par Brigitte Duzan, 10 février 2024, actualisé 8 février
2025
Jiang Xiaoxuan
Réalisatrice et artiste d’origine mandchoue
née et élevée en Mongolie-intérieure, Jiang Xiaoxuan a
obtenu en 2020 un BFA (Bachelor of Fine Arts) de la
Tisch School of the Arts de l’université de New York
(diplôme obtenu summa cum laude). On l’a découverte à Paris
au festival
Allers Retours en février 2024
où était programmé son court métrage
« Graveyard of Horses » (《马冢》),
par ailleurs lauréat du prix Netpac au festival
international du court métrage de Busan en 2023.
Dans la
steppe mongole, à la frontière entre Mongolie extérieure et
intérieure, la vie et le travail d’un dresseur de chevaux vu
par les yeux de son fils de 7 ans.
L’hiver, dans la steppe mongole : une mère et sa fille sont
surprises par une tempête de neige.
C’est un
superbe film de fiction qui garde un aspect documentaire,
mais comme un conte au style épuré, conservant une part de
mystère.
Graveyard of Horses
La
réalisatrice en explique sur son
site
l’inspiration initiale : « L’hiver dernier, en allant rendre
visite à une famille de bergers, j’ai vu un cheval mort non
loin de la route. C’était une jument qui était morte en
mettant bas ; le poulain était à côté d’elle. J’’ai gardé
cette image en tête depuis lors. C’est ce qui m’a inspiré
une histoire qui explore le lien entre
féminité, animaux, nature et mysticisme. »
Le film a été tourné dans la steppe comme le
précédent, mais dans un endroit isolé, et qui plus est coupé
du monde par une tempête de
neige.
Le tournage a eu lieu pendant les jours les plus froids des
mois de novembre et décembre 2021. Le jour le plus froid du
tournage, il faisait – 27, mais comme il faisait un vent
glacial, il semblait faire encore plus froid.
La jument morte
Les deux interprètes sont originaires de là,
elles sont toutes deux non professionnelles, et ce sont
leurs vrais noms qui sont donnés dans le film ; Tanan est en
fait une chanteuse de chants mongols. La plupart des membres
de l’équipe de production sont des amis de la réalisatrice.
Elle a pu tourner gratis dans la maison qui était abandonnée
et appartenait à l’un d’eux, de même que les animaux. Malgré
l’aspect de conte où les loups prennent presque un aspect
fantastique dans la nuit, le film garde ainsi une touche
d’authenticité.
Trailer
o
Premier long métrage
Le premier
long métrage de Jiang Xiaoxuan, « To Kill a Mongolian
Horse » (《一匹白马的热梦》),
est sorti à la Biennale de Venise en septembre 2024. Il
figure parmi les films en
compétition au festival de Vesoul
en février 2025.
To Kill a Mongolian
Horse
Le projet
avait été sélectionné en 2023 par le Sundance Ignite
Fellowship et lauréat du Asian
Cinema Fund
Script Development Fund du festival de Busan.
L’histoire
se passe toujours dans la steppe et toujours en hiver. C’est
celle d’un éleveur de chevaux qui gagne de l’argent en
jouant la nuit dans un spectacle équestre à la Bartabas.
Mais, loin des lumières de la scène, sa vie d’éleveur est
menacée…
La
réalisatrice a expliqué lors d’une
interview
en marge de la Biennale de Venise que le film lui a été
inspiré par un de ses amis, éleveur de chevaux de Mongolie
intérieure :
« J'ai
pu constater que l'effet combiné d'une année de sécheresse
et du réchauffement climatique a fait souffrir
financièrement de nombreux éleveurs de la région. Lors de
mes visites au spectacle équestre où Saina avait trouvé un
emploi, j'ai été frappée par son atmosphère machiste où la
masculinité traditionnelle mongole était mise en avant dans
les numéros. Pour le spectacle, Saina incarnait une image
idéalisée du cavalier mongol, mais chez lui, son élevage
rencontrait de graves difficultés économiques.
Ce film fait entendre la voix de la Mongolie
intérieure moderne, capturant l'expérience des Mongols
vivant aux confins de la Chine, pris entre leurs identités
chinoise et mongole, aux prises avec le passage des
traditions nomades aux réalités industrielles. »
C’est Saina lui-même qui joue dans le film,
ce qui lui donne à nouveau un caractère semi-documentaire.
Trailer
Autres réalisations, audiovisuel et multimédia
Jiang
Xiaoxuan a également réalisé un documentaire interactif (« A
Room of One’s Own », réflexion sur les espaces résidentiels
où les habitants de Shanghai ont été enfermés pendant le
confinement) et expérimenté dans le domaine audiovisuel.
L’un de
ses projets – le « Bayan
Obo Project »
- est à la limite de la science-fiction : elle part de la
réalité, une mine d’extraction de métaux rares en Mongolie
intérieure, activité minière extrêmement polluante et
dangereuse pour les habitants comme pour les mineurs. Elle
imagine ce qui va se passer dans les deux siècles à venir :
en 2030, les réserves de surface sont épuisées, les
propriétaires de la mine construisent une colonie sous terre
pour continuer l’exploration et l’extraction en profondeur.
Les mineurs vivent sous terre, dans des conditions
extrêmement dangereuses pour leur santé. Mais finalement un
tremblement de terre détruit toutes ces colonies minières,
et les mineurs avec.
C’est
encore plus glaçant que le documentaire « Behemoth »
(《悲兮魔兽》)
de Zhao Liang
(赵亮)
sur les dégâts environnementaux et humains causés par les
mines de charbon à ciel ouvert également en Mongolie
intérieure.