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Adaptations cinématographiques de légendes et contes chinois

I. La légende du serpent blanc

par Brigitte Duzan, 10 décembre 2017

 

1.       La légende

 

Source : une légende datant de la dynastie des Song [1], selon laquelle deux esprits maléfiques, un serpent blanc et un poisson bleu, ont été emprisonnés sous une pagode construite au 9e/10e siècle au pied du Pic du tonnerre, au bord du lac de l’Ouest, à Hangzhou, par une concubine du roi de Wuyue.

 

Versions littéraires:

 

- Version courte de Feng Menglong (冯夢龙)

« Madame Serpent blanc, prisonnière éternelle de la pagode du Pic du tonnerre » (白娘子永镇雷峰塔).

Conte n° 28 du recueil « Propos pénétrants pour avertir le monde » (ou : « Histoires pour mettre en garde ») Jingshi tongyan警世通言. Deuxième des « Trois propos » (San yan 三言), paru en 1624 [2].

 

Le Jingshi tongyan de Feng Menglong

  

- Deuxième version courte, par un compatriote de Feng Menglong dont on ne connaît que le pseudonyme, Guwu Molangsi (古吴墨浪子) : c’est le 15ème des seize récits des « Belles histoires du Lac de l’Ouest » (西湖佳话), recueil publié en 1673.

 

- Première version développée (offerte à l’empereur Qianlong) : version longue de Fang Chengpei (方成培)

« Le Miracle de la pagode du Pic du tonnerre » (雷峰塔傳奇)

 

Traductions en français

 

- Le Serpent blanc, quatorze récits des Histoires pour mettre en garde, de Feng Menglong,

   Editions en langues étrangères, Pékin 1994

- Le Serpent blanc, dans Contes populaires du lac de l'Ouest, ill. Ye Yuzhong,

Éditions en langues étrangères, Pékin, 1982, rééd. 1986.

 

Les belles histoires du lac de l’Ouest

 

- La Tour du Pic du Tonnerre, ou La Dame Blanche, trad. Maurice Verdeille, dans Bulletin de la Société des études indochinoises, Saïgon, 1917, pages 53-170.

A lire en ligne :

https://www.chineancienne.fr/traductions/la-tour-du-pic-du-tonnerre-ou-la-dame-blanche-trad-

m-verdeille/

 

Résumé de la version la plus courante

 

Un esprit à forme de serpent [3] est sauvé par un homme et fait vœu de lui rendre son bienfait dans une existence ultérieure. Avec un petit serpent vert devenu son compagnon, il médite durant un millier d’années dans une grotte. Les deux serpents acquièrent des pouvoirs magiques et prennent la forme de deux jeunes femmes. Le serpent blanc se met alors à la recherche de la réincarnation de son bienfaiteur : il se nomme Xu Xian (许仙), est pauvre, et tient une petite boutique d’apothicaire près de Hangzhou. Les deux femmes vont donc flâner autour du Lac de l’Ouest et finissent par le rencontrer. Pour engager la conversation, comme le jeune homme tient un parapluie, le serpent blanc use de ses pouvoir pour faire pleuvoir ; Xu Xian offre donc de les raccompagner. Le serpent blanc se présente comme Bai (blanc) Suzhen (白素贞), fille d’une famille riche [4], et le serpent vert commesa servante Xiaoqing (小青) [la petite verte].

 

Xu Xian et Bai Suzhen finissent par se marier, et la pharmacie prospère grâce à la magie du serpent ; un héritier s’annonce, tout va pour le mieux, mais un jour, Xu Xian croise un moine bouddhiste nommé Fahai (法海) qui détecte tout de suite la présence d’un esprit. Il le prévient du danger, mais Xu Xian ne le croit pas. La fête des bateaux dragons approchant, le moine lui donne alors pour sa femme enceinte une fiolede vin soufré, bu traditionnellement ce jour-là pour prévenir les maladies. Xu Xian réussit à en faire boire un peu à Bai Suzhen malgré sa résistance. La potion dévoilant sa vraie forme, son mari tombe raide mort de frayeur.

 

La Pagode du Pic du tonnerre, peinture

d’un artiste occidental du 18ème sciècle

 

Bai Suzhen part alors sur le mont Kunlun demander à une divinité taoïsteune potion magique pour ressusciterson mari, mais, décidé à débarrasser la ville du serpent, le moine enlève Xu Xian et l’enferme dans le temple de la Montagne d’or (金山寺). Bai Suzhen et Xiaoqing essaient de les en faire sortir en inondant le temple, mais l’accouchement se déclenche, ce qui diminue les pouvoirs de Bai Suzhen. L’inondation devient incontrôlable, entraîne la rupture d'un pont et fait des victimes ; Bai Suzhen est punie par les divinités. Affaiblie, elle est

capturée par le moine qui l’emprisonne sous la pagode du Pic du tonnerre (雷峰塔).

 

Heureusement, plusieurs années plus tard, son fils, que Xiaoqing a ramené à son père, passe avec succès les examens impériaux et délivre sa mère grâce à un rituel religieux.

 

2.       Adaptations au cinéma

 

a) Cinéma chinois

 

1939 The Legend of the White Snake白蛇传 : la plus ancienne adaptation de la légende au cinéma, réalisée par Yang Xiaozhong (杨小仲) au studio Huaxin (华新影业公司) à Shanghai, avec Chen Yanyan (陈燕燕) dans le rôle de Bai Niangzi, la Dame Blanche (白娘子).

Le scénario part de la recherche de Bai Niangzi par son fils, mais l’histoire est légèrement différente de la légende, traitée dans une approche plus réaliste : Bai Niangzi a été accusée à tort d’être un esprit maléfique.

 

Le Serpent blanc, film 1939

 

The Legend of the White Snake, 1939

 

Madam White Snake 1962

 

1962 Madam White Snake白蛇传 de Yueh Feng 岳枫, avec Linda Lin Dai 林黛 (Shaw Brothers)

Adaptation en opéra huangmeixi.

 

 

Madam White Snake (3:17)

 

1980 White Snake 白蛇传 réalisé par Fu Chaowu (傅超武) au studio de Shanghai.

Adaptation de l’opéra de Pékin sur le livret de Tian Han (田汉) écrit en 1952 (cf ci-dessous).

         Avec Li Bingshu (李炳淑) dans le rôle du Serpent blanc.

 

White Snake, 1980, extrait (17’22)

 

Green Snake, 1993

 

1993 Green Snake青蛇 film hongkongais de Tsui Hark (徐克)

avec Maggie Cheung dans le rôle du Serpent vert et Joey Wong dans celui du Serpent blanc.

 

Scénario de Tsui Hark et Lillian Lee (李碧华), adapté du roman de cette dernière inspiré par la légende, mais contée du point de vue du Serpent vert.

 

 

Green Snake, 1993, chinois mandarin, sous-titres anglais

 

The Sorcerer and the White Snake, 2011

 

2011 The Sorcerer and the White Snake白蛇传说之法海 film hongkongais de Ching Siu-tung (程小东)

Avec Jet Li dans le rôle du moine Fahai, ici personnage principal.

Film d’action dans le genre fantastique, réalisé par un grand chorégraphe de films d’arts martiaux, avec une pléthore d’effets spéciaux (en 3D).

 

 

b) Cinéma japonais

 

Legend of the White Snake, Japon 1956

 

1956 The Legend of the White Snake Byaku fujin no yoren白夫人の妖恋, de Shiro Toyoda

Sens du titre japonais : L’étrange amour de la dame blanche.

Coproduit par la Toho et la Shaw Brothers. Premier film de la Toho avec effets spéciaux en couleur.

 

 

The Legend of the White Snake, 1956, bande annonce :

 

1958 The Tale of the White Serpent 白蛇傳: premier film d’animation en couleur réalisé au Japon.

         L’une des rares représentations de Xiaoqing en petit poisson métamorphosé en petite fille.

         (avec adjonction d’un panda et d’un renard, animaux de compagnie de Xu Xian)

         Entre Disney et les studios d’art de Shanghai.

 

The Tale of the White Serpent, 1958, en chinois, sous-titres chinois (30’17)

 

c) Cinéma coréen

 

1960 Madam White Snake Baeksa Buin 백사부인, de Shin Sang-ok

         Avec la grande actrice Choi Eun-hee, épouse et muse du réalisateur.

(rétrospective au festival des 3-Continents 2017, reprise au musée Guimet décembre 2017)

 

Shin Sang-ok reprend la légende en y ajoutant des éléments personnels, dont l’intervention de Guanyin, le boddhisattva de la compassion, qui, touchée par la force de l’amour humain, décide de sauver le couple. On retrouve aussi dans ce film un trait récurrent du cinéma de Shin Sang-ok : la peinture du désir, et la contrainte des traditions sociales ; ici, comme dans nombre de ses films, un haut fonctionnaire tente d’user de sa position pour forcer le Serpent blanc à lui céder.

 

Le Serpent blanc, la scène de la séduction, par Shin Sang-ok

 

Madam White Snake, 1960, en vo avec sous-titres anglais

 

3.       Autres adaptations

 

a) Opéra

 

Adaptation en opéra du Sichuan, avec une originalité: le Serpent bleu est un homme jaloux, et la pièce comporte les changements instantanés de maquillages propres à cet opéra (bianlian 《变脸》) qui créent des effets de surnaturel et de magie.

 

Opéra Kunqu : La Pagode du Pic du tonnerre 雷峰塔 première adaptation par Huang Tumi () au début des Qing (version courte).

 

Opéra de Pékin : le Serpent blanc est héroïne lyrique et le Serpent bleu son double martial.

Adaptation par le dramaturge Tian Han (田汉) en 1952, et création par Mei Lanfang.

Tournée en France de la compagnie nationale de Chine en 2014.

 

b) Littérature

 

- Le Serpent blanc 《白蛇》, nouvelle de Yan Geling (严歌苓)

Subtil jeu d’écriture sur le thème de la légende du serpent blanc. L’histoire se passe pendant la Révolution culturelle…

 

Voir :  chineseshortstories (en préparation)

 


 

A lire en complément

 

- L'origine et le style de la légende du Pic du Tonnerre dans la version des Belles histoires du lac de l'Ouest, André Levy, Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, 1967, n° 53-2, pp. 517-535.

A lire en ligne : http://www.persee.fr/doc/befeo_0336-1519_1967_num_53_2_5056

 

- Le serpent blanc, figure de la liberté féminine, Ho Kin-chung, Études chinoises, 1992, vol. XI, n° 1, pp. 57-86.

 

 


[1] A partir de variantes populaires attestées sous diverses formes (comportant divers animaux) dès la dynastie des Tang.

[2] Sur Feng Menglong et ses San Yan, voir chineseshortstories (en préparation).

[3] Selon certaines variantes, il s’agirait d’une métamorphose d’un cheveu du boddhisattva Guanyin.

[4] Aussi appelée Bai Niangzi (白娘子), la dame Blanche.

 

 

     

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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