés en Chine, et observant le
processus de globalisation affectant leur vie avec un fort
sentiment d’incertitude.
Ø
Biennale College Cinema
- Gu
Shi
(《故事》)
écrit et réalisé par Amie Song (宋一楠),
une coproduction USA, Hong Kong, Thailand.
Une
famille de quatre personnes désignées par leur rôle dans la
famille – Père, Mère, Fille et Fils – arrive dans une maison
mystérieuse entre mer et forêt. Le Fils est victime d’un
accident, la famille se regroupe autour de son lit et le
père raconte des histoires sur l’océan, comme un rituel qui
semble destiné à faire oublier le reste. Mais la Fille fait
des cauchemars d’où émergent des bribes de souvenirs
d’enfance liés à cette maison, et à une petite fille en
vert. Dès lors se pose la question du choix entre le récit
et le souvenir.
Les
personnages sont campés comme des rôles d’opéra, ou des
allégories, et le film explore la manière dont chacun
confronte le passé, ou tente d’en enterrer les secrets. Le
père veut en contrôler le récit (c’est le sens du titre
chinois) ; la mère le subit en silence ; la fille est hantée
de vagues bribes de souvenirs et le fils est dans
l’ignorance totale. Le film est une réflexion sur la
mémoire, et la peur d’oublier, dans un contexte de sentiment
croissant d’amnésie collective.
Gu
Shi
(《故事》)
Extrait
https://www.bilibili.com/video/BV15ati6NEaf/
Ø
Films
on Films
- Intermission
(《中场休息》)
de
Yonfan (杨凡)
Une
vie, une carrière et une rétrospective de quinze films en
225 minutes.
Ø
Semaine internationale de la Critique
-
Zoom In, Zoom Out
(《发现之旅》)
écrit et réalisé par
Dong Jie (董劼).
Un
programmateur se lance à la recherche de son camarade de
chambre qui a disparu mystérieusement. Il rencontre une non
moins mystérieuse amie en ligne et poursuit sa recherche
avec elle, entre monde réel et virtuel en ligne, approchant
peu à peu de la solution de l’énigme, mais au prix d’une
redéfinition de sa vie personnelle. Le titre chinois
signifie « Voyage de découverte ». C’est le premier long
métrage de Dong Jie,
jeune réalisateur et scénariste chinois né en 1996.
Ø
Venice
Immersive
68
projets de 26 countries, dont 30 projets en compétition.
- Back
to the Experience,
de
Jessien Huang,
40’
Profondément influencé par les lectures, films et jeux de
son enfance, le protagoniste de ce film vit dans des mondes
virtuels où il se livre à diverses aventures et expériences
d’immersion dans la réalité virtuelle. En fait, il
représente une douzaine de vrais créateurs VR. Jessien Huang
a fait des études d’architecture à University College London
(UCL).
- Grand
prix
:
The Pigeon Ring
(VR短片《鸽环》) court
métrage en réalité virtuelle de Zhang Yuqi (张妤琦)
et Tao Shixin (陶世欣),
en dialecte sichuanais.
Une
petite fille finit par céder à son grand-père et
l’accompagne dans une vieille maison familiale abandonnée, à
la recherche de la bague d’un pigeon qu’il pense avoir
perdue. Alors qu’ils fouillent une pièce après l’autre, le
passé familial refait surface, révélant le passé, les
obsessions secrètes du vieil homme et ses regrets intimes.
Le
film est inspiré de l’enfance de la réalisatrice, et de ses
efforts, arrivée à l’âge adulte, pour comprendre son
grand-père et sa passion pour les pigeons, leur élevage
relevant des mêmes principes que ceux professés pour
l’éducation des enfants. À travers le portrait d’une
famille, c’est toute une époque que retrace ainsi le film.
Sa particularité est d’être traité en réalité virtuelle,
selon la technique du Gaussian Splatting permettant la
reconstruction précise de l’environnement par numérisation
3D. C’est une véritable reconstitution de la mémoire.
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La
réalisatrice Zhang Yuqi (à dr.) et le réalisateur
Tao Shixin
recevant leur prix à Venise |
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Ø
Hors
compétition / Fuori Concorso
- Dust
(《微尘》)
de
Tsai Ming-Liang (蔡明亮)
Onzième épisode de la série « Walker » (行者系列),
avec toujours Lee Kang-sheng, ici arrivé à Barcelone.
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