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Zhang Lü 张律 

Présentation

27 mars 2011, révisé 7 décembre 2013

 

Zhang Lü est né en 1962 à Yanbian (延边), préfecture autonome coréenne de la province du Jilin, aux confins de la Chine et de la Corée du Nord, petit coin de Corée sous le ciel chinois… Son œuvre en est un reflet.

 

Aux marges de la Chine

 

Enfant entre deux cultures

 

L’immigration coréenne dans la région commença à la fin du dix-neuvième siècle, en raison de difficultés économiques, et une deuxième vague se produisit après l’invasion de la Mandchourie par le Japon : les Japonais tentèrent de contrer le pouvoir de la Chine dans la région en favorisant l’implantation d’immigrants coréens. A la fin de la seconde guerre mondiale, en 1945, étant donné la situation difficile dans leur pays, cette population resta en Chine. En 1952, dans

 

Zhang Lü

le cadre de sa politique en faveur des minorités nationales, le gouvernement chinois leur accorda une région autonome, transformée en préfecture autonome en 1963.

 

En 1952, la population locale était constituée à 60 % de Coréens, proportion tombée à 32 % en 2000. Comme dans le reste du pays, le gouvernement chinois mène là une politique active d’intégration et d’assimilation, en favorisant l’usage du chinois et la scolarisation des enfants dans des écoles chinoises, mais, dans la préfecture autonome, le coréen continue à être langue officielle aux côtés du chinois, le bilinguisme étant la norme.

 

Situation géographique de Yanbian

 

Né et grandi à Yanbian, Zhang Lü a un grand-père coréen, et appartient donc à cette population dont les liens avec la Corée sont d’autant plus douloureux dans les circonstances actuelles : il y a beaucoup de Nord Coréens qui tentent, à leurs risques et périls, de franchir la frontière pour fuir la dictature, et surtout la famine. Les films de Zhang Lü reflètent cette triste réalité et la prennent comme thème de réflexion.

 

Zhang Lü a commencé par faire des études de littérature chinoise à l’université de Yanbian, et à écrire : des poèmes, des nouvelles, un roman, qui n’ont

pas été publiés et qu’il se réserve de reprendre un jour, peut-être.

 

Il s’est cependant vite rendu compte qu’il avait une mémoire des formes, des images et des sons, et que son mode d’expression par excellence était donc le cinéma plutôt que la littérature. Il a néanmoins commencé à tourner un peu par hasard, sans avoir fait d’études préalables, comme une sorte de défi lancé lors d’une soirée un peu arrosée, raconte-t-il avec son humour habituel.

 

Le cinéma par défi

 

Il avait écrit une courte nouvelle qu’un ami cinéaste avait proposé de porter à l’écran. Le tournage le laissant insatisfait, il se dit que ce n’était pourtant pas sorcier de faire un film et déclara carrément qu’il allait le faire lui-même. Tourné en onze jours, en 2001, le court métrage raconte en onze minutes un épisode de la vie d’un enfant de onze ans : intitulé « Onze » (11岁), il fut aussitôt présenté à la 58ème Biennale de Venise, mais aussi aux festivals de Busan et de Toronto, en se faisant remarquer partout.

 

Pour quelqu’un qui n’avait jamais appris à se servir d’une caméra, c’était quand même un résultat étonnant, surtout que le court métrage comporte en filigrane les principaux thèmes de ses films suivants, ainsi qu’un style très particulier, fait de plans éloignés et statiques venant renforcer l’atmosphère de triste solitude d’un enfant qui apparaît comme la matrice des enfants au centre de ses films à partir de 2005.

 

C’est en 2003 que sort son premier long métrage : « Tang Poetry » (唐诗). C’est l’histoire originale d’un petit voleur atteint d’une maladie à crises récurrentes qui l’empêchent de « travailler » ; introverti et asocial, son plus grand plaisir dans la vie est d’écouter les bruits provenant de chez les voisins, et en particulier des bribes d’une émission télévisée intitulée « Conférences sur la poésie Tang » (“唐诗讲座). Il n’est pas indifférent à la fille des voisins qui tente de le sortir de son isolement dépressif, allant même jusqu’à lui organiser un casse dans une boîte de nuit, qui échoue parce qu’il n’est pas au rendez-vous…

 

C’est un film complexe, plutôt expérimental que narratif, où la poésie Tang apparaît, bien plus que comme emblème de la culture traditionnelle chinoise, comme source de réconfort au milieu des pires ennuis, émergeant soudain du souvenir par bribes mémorisées depuis l’enfance. C’est aussi un film qui

 

Tang Poetry

reflète la profondeur de pensée du réalisateur autant que son amour de la poésie, un film qui mériterait un développement à part entière bien qu’il le désavoue.

 

Il apparaît a posteriori comme un premier pas dans la maîtrise d’un style qui va ensuite évoluer autour de thèmes abordés à partir d’une réflexion sur la minorité coréenne dans sa région natale, et sur les problèmes posés par l’émigration nord-coréenne, et l’émigration en général : thèmes de la frontière et du désert, du souvenir et du regret, de la difficulté de communication et de l’isolement dans la société actuelle…

 

2005-2010 : Cinq longs  métrages en cinq ans

 

Les quatre films sortis entre 2005 et 2008 se répondent deux à deux, le dernier, sorti en 2010, en figurant une sorte de somme ou de conclusion.

 

1. « Grain in Ear » (《芒种》) fut la révélation du 10ème festival de Busan, en 2005 ; il y obtint le prix de la section « Nouveaux Courants » : le jury était présidé par Abbas Kiarostami qui reconnut dans le film bien des thèmes répondant à sa propre filmographie et s’engagea personnellement dans sa défense. Kiarostami est effectivement l’un des réalisateurs dont Zhang Lü reconnaît l’influence. « Grain in Ear » obtint également le Cyclo d’or au festival de Vesoul l’année suivante.

 

« Grain in Ear » est l’histoire d’un jeune mère célibataire - Soonhee/ Cui Ji - venue de Corée vivre en Chine avec son jeune fils, et qui vit avec lui une existence précaire dans la banlieue de Pékin. Elle vend sur son tricycle une spécialité coréenne, du kimchi, pour les quelques Coréens qui vivent là et les rares Chinois qui l’apprécient. N’ayant pas de licence officielle, elle doit constamment fuir les contrôles de police. Un Coréen tombe amoureux d’elle ; mais il est marié, et ils ne peuvent avoir qu’une liaison cachée.

 

Grain in Ear

 

Les difficultés se multiplient pour Soonhee dont la pauvreté accentue sa marginalisation en tant que membre d’une ethnie minoritaire figurant au bas de la hiérarchie sociale chinoise. Son fils le ressent sans trop le comprendre et demande « quand ils pourront rentrer chez eux », faisant écho aux films de Kiarostami, justement, mais aussi à tous les migrants et personnes déplacées, en transit dans notre monde moderne.

 

La mise en scène lente et froide, voire crue dans les brèves scènes de sexe, accentue l’impression de désolation dans les relations humaines entre ces marginaux ethniques autant que sociaux, et de gouffre sentimental dans lequel sombre peu à peu Soonhee. Les images, percutantes, restent gravées dans l’esprit, et le long travelling de la fin, qui se prolonge au-delà du générique, laisse l’avenir en suspens : c’est une fuite, mais on ne sait trop vers quoi…

 

2. Le thème de l’isolement de marginaux au sein d’une société qui leur tourne le dos est repris dans le film suivant, « Desert Dream » (《沙漠之梦), ou « Hyazgar » (《边界》), terme mongol désignant la limite du désert.

 

Zhang Lü traite pour la seconde fois du destin d’une réfugiée nord-coréenne et de son fils en Chine, cette fois-ci dans le désert de Mongolie, où ils sont accueillis et recueillis par un vieil homme resté seul alors que sa femme est partie à la capitale. S’il est resté, c’est pour tenter de réaliser son rêve impossible : faire reverdir le désert.

 

On a donc ici deux thèmes qui se croisent, celui de la frontière et celui du désert, les deux étant pris dans leur sens propre autant que dans un sens figuré : la frontière est autant physique que mentale, et le désert est celui de Mongolie, où arrivent la réfugiée coréenne et son fils, autant que le désert des sentiments dans lequel se débattent les personnages.

 

Desert Dream

 

On est frappé par la correspondance des thèmes et des styles de ces deux premiers films qui forment une sorte de diptyque  cohérent :

-          dans les deux cas, le personnage principal est une femme seule avec son fils ; le père, lui, est mort. Et la femme s’appelle Soonhee dans les deux films : c’est bien la même, vue sous un autre angle. Zhang Lü a expliqué qu’il avait ici fait appel à un souvenir : celui de sa mère qui avait emmené ses enfants vivre à la campagne quand il avait cinq ou six ans, parce que son père avait été emprisonné pendant la Révolution culturelle.

-          ce sont deux femmes en transit, la première de passage à Pékin, la seconde dans le désert, et à la fin, elles poursuivent leur parcours qui est une quête vitale. Mais Pékin est filmée comme un désert affectif, avec d’immenses espaces désespérément vides, tandis que le désert recèle des trésors de chaleur humaine.

-          si les thèmes se répondent, en revanche, les styles sont opposés : « Grain in Ear » est fait de longs plans fixes ; par contre, dans « Desert Dream », Choi Soonhee et son fils sont des fugitifs, ils arrivent encore haletants d’avoir échappé aux gardes frontières, Zhang Lü les filme caméra à l’épaule, une caméra qui tremble légèrement. De même, les personnages sortent parfois du cadre, et la caméra ne les reprend qu’au bout d’un moment : c’est que, dans ce désert, contrairement à la ville, ils ne sont jamais bien loin, et on ne risque pas les perdre de vue au détour d’une rue.

 

 « Desert Dream », ce sont trois personnages qui vivent ensemble en se comprenant sans parler, liés par les menus gestes du quotidien, dans l’attente incertaine du lendemain : comme l’a dit Jacques Mandelbaum, « tout cela est beau comme du Beckett, la parole en moins. »

 

3. Pour son œuvre suivante, Zhang Lü a réalisé un véritable diptyque, « Chongqing » (《重庆》) et « Iri » (《裡里》), deux films tournés en 2008 qui étaient conçus comme une œuvre unique, mais ont été ensuite séparés pour la diffusion par les producteurs : une aubaine pour eux, dit Zhang Lü, un sourire malicieux derrière ses lunettes, deux films pour le prix d’un…

 

Le premier film, « Chongqing » (《重庆》), a pour cadre la mégapole du Sichuan, élevée au rang de municipalité au même titre que Pékin, Shanghai et Tianjin, et qui regroupe aujourd’hui plus de trente millions de personnes.

 

Dans cette métropole en flux migratoire constant, le film raconte l’histoire d’une jeune femme enseignante de chinois, Suyi (苏伊), qui vit seule avec son père ; lorsque celui-ci est arrêté par la police, soupçonné de trafic illicite avec des prostituées, elle accepte, pour le faire libérer, de se donner à

 

Chongqing

un policier. S’étant ensuite rendu compte que celui-ci a pris de la sorte plusieurs autres femmes dans ses filets, au cours d’une dispute, elle lui vole son arme de service… Situation explosive…

 

Iri

 

Quant au second film, « Iri » (《裡里》), il se passe trente ans auparavant dans une toute petite ville de Corée, celle du titre, où a eu lieu un accident resté dans les annales : en 1977, un train transportant des matières inflammables a explosé dans la petite gare, causant la mort de 59 personnes et en obligeant quelque 160 000 autres à chercher refuge ailleurs. Le film n’est pas directement sur la catastrophe, mais sur les problèmes rencontrés par les survivants, en l’occurrence un frère et une sœur dont les parents sont morts dans l’accident.

 

Les deux histoires n’ont, semblent-ils, rien à voir, et pourtant, elles sont liées, par deux personnages qui sont le miroir l’un de l’autre, et par les situations elles-mêmes : une petite ville détruite par une explosion, et une mégapole au bord de l’explosion, ou de l’implosion.

 

Les deux films ont jusqu’ici été projetés séparément ;

Zhang Lü espère qu’ils pourront un jour être présentés ensemble ; on pourrait ainsi les apprécier à leur juste valeur.

 

2010 : La Rivière Tumen 

 

Après ces deux films un peu différents des précédents, mais qui restent cependant typiques de son univers personnel, Zhang Lü est revenu à des thèmes plus proches de « Grain in Ear » et « Desert Dream » pour un nouveau long métrage, « La Rivière Tumen » (《豆满江》), qui apparaît comme une somme à la fois thématique et stylistique de ses réalisations des dix années précédentes.

 

Le film aborde le thème des réfugiés coréens qui fuient la Corée en plein hiver en traversant à pied la rivière Tumen prise par les glaces, en analysant plus particulièrement les répercussions sur la population locale, de l’autre côté de la frontière, avec les réflexes de peur et d’autodéfense inévitables quand des incidents se produisent. C’est un film esthétiquement très beau, et très profond. Il réfléchit sur les ressorts intimes de la nature humaine confrontée à des situations qu’elle ne contrôle pas et suscite une réflexion qui

 

Tumen River (affiche coréenne)

va bien au-delà du cas des réfugiés coréens à la frontière chinoise.

 

2013 : documentaire en Corée

 

Scenery

 

Il donne d’autant plus l’impression d’une somme que Zhang Lü est ensuite parti en Corée pour tourner son film suivant : un documentaire coréen sur les travailleurs migrants coréens,  intitulé « Scenery » (《风景》), dans lequel il dépeint la vie de dix d’entre eux – soit dix « paysages » différents. Le documentaire a été primé au festival de Busan en octobre 2013.

 

Lors de son passage en France en 2010 au festival de Mayenne, Zhang Lü nous avait confié qu’il avait plusieurs scénarios prêts. On espère qu’il pourra bientôt les réaliser. En Chine.

 

 

 


                                                             

Filmographie

 

2001 Eleven  11岁》  (court métrage)

2003 Tang Poetry  《唐诗》

2005 Grain in Ear  《芒种》 망종

2007 Desert Dream / Hyazgar  《沙漠之梦》/边界》

2008 Chongqing  《重庆》 중경

2008 Iri 《里里》 이리

2010 La rivière Tumen  《豆满江》 두만강

2013 Scenery 《风景》 풍경  (documentaire)

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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