Zhou
Hao (周豪)
[1]
est un réalisateur chinois qui, après un long métrage en
2014, a tourné une série de courts métrage expérimentaux,
films de fiction autant que documentaires, pour la plupart
sous le label « queer cinema », qui ont été sélectionnés à
la Berlinale comme aux festivals de Cannes, Locarno ou
Rotterdam. Il est également producteur.
Zhou Hao
Originaire du sud-ouest de la Chine, il est diplômé du
département de réalisation de l’Université des postes et
télécommunications de Chongqing (重庆邮电大学编导系).
Il travaille et filme entre la Chine et les États-Unis, où
il est chargé de cours dans le
département de théâtre, de cinéma et des arts des médiadu
College of Arts and Sciences de l’université de l’Ohio.
Premier long métrage : The Night
Son
premier long métrage, « The Night » (《夜》),
a été sélectionné en février 2014 à la Berlinale, dans la
section Panorama. Ce premier film est une introduction à
l’univers de Zhou Hao : un homosexuel arpente les rues, la
nuit, en épiant les couples qui se forment dans
l’obscurité ; il rencontre une jeune prostituée qui vient
d’arriver dans cette ville, se lie d’amitié avec elle et
poursuit son errance nocturne avec elle et bientôt un
partenaire gay… Le film est construit sur un fond musical
qui contribue à l’atmosphère : « Rose, Rose I love you with
an aching heart… What is your future ? Now we have to
part… »
En
2017, Zhou Hao en a coproduit une adaptation théâtrale qui a
été représentée au Tokyo Metropolitan Theatre (東京芸術劇場).
The Night, bande annonce
Il
s’est ensuite orienté vers le court métrage et en a réalisé
un par an à partir de 2021.
Courts métrages
2021 :Frozen Out (《无地自容》)
5’
Un
réalisateur qui peine à trouver ses marques dans un pays
étranger se retire dans des solitudes glacées de prairies et
de forêts, pour tenter d’échapper à son angoisse en trouvant
des histoires qui lui donnent un sens. Le film est narré
comme une lettre à sa jeune sœur qui vit toujours dans sa
région natale. Le film, que l’on devine autobiographique,
est en dialecte de Nanchuan (南川话),
un district de Chongqing en bordure du Guizhou. Le titre
chinois - wú dì zì róng
无地自容
– est une expression signifiant « être trop honteux pour se
montrer, vouloir rentrer sous terre ».
Le
film est sorti fin juillet 2021 au festival FIRST de Xining.
2022 :Future Flowers (《未来的花朵》)
10’
Un
homme, une femme, peut-être un couple, mènent des existences
séparées, liées par un programme commun, comme un chantier
en construction. Le film est en noir et blanc.
Future Flowers
2023 : Here, Hopefully,
11’
Tourné
aux États-Unis, ce documentaire dépeint les espoirs d’une
jeune étudiante infirmière chinoise « non-binaire », qui
tente de s’affirmer comme telle tout en essayant d’obtenir
un visa de travail.
2024 : Wouldn’t Make It Any Other Way,
20’.
Autre
film tourné aux États-Unis. Un jeune femme queer qui aspire
à devenir créatrice de costumes et vit dans une ville du
middle-west américain décide de revenir dans l’île de Guam
où elle est née : tout en rétablissant des liens avec ses
parents qu’elle n’a pas vus depuis des années, elle espère
pouvoir créer des costumes pour enfants pour le théâtre
local.
C’est
un court métrage expérimental : le montage suit une
construction en séquences alternées, fondées sur le dialogue
plutôt que l’action, avec un subtil chevauchement entre
séquences : les questions posées dans une scène ont leur
réponse dans une autre, parfois dans un contexte différents,
procédé qui tend à créer un espace unifié.
Wouldn’t Make It Any Other Way, trailer
2024 : Like What Would Sorrow Look (《愁何狀》),
18’
De
retour en Chine, Zhou Hao revient vers des sujets chinois,
mais avec toujours la même thématique LGBTQ+. Un jeune
Chinois retrouve celui qui fut son ami, un Américain
maintenant professeur dans une université chinoise. Il
renoue avec lui, mais sa fiancée travaille au département de
propagande de l’université et découvre son secret. Le titre
chinois – chóu hé zhuàng
愁何狀 –
signifie : « quelle forme a la tristesse ? », où chóu
est à la fois souci, tracas, chagrin et affliction, donc
difficile à cerner.
Coproduction Japon-Allemagne-Canada, en noir et blanc et en
couleur, le film est sorti en août 2024 au festival de
Locarno, dans la section Pardi di Domani.
Like What Would Sorrow Look
2025 : Correct Me If I’m Wrong (《如你所愿》),
23’
Le
réalisateur nous montre ici les tentatives de sa famille
pour le « redresser », le « guérir » de son homosexualité.
Sa grand-mère pense qu’il est possédé par un démon, un
esprit maléfique (“邪灵附体”) :
le bébé fille dont sa mère a avorté avant de lui donner
naissance et qui cherche à se venger. Partagée entre amour,
compassion et superstition, la famille a donc recours à tout
ce qu’il est possible de faire en matière de prières et de
rituels pour le « purifier »… et assurer en même temps
l’avenir de la lignée.
Ce
court métrage documentaire autobiographique a été tourné
pendant une année, Zhou Hao étant à la fois le cobaye et
l’observateur. On n’avait pas encore tourné un film aussi
réaliste en Chine sur les superstitions entourant
l’homosexualité, qui remontent à des croyances ancestrales
aux esprits et à leur emprise sur les vivants
[2].
Il est sorti en février 2025 au festival de Rotterdam.
Correct Me
If I’m Wrong, trailer
2026 : At the Stage When (《此时此刻》),
16’
Ce
court métrage documentaire revient vers le sujet des
traditions ancrées dans les modes de vie autant que dans les
esprits. Dans une mégalopole ultra-moderne à l’image de
Chongqing, un couple de nouveaux mariés voit resurgir des
réflexes traditionnels dans leurs relations intimes – même
aujourd’hui, en ce temps à cette heure, comme dit le titre
chinois (cǐshí cǐkè
此时此刻).
At the Stage When
2026 : Already Happened (Shíhòu《时后》)
18’
Ce nouveau film est en compétition au
79e festival de Locarno
dans la section Corti d’Autore (courts
métrages d’auteurs). On
pourrait l’intituler « A Posteriori »…
[1]Nom très
répandu,maisà ne pas
confondre, surtout, avec le documentariste de Datong
Zhou Hao (周浩).
En
outre, on trouve le réalisateur très souvent sous le
nom de Hao Zhou, en inversant patronyme et prénom à
l’américaine, y compris sur certaines affiches, ce
qui ne facilite pas les recherches sur le
réalisateur.
[2]Les
esprits sont même très sérieusement pris en compte
dans les traitements de la médecine traditionnelle
chinoise comme le montre Paul U. Unschuld dans son
ouvrage « Medicine in China.
A History of Ideas », University of
California Press, 1985/2010. C’est ce qu’il appelle
“Demonic Medicine”.