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Du Haibin 杜海滨

Présentation 介绍

par Brigitte Duzan, 17 septembre 2011

 

On a tendance aujourd’hui à définir Du Haibin (杜海滨) comme l’auteur d’un documentaire : « 1428 ». S’il est vrai qu’il s’agit bien d’une œuvre d’exception qui marquera l’histoire du cinéma chinois,comme le tremblement de terre qui en est le sujet marquera l’histoire tout court, il serait réducteur de le limiter là, en oubliant ce qui a précédé.

 

« 1428 » est le dernier jalon d’une carrière commencée en 1999 avec un premier court métrage de 45 minutes, Doudou《窦豆》, réalisé alors que Du Haibin était encore à l’Académie du cinéma de Pékin, dont il est sorti l’année suivante.

 

C’est cependant avec son documentaire réalisé en 2001,

« Le long des rails » (铁路沿线), qu’il a commencé à se faire connaître.

 

Du Haibin 杜海滨

 

Affiche du film « Le long des rails »

 

Ce film a été tourné en l’an 2000, au moment de la Fête du Printemps, à Baoji (宝鸡), ville industrielle du sud-ouest du Shaanxi, province où Du Haibin est né en 1972. Il suit un groupe de jeunes chômeurs, sans abri ni domicile fixe, qui se sont rassemblés sur une sorte de terrain vague derrière la gare de chemin de fer pour célébrer le Nouvel An. Durant la journée, ils errent dans la ville, ramassant bouteilles et ordures recyclables pour se faire un peu d’argent et s’acheter à manger ; la nuit, ils dorment près des rails. Chacun a sa propre histoire, misérable, mais tous ont un parcours semblable, d’échec et de perte : perte de travail, de liens familiaux, et finalement d’identité.

 

Il réalise ensuite trois autres documentaires, dont  « La montagne de pierre » (《石山》), sur les ouvriers d’une carrière qui découpent, sans machine, d’immenses blocs de pierre utilisés dans la construction : un documentaire lent, qui progresse au même rythme que celui des ouvriers, mais qui alterne scènes de travail éreintant sur la pierre, à poser rivet sur rivet, et à élargir progressivement la faille qui finit par céder, et scènes de la vie courante, dans des cabanes de fortune sur le bord du chantier. C’est un pan de vie qu’on ne verra plus.

 

Suit, en 2007, le documentaire qui a vraiment consacré Du Haibin comme l’un des meilleurs réalisateurs de documentaires indépendants de sa génération en Chine : « Parapluies » (), remarqué à la 64ème Biennale de Venise, en septembre 2007, en même temps que « Useless »  () de Jia Zhangke. Le film est une

 

Affiche du film « La montagne de pierre »

réflexion sur l’évolution de la société chinoise, superbement construit en cinq parties… autour d’une usine de parapluies.

 

Affiche du film « Parapluies »

 

Dans ce film, Du Haibin offre en effet une vision du changement de statut des cinq segments de la société chinoise telle qu’elle fut définie au lendemain de 1949 - ouvriers, paysans, soldats, étudiants et marchands – alors que la croissance accélérée de l’économie et l’évolution inégale des niveaux de vie bouleversent les anciens équilibres et remettent en question les bases agricoles traditionnelles de la population.

 

La première partie ouvre le film sur un tableau contrasté de la société qui résume fort bien le propos général. Elle se passe à Zhongshan (中山), dans le sud du Guangdong, dans une usine où des ouvrières issues de la campagne voisine produisent à la main des parapluies, dans un froid visiblement glacial. Les ouvrières travaillent en effet en doudoune et bottes aux pieds. La caméra se fixe sur les doigts gelés de l’une d’elle, qui coud inlassablement des

baleines au tissu des parapluies devant elle. Pendant ce temps, dans sa boutique, la propriétaire discute avec des collègues de la prochaine voiture qu’elle va s’acheter : « L’argent est fait pour être dépensé » dit-elle, alors que, à la porte de l’usine, des femmes se battent pour cirer les chaussures des clientes qui passent, pour un ou deux yuans.

 

La deuxième partie nous emmène à Shanghai, dans un bureau de recrutement, où des jeunes diplômés sont confrontés à la dure réalité qui les attend. La troisième partie nous montre un autre débouché, ou une autre possibilité de promotion sociale, pour les jeunes paysans : l’armée. Et enfin, la caméra visite un village dans la région de Luoyang, dans la

 

Photo du film « Parapluies » : dans l’usine

province centrale du Henan, et se fait impressionniste. Ici, le cadre est superbe mais les hommes sont partis, travailler ailleurs, seuls restent femmes, enfants et vieillards ; des jeunes travailleurs temporaires venus faire la moisson ont été obligés de repartir, la sécheresse ayant décimé les récoltes. Il ne reste plus qu’un vieil homme solitaire face à la caméra….

 

 

Extrait du film « Parapluies »

 

Du Haibin s’affirme aujourd’hui comme un maître du documentaire, transmettant une réalité distanciée sinon objective, loin des tonitruantes dénonciations de tant de ses confrères. Cette voix subtile et ces images superbement cadrées sont bien plus efficaces. On garde longtemps en mémoire la question de l’un de ses personnages, qui est le thème principal de son œuvre : pourquoi faut-il que le développement soit si rapide ?

 

Finalement, il rejoint là Jia Zhangke, et il est logique que tous deux soient  réunis dans une excellente vidéo d’un jeune Américain, Joshua Fisher, petit reportage sur la « nouvelle vague » du cinéma chinois tourné en 2007 ; c’est déjà un document historique :

http://www.pbs.org/frontlineworld/rough/2007/05/flwrc46.html?&c=2wm

 

 

Filmographie 

 

Du Haibin est l’auteur quasi exclusif de documentaire, à l’exception d’un court métrage de fiction :

 

1999         Doudou (《窦豆》), 45 mn

2001         Le long des rails  (铁路沿线), 120 mn

2002         En bas du gratte-ciel (《高楼下面》) , 100 mn

2003         Histoire pékinoise (《北京纪事》), court métrage de fiction, 40 mn

2005         Nostalgie d’un amour perdu (《人面桃花》) (1), 98 mn 

      + « Film/Enfance » (《电影\童年》), 86 mn

2006         La montagne de pierre (《石山》), 123 mn

2007         Parapluies (《伞……), 110 mn

2009         1428 (1428)

 

 

(1) Il s’agit d’une expression (chengyu) : littéralement ‘visage de jeune fille et fleurs de pêchers’. Elle vient de l’histoire d’un jeune lettré, sous les Tang, qui, au cours d’une promenade, voit une jeune fille sous un pêcher en fleurs. Son image le poursuit, et, l’année suivante, il revient au même endroit mais ne peut la trouver. Il écrit alors un poème : la jeune fille de l’an dernier n’est plus là, seules restent les fleurs de pêchers, souriant dans le vent. 

 

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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