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Sang Hu 桑弧

Présentation 介绍

par Brigitte Duzan, 03 septembre 2011

 

D’une famille originaire de Ningbo, dans le nord-est du Zhejiang, Sang Hu est né en 1916 à Shanghai et y a grandi. Passé de la banque au cinéma, il est un réalisateur atypique dans le contexte de son époque.

 

De la banque au cinéma : scénariste puis réalisateur

 

En 1930, ayant perdu son père et sa mère, obligé de travailler, il entre comme apprenti à la Bourse du commerce de Shanghai. Trois ans plus tard, il s’inscrit à l’université Hujiang (沪江大学), pour suivre des cours de journalisme, tout en étant employé dans une banque industrielle. Mais il s’intéresse à l’art cinématographique qu’il étudie pendant ses moments de loisir. C’est un des rares réalisateurs de l’époque à ne pas venir du théâtre.

 

Sang Hu

 

Zhou Xinfang

 

En 1935, il fait la connaissance de deux artistes qui vont avoir une influence déterminante sur sa carrière : Zhou Xinfang (周信芳) et Zhu Shilin (朱石麟). Le premier, natif de Ningbo et mort pendant la Révolution culturelle, était un représentant éminent de l’école de Shanghai de l’opéra de Pékin (海派京剧), spécialiste des rôles de lao sheng (老生) et créateur d’un style particulier.

 

Quant à Zhu Shilin, c’était l’un des réalisateurs les plus influents de l’époque, le maître du cinéma réaliste de l’après-guerre à Hong Kong, et un maître qui eut pour élèves et disciples les grands réalisateurs qui allaient marquer le cinéma chinois. Issu d’une famille de hauts fonctionnaires du Jiangsu, lui-même avait commencé, en 1919, comme apprenti à la banque de Chine, à Hankou ; il devait donc ressentir des affinités avec Sang Hu.

 

C’est avec leur soutien et encouragements qu’il commence à écrire des scénarios. Le premier est justement pour un film de Zhu Shilin, sorti en 1941 : « L’esprit et la chair » (《灵与肉》). Puis suivent en 1942 : « La nuit de noce » (《洞房花烛夜》), tourné par Yang Gongliang (杨工良), et « Rendez-vous au crépuscule » (《人约黄昏后》) de Zhu Shilin (1).

 

Sang Hu continue son travail de scénariste pendant toute la guerre de résistance, puis, après la défaite du Japon, il entre en 1946 comme scénariste et réalisateur aux studios Wenhua qui viennent d’être créés en août à Shanghai par Wu Xingzai (吴性栽), un homme d’affaires qui avait déjà des parts dans les studios Lianhua dans les années trente.

 

Quand Wu Xingzai  crée ces studios Wenhua, c’est dans le but de réaliser des films artistiques à petit budget traitant de problèmes sociaux contemporains, éventuellement adaptés d’œuvres littéraires, y compris occidentales, les films pouvant être des comédies ou des drames, mais sophistiqués. Les deux œuvres caractéristiques, avant le chef d’œuvre de Fei Mu « Printemps dans une petite ville »

(《小城之春》), en 1948, sont deux films de 1947 : d’une part « L’auberge de la nuit »  (《夜店》) de

 

Zhu Shilin

Huang Zuolin (黄佐临), adapté de l’œuvre de Maxime Gorki « Les bas-fonds », avec la grande star Zhou Xuan (周璇) dans le rôle principal, et d’autre part, dans le registre de la comédie, « Vive ma femme ! » (《太太万岁》), troisième film réalisé par Sang Hu.

 

De la Wenhua aux studios de Shanghai

 

Collaboration avec Zhang Ailing

 

Un amour sans fin

 

Le second film réalisé par Sang Hu, «Un amour sans fin» (《不了情》), fut le fruit d’une collaboration avec Zhang Ailing (张爱玲), romancière alors très en vogue à Shanghai (2). Elle transposa dans son scénario son univers de sombres tragédies familiales et drames personnels dans lesquelles la femme est toujours la victime d’un univers dominé par la loi masculine.

 

Le film fut tourné en quelques semaines, terminé le 22 mars 1947, sortit en avril à Shanghai et connut aussitôt un immense succès populaire. Il fut couronné du titre flatteur de « grand film correspondant aux idéaux du public populaire de la production cinématographique chinoise postérieure à la victoire » (胜利以后国产影片最适合观众理想之巨片”).

 

Le succès remporté incita Sang Hu à poursuivre sa collaboration avec Zhang Ailing. Cela donna l’année suivante une comédie encore plus populaire : « Vive ma femme ! » (《太太万岁》), un film à mi chemin entre rires et larmes, qui préfigure les films qui font encore aujourd’hui  les beaux jours du box office chinois. 

 

Sang Hu demanda ensuite à Zhang Ailing de lui écrire un troisième scénario, sur la base cette fois de son bestseller, « La cangue d’or » (金锁记), grande saga familiale froide et grinçante. Le tournage fut repoussé à cause de la maladie de l’actrice principale, Zhang Ruifang (张瑞芳), et le film, finalement, ne fut jamais réalisé. Ce fut la fin de la collaboration entre Sang Hu et la romancière ; on a beaucoup glosé sur les rapports exacts qu’ils ont bien pu avoir et les raisons de leur séparation. De toute façon,

 

Vive ma femme

 

Tristesse et joies de l’âge mur

 

Zhang Ailing partit ensuite à Hong Kong, puis aux Etats-Unis. Restent deux films superbes, c’est déjà beaucoup (3).

 

En 1949, Sang Hu tourne un film considéré comme l’un des chefs d’œuvre de ce second âge d’or du cinéma chinois (1946-1949) et qui est en même temps une transition dans son œuvre : « Tristesse et joie de l’âge mûr » (哀乐中年). Un instituteur refuse de se remarier après la mort de sa femme pour s’occuper de ses enfants, mais, une fois à la retraite, il sombre dans la dépression et ne trouve de consolation qu’auprès d’une jeune institutrice de l’âge de ses enfants qu’il finit par épouser en dépit des pressions sociales ; ils créent une école, et ont un bébé…. Le rôle principal est tenu par le grand acteur Shi Hui (石挥).

 

Après 1949

 

C’est le dernier film tourné par Sang Hu à la Wenhua. Après 1949, il entre aux Studios de Shanghai. Ses thèmes de prédilection, centrés sur les drames familiaux et les problèmes sentimentaux d’individus anonymes, ne sont plus à la mode. L’heure est à la construction du socialisme et les artistes doivent y apporter leur contribution. Les temps changent. La Wenhua passe sous contrôle étatique en 1952, bientôt est lancée une campagne de « refonte des intellectuels », Shi Hui est critiqué comme beaucoup d’autres…

 

Sang Hu, réalisateur tout en finesse, proche du monde littéraire, est un peu décalé par rapport à la ligne directrice. Il est pourtant à l’avant-garde des progrès techniques et stylistiques, et réalise, à quelques années de distance, trois films que l’on a appelés « les trois premiers » (三个第一) : premier film d’opéra en couleur de la Chine nouvelle (新中国第一部彩色电影——戏曲片), en 1954, premier film de fiction en couleur (第一部彩色故事片), en 1956, et premier film de fiction sur grand écran avec son stéréo (第一部宽银幕立体声故事片), en 1962.

 

Les deux films de fiction sont « Le sacrifice du Nouvel An » (祝福) d’après la nouvelle de Lu Xun (鲁迅), et

 

Sacrifice

le très original film de 1962 « Les Aventures d’un magicien » (魔术师的奇遇). Quant au premier, il s’agit de « Liang Shanbo et Zhu Yingtai » (梁山伯与祝英台), opéra yue (越剧) reprenant l’histoire millénaire des « amants papillons » qui s’intègre bien et dans son œuvre et dans l’époque, et qu’il s’agit d’étudier maintenant pour voir pourquoi.

 

Les aventures d’un magicien

 

Sang Hu réalisa encore une dizaine de films, même trois pendant la Révolution culturelle, dont « La fille aux cheveux blancs » (《白毛女》), en 1972; pour ce ballet, qui faisait partie des « opéras modèles », Sang Hu était a priori un choix peu orthodoxe, n’ayant pas les critères usuels pour ces œuvres ; ce qui joua, ce fut, justement, son travail sur « La romance de Liang Shanbo et Zhu Yingtai » et le succès rencontré par le film, ainsi que divers scénarios écrits pour des opéras Huangmei et de Pékin.

 

Son dernier film date de 1990 : « Cao Cao et Yang Xiu » (曹操与杨修), réflexion sur l’histoire des Trois Royaumes. Il est aujourd’hui introuvable.

 

Sang Hu est mort en septembre 2004, à Shanghai.

 

 

 

Notes

(1) Le titre vient d’un vers de Ouyang Xiu (欧阳修), homme d’Etat, poète et historien du onzième siècle :

月上柳梢头,人约黄昏后 (rendez-vous au crépuscule, sous les saules baignés par la lune)

Chanson immortalisée par Teresa Teng (邓丽君) :

 

 

Chanson immortalisée par Teresa Teng (邓丽君)

 

(2) Sur Zhang Ailing, ou Eileen Chang (张爱玲), voir :

www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_ZhangAiling.htm

(3) Sur les scénarios de Zhang Ailing pour Sang Hu, voir :

www.chinese-shortstories.com/Scenaristes_ZhangAiling_1.htm

 


 

A lire en complément :
- un article sur « Liang Shanbo et Zhu Yingtai » ( 《梁山伯与祝英台》)
- la traduction, en collaboration avec le CDCC, de la lettre du fils de Sang Hu écrite en hommage à son père à l’occasion de la rétrospective de ses œuvres dans le cadre de la 6ème édition du festival du cinéma chinois de Paris (2011) :
www.cdccparis.com/2011/06/retrospective-sang-hu.html
- et celle d’un article du Dianying huabao de janvier 1981 sur le réalisateur et son œuvre :
www.cdccparis.com/2011/07/lareussite-par-le-travail-mes-souvenirs.html

 

 

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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