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Ying Liang 应亮

Présentation

par Brigitte Duzan, 17 juillet 2012

 

Né en 1977 à Shanghai, Ying Liang (应亮) est aujourd’hui l’un des cinéastes chinois les plus engagés, l’un des plus courageux, aussi, qui filme, comme Wang Bing (王兵), Zhao Liang (赵亮) ou Xu Xin (徐辛), avec le sentiment d’une mission à accomplir. Cependant, lui n’est pas documentariste.

 

Ses films sont des fictions, mais ancrées dans la réalité : sa caméra capte les multiples facettes de la société chinoise dont il dénonce les aspects les plus noirs pour tenter d’en améliorer les rouages.

 

Ying Liang Photo: Cheng Wenjei pour 'Leap:

TheInternational Art Magazine of Contemporary China.'

Mais, son œuvre est particulièrement intéressante pour ses caractéristiques stylistiques, nées de ses premières recherches quand il était étudiant. 

 

Formation en marge

 

The Missing House

 

Ying Liang a fait des études artistiques à l’Université normale de Pékin (北京师范大学艺术系) dont il est sorti en 2000 ; il a ensuite continué ses études dans le département de mise en scène cinématographique de l’université de Chongqing (重庆大学电影学院导演系).

 

Il commence à tourner des courts métrages pendant ses études, et en réalise onze de 1999 à 2003 : d’abord un court métrage expérimental, puis

deux courts métrages documentaires, et ensuite, à partir de janvier 2000, des courts métrages en majorité de fiction qui sont primés dans divers festivals.

 

Mai 1999 : court métrage expérimental de 17’ « Ce n’est pas une histoire » 《不是故事》

Septembre 1999 : court métrage documentaire « Section » 《切片》 

Octobre 1999 : court métrage documentaire « Voie ferrée »  《地铁》
Janvier 2000 : court métrage de fiction « Il était une fois une montagne » 《从前有座山》
Avril 2000 : court métrage de fiction « Le tueur double » 《双重杀手》
Janvier 2001 : court métrage expérimental « 3 minutes, 59 sec, 24 plans » 35924帧》 
Avril 2001 : court métrage de fiction « Gold Coin of Heaven » 《天堂的金币》

Mai 2001 : court métrage de fiction « Chroniques d’une ville de montagne » 《山城纪事》

Août 2001 : court métrage documentaire, co-réalisation « Vie familiale » 《在家的日子》

Mai 2002 : court métrage de fiction « Ombres » 《影子》

Février 2003 : court métrage de fiction  « The Missing House »《回家看看》

 

Ce dernier court métrage est inspiré d’un fait réel : l’histoire d’un homme qui reçoit une permission spéciale pour aller passer les fêtes du Nouvel An dans sa famille, ou du moins celle de son oncle, seule famille qui lui reste ; il se trouve confronté à l’indifférence de l’oncle, l’arrogance de son ancien camarade de classe, les escroqueries de l’agent immobilier local… bref c’est un condensé des dérives de la société chinoise de ce début de vingtième siècle.

 

« The Missing House » obtient le prix du meilleur scénario court au Festival du film étudiant de Pékin, et le prix de la critique au Festival du court métrage indépendant de Hong Kong.

 

C’est son film de fin d’étude. Sa carrière démarre aussitôt, et son premier film est la résultante des expériences faites dans ses courts métrages, dans le domaine stylistique et technique en particulier : expérimentation sur diverses caméras numériques, expérimentation sur le son dans son rapport à l’image, comme élément essentiel de l’environnement quotidien de chacun en Chine – élément omniprésent mais impersonnel.

 

Artiste engagé

 

1. En 2005 sort son premier film, tourné pendant l’été précédent, qui attire tout de suite l’attention sur lui : « Taking Father Home » (《背鸭子的男孩》) raconte l’histoire d’un adolescent de 17 ans, Xu Yun (徐云), qui, apprenant un jour que le village où il vit va être rasé pour faire place à une zone industrielle, part à la ville chercher son père qui l’a abandonné depuis six ans, en prenant avec lui deux oies pour tout viatique (1).

 

C’est un film sur la maturation et la fin de l’adolescence, une histoire poétique de perte et de quête, de résolution et de revanche. Toute la poésie du film est résumée dans l’affiche, en forme de peinture de paysage traditionnel shanshui. Mais la ville où débarque Xu Yun n’a rien de cette image idyllique qui semble plutôt un paradis perdu. Cette ville, c’est Zigong (自贡), au Sichuan, la ville dont est originaire son épouse, et elle est bien réelle ; c’est un cauchemar plutôt qu’un paradis.

 

Taking Father Home

 

Le film a été tourné avec une petite caméra numérique prêtée, la famille et les amis, et un budget de 30 000 yuans. Mais Ying Liang a frappé, dès sa sortie, par sa manière très personnelle de filmer la ville, en immergeant ses personnages dans des  bruits de fond incessants, des hauts parleurs, en particulier, qui ne cessent de hurler des mises en garde, contre une menace d’inondation. La violence est présente à l’écran, renforcée par ce qu’on imagine ailleurs… Mais le film s’achève cependant sur une note pacifiée, une fois la crise passée.

 

2. Après ce premier film très réussi, Ying Liang réalise en 2006 « The Other Half » (《另一半》), qui est, comme le précédent, en dialecte du Sichuan et avec des interprètes non professionnels.

 

Le personnage principal est une femme qui travaille comme secrétaire dans un cabinet d’avocats. Toute la journée, elle reçoit les clients les plus divers venus pour intenter des actions en justice et les écoute énoncer leurs problèmes : demandes de divorces, corruption, erreurs médicales, vengeances, etc… Elle-même se pose des questions sur sa liaison avec un repris de justice passionné de jeu. La rumeur se répand par ailleurs qu’une usine chimique est en train de polluer la ville.

 

The Other Half

 

The Other Half, un monde en miettes

 

Ying Liang dresse ici un portrait noir et sans concession d’une société gangrenée, un environnement pourri, dont rien ni personne  ne semble pouvoir réchapper, un monde en miettes d’où ressort un intense sentiment de solitude. Le film a bénéficié de l’aide du fond Hubert Bals du festival de Rotterdam et obtenu le prix spécial du jury au festival Filmex de Tokyo.

 

 

 

Le film (avec sous-titres anglais)

 

3. Le troisième long métrage, en 2008, est une satire tout aussi acerbe que la précédente : « Good Cats » (《好猫》) se réfère bien sûr à la fameuse phrase de Deng Xiaoping :

Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape les souris, c’est un bon chat.

不管白猫、黑猫,逮住老鼠就是好猫

bùguǎn báimāo hēimāo dǎizhù lǎoshǔ jiùshì hǎomāo

 

Le problème, c’est que les chats ne sont plus ce qu’ils étaient. La croissance économique est passée par là, et a pollué toute la société comme elle a pollué le paysage, justement parce que toute action n’a plus été jugée qu’à l’aune de ses résultats, entendus en termes financiers. Ying Liang dresse le constat des dégâts, à la fois ironique et déconcertant, toujours dans sa bonne ville de Zigong.

 

Son protagoniste, le jeune Luoliang (罗亮), est le chauffeur d’un riche entrepreneur qui a fait fortune dans l’immobilier, tandis que tout autour de lui semble promis à une ruine rapide, y compris son mariage, sa femme et sa famille le trouvant trop peu ambitieux. Mais le « boss Peng » devient fou… ce qui, selon Ying Liang, est ce qui guette tout un chacun dans la Chine d’aujourd’hui.

 

Good Cats

 

Ying Liang affine aussi son style et sa technique. Il insère en particulier des séquences musicales où l’ensemble de rock Lamb’s Funeral intervient directement pour commenter l’action. Cela donne un effet comédie musicale qui rappelle, dans un autre style, « Cabaret » et sa fameuse chanson « money, money, money, money makes the world go round… »

 

Le film est sorti en première mondiale au festival de Karlovy Vary avant de faire le tour des festivals mondiaux. Il est aussi devenu un modèle de ce que peut donner la technologie numérique quand elle est bien utilisée.

 

4. En février 2010, un nouveau court métrage de vingt minutes de Ying Liang est parmi ceux primés au 39ème festival de Rotterdam : « Condolences » (《慰问》wèiwèn). Il part d’un accident dont fut témoin le réalisateur en 2004, dont les images sont restées gravées dans son esprit.

 

Il débute par quelques photos prises après un accident d’autobus : images brutes d’un car tombé à l’eau, de badauds. Ce

 

Condolences

n’est que le préambule, l’objet du film est ce qui suit l’accident : la tragédie personnelle d’une vieille dame qui a perdu son mari et son fils, figure hiératique que les autorités viennent saluer, sous l’œil des reporters de la télévision. C’est à travers cette cérémonie médiatisée que Ying Liang fait une analyse au scalpel d’une société où chacun n’agit que dans le cadre de son intérêt étroitement pensé.

 

A la suite de la projection du film au festival de San Sebastian, en 2011, le critique de l’Humanité décrivait ainsi la scène des condoléances, filmée avec une caméra statique comme aux bons jours des débuts du cinéma :

« La scène est fermement cadrée par les deux murs croûteux qui s’élèvent à droite et à gauche. Comme des rideaux de scène délimitant une action. La veuve, toute menue, vue de dos sur un fauteuil, est au premier plan. Un premier plan qui exclut toute intimité étant donné l’éloignement de la caméra. Dans le fond, des gens préparent la salle pour la cérémonie, installant les cercueils. On a parlé de scène et c’est bien de théâtre qu’il s’agit, voulu tel par le cinéaste. Une équipe de télévision entre côté cour. Elle filme le discours de condoléances du maire, le suit lorsqu’il se penche vers la vieille dame à qui il adresse quelques mots, la journaliste se réjouit de cette compassion puis va interroger la veuve et, constatant qu’elle ne peut pas en tirer un mot, s’en va avec la caméra…. »

 

Cette comédie humaine qui se déroule en une seule longue séquence est du meilleur Ying Liang, joignant préoccupations sociales et stylistiques. Il avait annoncé un long métrage sur le même sujet, mais il n’a finalement pas vu le jour.

 

 

Condolences, séquence initiale

 

5. Son quatrième long métrage, présenté en première mondiale au festival de Locarno le 9 août 2012, reprend la critique sociale des précédents, cette fois sous l’aspect des failles juridiques du système chinois, des zones d’ombres judiciaires. Il s’intitule en anglais « When Night Falls », mais en chinois « J’ai encore quelque chose à dire » (《我还有话要说》).

 

Ying Liang est parti d’une histoire vraie :

 

When Night Falls

celle d’un jeune homme nommé Yang Jia (楊佳) qui fut condamné à mort en 2008 pour avoir tué six policiers après avoir été arrêté et battu parce qu’il circulait sur une bicyclette sans licence. Le film est plus particulièrement centré sur sa mère : disparue avant le procès expéditif de son  fils, pour éviter

 

When Night Falls, la mère

 

qu’elle ne vienne témoigner ; elle fut retrouvée peu après, enregistrée sous un autre nom, dans un hôpital psychiatrique. Elle n’a jamais pu revoir son fils après son arrestation.

 

C’est elle qui a « encore quelque chose à dire »… et Ying Liang le transmet, en élargissant le discours pour en faire une dénonciation des procédés expéditifs de la justice chinoise - arrestations arbitraires, procès bâclés et exécutions sommaires.

 

 

Bande annonce

 

Le film a déjà beaucoup fait parler de lui. Il a été produit par le festival international de Jeonju. Ying Liang se trouvait là quand on a appris que les autorités chinoises avaient obtenu une copie de son film encore en projet, avaient cherché à en acquérir les droits et fait pression sur la famille du réalisateur, à Shanghai, celle de sa femme au Sichuan, en menaçant de l’arrêter s’il tentait de rentrer en Chine.

 

Ying Liang est actuellement à Hong Kong, et transmet régulièrement des informations et vidéos sur sa situation sur Twitter (2) et You Tube.  

 

Ying Liang est étonnant : il est l’un des rares réalisateurs de talent, aujourd’hui, en Chine, à conserver un sens de responsabilité sociale (3) :

« Une simple phrase, un simple film suffisent à menacer votre sécurité. La liberté n’est qu’un pion sur l’échiquier, et utilisée comme telle. Si le système est ainsi, c’est parce que nous y avons nous-mêmes contribué, l’avons encouragé… »

 

Il refuse de composer. Tant que son œuvre reste interdite en Chine et limitée aux cercles cinéphiles étrangers, elle ne peut avoir que peu d’impact au plan politique. Elle conserve néanmoins sa valeur de témoignage et ses qualités cinématographiques qui en font une œuvre de premier plan.

 

 

Notes

(1) C’est le sens du titre du film : Le garçon avec deux oies sur le dos.

(2) Ying Liang sur Twitter : http://twitter.com/yingliang2046

(3) Voir l’hommage du chroniqueur du New York Times, Richard Brody :

http://www.newyorker.com/online/blogs/movies/2012/05/ying-liang-james-cameron-chinese-censorship.html

 

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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