Réalisateur et scénariste singapourien, Nelson Yeo a
présenté en 2023 son premier long métrage « Dreaming and
Dying » (《好久不见》
) au festival de Locarno où il a été deux fois primé. Son
court métrage « Through Your Eyes » (《夏威夷见》)
était en compétition à la Berlinale en février 2025 et au
programme du
festival Allers-Retours 2026.
En
août 2026, son deuxième long métrage, « House on the Moon »
(《明月共此时》),
est en compétition au
79e festival de Locarno.
Nelson Yeo primé en 2023 au festival de Locarno
(photo Strait Times)
Diplômé en cinéma numérique de l'Université de technologie
de Nanyang à Singapour (南洋理工大学),
il a grandi dans l’ambiance des grands films de wuxia
de Hong Kong. Parmi ceux qui l’ont marqué, outre les
classiques de
King Hu (胡金铨),
il cite le film de 1983 de
Tsui Hark (徐克)
« Zu, les Guerriers de la Montagne magique » (《新蜀山剑侠》),
un wuxiapian adapté du grand classique de
Huanzhu Louzhu (还珠楼主)
« La Légende des héros du mont Shu » (《蜀山剑侠传》),
mais aussi « Les
Cendres du temps » (《东邪西毒》)
de
Wong Kar-wai (王家卫)
inspiré de
Jin Yong (金庸).
Il a
commencé par réaliser une série de courts métrages.
2011-2022 : courts métrages
Son
premier court métrage est une fiction post-apocalyptique, et
le deuxième, en 2012, coréalisé avec Yeo Siew Hua,
« Wormhole » (《蚯影》)
littéralement « l’ombre du vers de terre », a été filmé dans
le tunnel d’une voie ferrée qui reliait autrefois Singapour
à la Malaisie. Il reprend cette réflexion en 2015 avec un
autre très court métrage de 4 minutes, « Myths », où deux
jeunes enfants traversent un paysage urbain désert pour
entrer dans un bâtiment abandonné et y regarder un film. La
même année, il réalise un court métrage de 20 minutes,
« Mountain of Knives » (《刀山》),
où le jeune Xiaowu est interrogé sur le crime qu’il a
commis : le meurtre d’une de ses camarades de classe.
En
2018, Nelson Yeo prend part à l'Académie des cinéastes de
Locarno et réalise le court métrage « Five Trees » (《五丛树下》),
cinq arbres sous lesquels se retrouvent d’anciens amants.
En
2019, « Mary, Mary, So Contrary » (《马俐连梦录》
) remporte le prix du meilleur court métrage expérimental au
Golden Ger International Film Festival, en Mongolie.
Mary, Mary, So Contrary
Dans
ce court métrage original dont il a lui-même écrit le
scénario, Nelson Yeo a habilement mêlé extraits d’archives
de films classiques et ses propres images pour représenter
les fantasmes d’une femme nommée Ma Li qui rêve qu’elle est
une femme nommée Mary.
Mary, Mary, So Contrary, trailer
L’année suivante, son autre court métrage « Here is Not
There » (《這裡不是那裡》
) décroche le prix du meilleur court métrage de l'ASEAN au
Bangkok ASEAN Film Festival et celui du meilleur court
métrage au Singapore International Film Festival.
« Here
is Not There » est l’histoire réaliste d’une travailleuse
migrante chinoise (vraisemblablement taïwanaise) à
Singapour, qui a une liaison avec un collègue malaisien qui
travaille dans le même entrepôt qu’elle. Mais elle se
retrouve enceinte, ce qui, selon la législation malaisienne,
est un délit pouvant lui valoir déportation. Nelson Yeo film
des corridors sordides et des dortoirs surpeuplés, pour
exposer les tensions opposant des mondes parallèles qui ne
sont pas supposés se rencontrer, mais où partout domine la
précarité.
Here is Not There
En 2021, « Dreaming » (《醉死梦生》)
reprend le thème de « Five Trees » : trois anciens camarades
de classe, un couple marié et un célibataire, se retrouvent
dans une maison. Leurs
retrouvailles font remonter des vieux souvenirs plus ou
moins vagues, qui font deviner un trio amoureux aux
sentiments longtemps réprimés.
En
2022, le court métrage de 30 minutes « Plastic Sonata » (《塑胶夜曲》)
est un film marqué par le contexte de l’épidémie de covid,
mais qui poursuit la thématique des films précédents : dans
un bâtiment de Singapour, trois personnages semblent non
seulement déconnectés les uns des autres, mais aussi
déconnectés du monde extérieur – le monde de la pandémie et
son atmosphère comme expérience esthétique.
2023 : premier long métrage
En
2023, le long métrage « Dreaming and Dying » (《好久不见》
) remporte au festival de Locarno le Léopard d’or dans la
catégorie Cinéastes du présent (Pardo d’oro Cineasti del
presente), ainsi que le prix Swatch pour un premier film.
Le
film reprend le scénario du court métrage « Dreaming » (dont
le titre chinois a donné le titre anglais du long métrage)
en jouant sur l’aspect surréaliste de la réalité et la part
du rêve dans le réel. Les trois amis qui se retrouvent après
s’être perdus de vue pendant des années ont chacun
l’intention d’avouer leurs sentiments cachés, mais les
souvenirs de leur passé qui refont surface donnent un tour
inattendu à leurs vacances ensemble.
Dreaming and Dying
Nelson Yeo tourne ensuite un court métrage expérimental de 7
minutes qui sort en 2025 : « Durian, Durian » (《榴莲,榴莲》
). Filmé
en super8, le court métrage n’est pas sans rappeler le thème
des « Five Trees » de 2018, mais avec un côté absurde : deux
paumés se retrouvent sous un arbre, un immense durian, dans
l’espoir de trouver une issue à leur détresse, ou au moins
une échappatoire. Elle finit par arriver, mais pas comme ils
l’attendaient.
Durian, Durian
Il est
suivi la même année d’un court métrage un peu plus long
(20’), « Through Your Eyes » (《夏威夷见》),
qui nous ramène dans les années 1980, dans une vieille
discothèque. Ce sont à nouveau des personnages en quête
d’auteur : quatre ici, dont les vies se croisent sous les
néons au rythme de la musique disco, faisant revivre une
époque à travers le regard d’un homme qui revient après bien
des années au Hawaï Nite Club, à Singapour
[1].
Il revient pour tenter de retrouver un amour perdu, mais
seule la gérante est toujours là, comme figée dans le
passé ; la jeune danseuse et le livreur, eux, n’aspirent
qu’à s’évader de là.
Ce
sont quatre personnages solitaires liés par l’image, et le
souvenir par la superposition des images. C’est à partir de
vieilles photos de clubs des années 1980 qu’a été créé le
style visuel et qu’a été dressée une liste de plans, sans
véritable scénario, la narration découlant de l’ambiance
évoquée par l’image et des réactions suscitées chez les
acteurs.
Through Your Eyes, trailer
2026 : deuxième long métrage
En août 2026, le deuxième long métrage de Nelson Yeo est en
compétition internationale au festival de Locarno : « The
House on the Moon » (《明月共此时》).
The House on the Moon
C’est
un wuxiapian moderne, mâtiné de légende, celle de la
« déesse » de la lune, Chang’e (嫦娥).
Selon la légende, Chang’e
est l’épouse de l’archer Houyi (后羿),
l’archer mythique qui a abattu les neuf soleils coupables de
brûler la terre et de la rendre inhabitable. Pour le
récompenser, la Reine Mère de l’Ouest (Xiwangmu
西王母)
lui offre des herbes d’immortalité, mais Chang’e les trouve
et les mange. Elle fuit son châtiment en s’envolant sur la
lune où elle est condamnée à passer le reste de son
éternelle existence, assistée du lapin de jade (yùtù
玉兔),
à abattre un cannelier qui n’en finit pas de repousser.
Nelson
Yeo a brodé sur cette histoire en imaginant Chang’e à la
recherche de Houyi qui a disparu alors qu’il tentait de
sauver le soleil moribond. Pour le retrouver, elle part sur
la face cachée de la lune accompagnée d’un bandit venu de la
Terre.
Le
réalisateur a rencontré quelques problèmes pour filmer à
Singapour, il est donc allé à Taiwan poursuivre le tournage.
Il a rencontré là l’acteur fétiche de
Tsai Ming-liang (蔡明亮)
Lee Kan-sheng (李康生)
qui a accepté de jouer dans le film… C’est une coproduction
Momo Film de Singapour (la société de production habituelle
de Nelson Yeo) et Aview Images de Taiwan.