par Brigitte
Duzan, 03 décembre 2013,
actualisé 27 mars 2026
Confucius, l’affiche
du film restauré
Achevé fin
1940, considéré comme perdu pendant une demi-siècle, puis
miraculeusement retrouvé et minutieusement restauré, le
« Confucius » (《孔夫子》)
de
Fei Mu (费穆)
a, de par son histoire autant que par son sujet, une aura
quasi mythique qui fait presque oublier ses qualités – ou
ses défauts - intrinsèques.
C’est un donateur
anonyme surgi des nimbes du passé qui, un jour de novembre
2001, a contacté les Archives du film de Hong Kong pour
offrir des films retrouvés parmi les biens d’un parent
récemment décédé. Dans la liste figuraient neuf bobines du
« Confucius » de Fei Mu !
[1]
On sait maintenant qu’il s’agissait d’un second montage,
réalisé après la guerre, en 1948, pour tenter de donner une
nouvelle vie au film, mais sans l’aval de Fei Mu.
La
restauration a donc été effectuée en deux temps : une
première phase, en 2008, au
laboratoire L’Immagine Ritrovata, à Bologne, a permis de
rassembler les matériaux d’origine et de les traiter pour
atténuer les rayures tout en restaurant une bonne partie de
la bande son. Puis, dans une seconde phase, en 2010, on a
réinséré des passages du premier montage coupés en 1948 et
retrouvés, environ neuf minutes au total.
Le
résultat est étonnant
[2]. Gagné par la magie que dégagent ces images
miraculées, on reste longtemps hanté par une œuvre dont la
signification ne se décante et décrypte que peu à peu.
Un
Confucius frustré dans ses aspirations
Le film de
Fei Mu demande d’abord une certaine connaissance du contexte
historique de la fin de la période des Printemps et Automnes
pendant laquelle il a vécu.
Le
contexte historique
Le début du
film se situe aux alentours de l’an 500 avant JC, dans
l’Etat de Lu (鲁国),
l’Etat natal de Confucius, alors que celui-ci a déjà atteint
la cinquantaine. L’Etat de Lu était l’apanage du duc Ding (鲁定公),
arrivé au pouvoir en 509, mais le pouvoir effectif était en
fait partagé entre trois clans très puissants, descendants
du duc Huan de Lu (鲁桓公) :
les familles Ji
季,
Meng
孟
et Shu
叔.
Ces trois familles résultaient du processus d’inféodation
mis en place par le roi Mu des Zhou (周穆王)
au 10e siècle, mais elles avaient peu à peu accru
leur puissance au dépens du pouvoir central, en particulier
en mettant la main sur l’armée.
Carte des Etats vers
500 avant Jésus-Christ
Après avoir
maté une rébellion, le duc et les trois familles rétablirent
l’ordre en - 501. Confucius s’était bâti une certaine
notoriété en prônant les valeurs de droiture et de loyauté
pour légitimer un bon gouvernement ; c’est ce que cherchait
alors le duc Ding : Confucius fut nommé gouverneur de la
ville de Zhongdu (Zhōngdū zǎi
中都宰),
puis ministre des Travaux publics (司空),
et enfin, en - 497,
ministre de la justice, ou des châtiments (dà sīkòu
大司寇).
Le xingtan du temple
de Confucius à Qufu
Pendant
cette période, il tenta de réduire la puissance des trois
familles pour rétablir le pouvoir du duc “comme au temps des
Zhou”, cette royauté réduite à un minuscule bout de
territoire, qui n’était déjà plus qu’un faible souvenir de
sa grandeur passée. Et pour réduire leur puissance, il
s’attacha à faire raser les enceintes de leurs places
fortes, en avançant comme justification que c’étaient des
points stratégiques qui permettaient aux rebelles récurrents
de se fortifier et tenir tête au pouvoir – ce qui était par
ailleurs codifié dans les textes anciens.
Après avoir
fait nommer son disciple Zilu intendant des trois familles,
il réussit à faire raser les fortifications de la ville de
Hou (celle du clan Shu) en 498, puis celles de Bi (du clan
Ji) peu après, mais après une forte résistance du chef du
clan. En revanche, il ne put faire raser celle de la place
forte de la famille Meng. Non seulement Confucius avait
échoué dans son plan, mais il s’était en outre fait des
ennemis dans tout l’Etat, et s’était en particulier attiré
la haine de la puissante famille Ji.
En outre,
les Etats voisins étaient inquiets de son influence
grandissante sur le duc Ding, surtout l’Etat de Qi. Le duc
de Qi tenta de saboter les réformes entreprises par
Confucius en envoyant au duc Ding un contingent de jeunes
beautés et une centaine de superbes chevaux pour le
détourner des affaires de l’Etat. En dépit des remontrances
de Confucius, le duc délaissa pendant trois ajours ses
obligations publiques, comme le montre une séquence du film.
Déçu par
l’échec de sa tentative de réforme de la morale publique, et
menacé par ses ennemis, Confucius décida de partir prêcher
sa doctrine dans les Etats voisins. Il resta absent de chez
lui pendant quatorze ans, et revint après avoir été rejeté
de partout, et avoir vu mourir ses disciples les plus chers.
C’est un homme désabusé qui mourut en - 479, à l’âge de 72
ans, après avoir écrit la chronique des « Printemps et
Automnes » (《春秋》)
pour que la leçon n’en
soit pas perdue.
Les
options narratives du film
C’est cette
histoire d’échecs et d’humiliations successifs que retrace
le film de Fei Mu, en soulignant les misères et souffrances
endurées, physiques autant que morales, tout au long de ce
lent cheminement sur les routes de principautés plus ou
moins en constant état de guerre. L’accent est mis sur la
dimension politique de Confucius.
Présentation des trois
disciples au début du film,
de g. à d. devant
Confucius : Zi Lu, Zi Gong et Yan Hui
Fei Mu a
construit son film en une suite de scènes, comme au théâtre,
en faisant alterner celles représentant les acteurs
politiques et leurs agissements, et, en regard, celles
montrant, ou évoquant, leurs répercussions sur la vie de
Confucius et de ses disciples. Elles sont 40 au total, plus
une préface et une scène conclusive. Les principales scènes
sont accompagnées d’intertitres explicatifs indiquant des
citations des deux textes de référence dont s’est inspiré
Fei Mu : les Analectes (《论语》)
et le chapitre des
Maisons héréditaires (世家)
des « Mémoires historiques » (《史记》)
de Sima Qian (司马迁)
concernant Confucius[3].
Le film
commence par poser l’environnement politique, avec une
évocation d’une attaque de Qi contre Lu, puis présente les
trois principaux disciples de Confucius, en soulignant leurs
vertus personnelles, comme indiquées dans les Analectes : Zi
Lu (子路),
courageux et combatif
[4],
Zi Gong (子贡),
doté d’un esprit vif et de dons d’orateur, et Yan Hui (顔回),
le disciple préféré,
mort à trente ans, possédant la vertu humaine du ren
(仁).
La cour de Wei dans le
film
Les scènes
suivantes évoquent les conflits de Confucius avec les
« traîtres de Lu » [5]
au moment où Confucius est nommé à différentes charges par
le duc de Lu – scènes construites en alternance avec des
séquences montrant Confucius enseignant à ses disciples,
dont la fameuse scène de l’Autel des abricotiers ou
xingtan (杏坛),
souvent illustrée en peinture.
Puis, après
la désillusion finale, devant l’impossibilité de convertir
le duc Ding à ses vues, Fei Mu le montre partant sur les
routes dans un misérable chariot, suivi de sa cohorte de
disciples à pied. Une carte dessinée dans du sable indique
les étapes de son parcours : les Etats de Wei (衞/卫),
Song (宋),
Chen (陳/陈)
etCai (蔡),
pour finir séparé de ses disciples, comme « un chien
errant ».
Le film
relate alors les diverses étapes d’une sorte de descente aux
enfers, dépeints dans les Analectes comme les « trois
désastres » : Confucius et ses disciples sont attaqués par
des rebelles alors qu’ils passent par la ville de Kuang (匡),
à la frontière de l’Etat de Wei, vers 496 avant JC ; vers
492, en chemin vers la capitale de l’Etat de Song, ils sont
à nouveau attaqués par des bandes de hors-la-loi ; et en
489, dans l’Etat de Chen, ils sont encerclés comme des
éléments dangereusement subversifs ; à court de provisions,
ils seront sauvés par une intervention de l’armée de Chu (楚国).
Confucius jouant du
qin pour ses élèves
devant l’Autel des abricotiers,
le xingtan
Confucius
n’est cependant plus qu’un homme brisé, qui revient seul
chez lui, après quatorze ans d’errances, pour écrire et
laisser à la postérité son témoignage amer sur son temps :
les « Printemps et Automnes ». Il meurt après avoir une
dernière fois prononcé une longue harangue moralisatrice
devant un unique petit disciple.
Un
condensé des recherches stylistiques de Fei Mu en 1940
Le film
paraît de prime abord hiératique et théâtral. C’est
exactement l’effet recherché par Fei Mu. Mais il a aussi
glissé des pointes ironiques de comédie qu’il convient
également de remarquer. Son film est habilement construit
sur des oppositions, les scènes de politique et stratégie
militaire alternant avec celles traitant de la vie de
Confucius, le mouvement des unes étant opposé à la solennité
des autres, et les scènes dramatiques ponctuées de traits
satiriques.
Une
théâtralité qui se veut universelle
Comme
beaucoup d’autres cinéastes chinois, surtout à son époque,
Fei Mu aura passé une bonne partie de sa carrière à
réfléchir sur les rapports du cinéma avec le théâtre qui en
avait été l’inspiration initiale.
Après
avoir, en 1936, réalisé un film en rupture avec les
influences théâtrales, « Du sang sur la montagne aux loups »
(《狼山喋血记》),
Fei Mu a, l’année suivante, adapté un opéra, « Meurtre dans
l’oratoire » (《斩经堂》), où
il a tenté une fusion de styles : un mélange de naturalisme
et de formalisme jouant sur la stylisation des rôles dans
l’opéra chinois. Il y fut aidé par le grand interprète Zhou
Xinfang (周信芳)
avec lequel il le réalisa, qui insista pour avoir des
décors réalistes, mais en conservant les codes et
conventions de l’opéra.
Composition type avec
ouverture sur l’extérieur,
cadrée dans une porte,
et donnant sur un décor peint
« Confucius » est à replacer dans la continuité de ces
recherches stylistiques, l’accent étant mis cette fois sur
le style et les conventions du théâtre, et de l’opéra
chinois, comme étant les mieux à même de traduire le
caractère emblématique d’un personnage dont il s’agissait de
rendre la dignité dans un contexte de chaos politique. Mais
le film est même à replacer au-delà du cadre proprement
chinois, dans la tradition des représentations des grandes
tragédies, tragédies grecques ou tragédies de Shakespeare,
par la stylisation et le symbolisme sur lequel il s’appuie.
Cadrage de la tête de
Confucius dans l’ouverture d’une fenêtre
(avec un
jeu d’ombre portée)
Tragédie
et satire
Cependant,
Fei Mu ne s’est pas enfermé dans un style unique et
homogène ; de la même manière qu’il a alterné les scènes
avec et sans Confucius, il a alterné des scènes dramatiques
et d’autres qui présentent des éléments satiriques, à la
limite parfois du burlesque.
Composition avec
Confucius au centre, éclairé
par la lumière venant
de la fenêtre, et ses disciples
en arrière plan, dans
l’ouverture de la porte,
le corps de Confucius
en épousant la forme
Il a
intégré parmi les personnages politiques, dans les
différents Etats que travers Confucius, une diversité de
rôles qui rappellent les personnages types de l’opéra
chinois, et qui font figurer aux côtés des personnages
principaux, des rôles de jing (净)
ou visages peints, où se trouvent des traîtres, et de
chou (丑)
qui sont des personnages comiques.
Le duc Ling
de Wei, par exemple, est un personnage traité sur le mode
ironique, personnage faible se laissant mener par les
caprices de son épouse Nanzi (南子).
Quant à la politique des Etats, elle est, dans l’ensemble,
présentée comme un exercice de rhétorique, voire un jeu de
go, comme le montre expressément une scène.
Stylisation et symbolisme des images
Comme au théâtre,
le film est divisé en scènes individualisées que Fei Mu est
allé jusqu’à mettre en scène dans des décors de toiles
peintes, contrairement à son adaptation de l’opéra « Meurtre
dans l’oratoire » en 1937
[6].
La stylisation extrême permet de faire ressortir les
dialogues, et en particulier les citations des Analectes qui
parsèment le film ; leur déclamation par Confucius, sur un
ton très théâtral, est parfaitement en ligne avec la
stylisation de l’image, les deux se renforçant.
Image christique au
début du film
Le film
débute par deux images symboliques qui définissent dès le
départ la personnalité de Confucius telle qu’elle est
illustrée par Fei Mu.
La première
image est celle de la cloche de bois (mù duó
木铎),
cloche que l’on frappait dans la Chine ancienne pour
annoncer un édit de l’empereur et qui était un symbole de
l’enseignement de Confucius. Elle est mentionnée dans les
Entretiens :
“何患于丧乎?天下之无道也久矣,天将以夫子为木铎。” Lunyu,
3.24
« Pourquoi
vous affliger de voir votre Maître sans emploi ? Cela fait
longtemps que l’empire a perdu la Voie. Le Ciel pourra se
servir du Maître comme d’une cloche de bois »
Les deux
images suivantes sont celles de contemporains illustres :
-L’image du Christ en croix
situe Confucius dans une longue lignée de figures
christiques ; ce symbole est repris de façon liminaire à
plusieurs reprises, par exemple dans la séquence où
Confucius et ses disciples sont encerclés dans l’Etat de
Chen et à court de vivres : l’image des disciples endormis
dans le camp rappelle l’iconographie du Christ au mont des
Oliviers. De la même manière, quand meurt le disciple
préféré, Yan Hui, la caméra filme en plan rapproché le
visage de Confucius qui s’écrie : Le Ciel me détruit, Le
Ciel me détruit (Tiān sāng yú
天丧予! 天丧予!),
ce qui n’est pas sans rappeler le cri du Christ sur la
croix : Mon dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?
(Eli, Eli Lama Sabacthani ?).
-L’autre
est celle du Bouddha Sakyamuni, et elle est suggérée
plus tard par l’image de Confucius que Fei Mu présente
assis en position du lotus prêchant sous un arbre devant
l’Autel des abricotiers (le xingtan
杏坛),
comme le Bouddha sous l’arbre de la Bodhi.
Suivie de l’image de
Bouddha
Mais les
tribulations de Confucius suggèrent aussi celles vécues, à
la même époque peu ou prou, par Socrate, lui aussi acteur
politique autant que penseur, et qui mourra de s’être opposé
aux puissants de son temps.
Répondant
au symbolisme qui structure ainsi la personnalité de
Confucius en la définissant, les images du film,
volontairement dépouillées et hiératiques, sont composées
comme des tableaux où les personnages ont une place dictée
par les éléments asymétriques du décor. Le travail de
composition est particulièrement sensible dans les scènes
d’intérieur, et tout particulièrement dans celles
structurées autour du personnage de Confucius : il n’est
jamais présenté enfermé dans un lieu clos, mais dans un lieu
ouvert sur un espace indéfini, comme symbolisant l’envol de
sa pensée. Il faut saluer ici le travail du chef opérateur
Huang Shaofen (黄绍芬).
Recherches sur la musique et choix instrumentaux
La
musique participe de cet aspect de recherche formelle,
elle en est même un aspect important qui permet d’apprécier
la profondeur de la pensée de Fei Mu lors de la conception
de ce film, surtout dans le contexte de l’époque.
Le livre complet sur
le système des sons
Les films
chinois des années 1930 utilisaient tout simplement des
extraits d’enregistrements de musique occidentale, avec la
seule exception de chansons qui devenaient en général
célèbres et servaient à la popularité du film. Le premier
film chinois comportant une musique originale est le premier
film de
Yuan Muzhi « Scènes de la
vie urbaine » (《都市风光》),
en 1935. Et le premier à comporter une musique interprétée
sur instruments traditionnels chinois est le film de Fei Mu
datant de la même année, « Piété filiale » ou
« Song
of China » (《天伦》).
C’est dire à quel point il était novateur dans ce domaine.
Pour
« Confucius », sa pensée s’avère bien plus complexe. D’abord
la musique du film est une composition originale, signée du
compositeur Qin Pengzhang (秦鹏章) qui
n’avait encore que 21 ans, et qui, pendant les années de
guerre de 1941 à 1945, avait travaillé avec Fei Mu dans la
troupe d’art dramatique de Shanghai. Après des recherches
sur la musique ancienne chinoise, il a choisi des chants
tirés du « Livre complet sur le système des tons » (《乐律全书》)
du musicien de l’époque Ming Zhu Zaiyu (朱载堉)
auxquels il a ajouté quelques compositions personnelles qui
sont une recréation de musique ancienne.
Qin Penzhang,
spécialiste du pipa
La musique de
« Confucius » est, pour une bonne partie, de la musique
interprétée au qin, instrument traditionnel du
lettré, qui était celui de Confucius. Il est connu pour en
avoir joué dans les circonstances les plus difficiles, pour
calmer les craintes de ses disciples et leur redonner une
certaine sérénité. Le film le montre ainsi à deux reprises.
Ses chants sont extraits de mélodies communément regroupées
sous le label « mélodies du xingtan », le xingtan
(ou Autel des abricotiers)dépassant le seul
autel de Qufu pour englober de façon générique tous les
tertres sur lesquels Confucius s’arrêtait pour jouer et
enseigner [7].
L’instrument du film est un instrument traditionnel à cordes
de soie qui confèrent à la musique une tonalité
particulière. Les cordes de soie ont disparu des instruments
traditionnels chinois au moment de la Révolution culturelle,
pour être remplacées par des cordes de métal qui ont une
sonorité totalement différente. Quant aux mélodies, elles
ont pour source les mélodies pour qin du Livre des
Odes, le Shijing (《诗经》),
mises en musique sous la dynastie des Ming par Zhu Zaiyu.
Le reste
est de la musique originale composée par Qin Pengzhang, mais
interprétée par un orchestre mixte, mêlant
instruments traditionnels chinois et instruments
occidentaux, et ce point mérite un commentaire particulier.
En effet, Fei Mu a éliminé deux des instruments les plus
courants parmi les instruments traditionnels chinois : le
pipa (琵琶),
instrument à cordes pincées proche du luth, et l’erhu (二胡),
sorte de violon à deux cordes, qu’il a pourtant utilisés
tous les deux dans la musique de « Song of China ». Ils sont
remplacés dans « Confucius » par des instruments occidentaux
aux sonorités très voisines.
Ainsi, l’erhu
est parfois remplacé par un ensemble à cordes ; mieux :
dans la scène où Confucius, encerclé dans l’Etat de Chen,
dans une situation critique, prend son qin et se met
à chanter tout en jouant, la mélodie du qin est
accompagnée au violoncelle et non à l’erhu. Ce choix
délibéré a valeur symbolique.
Selon
l’ethnomusicologue Tse Chun-yan
[8],
c’est parce qu’il s’agit de deux instruments importés en
Chine d’Asie centrale – le pipa (en forme de poire)
sans doute pendant la dynastie des Jin (晋朝
265-420) et l’erhu sous
les Song. Sous les Tang et les Song, les anciennes mélodies
qui avaient été créées par le légendaire empereur FuXi pour
« élever la moralité et cultiver les cœurs » avaient peu ou
prou disparu. C’est pourquoi Fei Mu a rejeté les deux
instruments importés qui représentaient une déchéance des
idéaux inscrits dans la musique ancienne.
Son choix
d’instruments occidentaux pour les remplacer est donc une
volonté délibérée, contrairement aux apparences, de rester
fidèle à l’esprit de Confucius en reprenant la formule des
intellectuels du 4 mai : utiliser les techniques
occidentales au service de la Chine (洋为中用),
en l’occurrence utiliser les instruments occidentaux au
service de la musique chinoise. C’est pourquoi il a engagé
un second musicien aux côtés deQin Pengzhang (qui,
ironiquement, était un spécialiste du pipa) :
Huang Yijun (黄贻钧),
un musicien et chef d’orchestre né en 1915, formé aussi bien
aux instruments traditionnel qu’occidentaux, qui, à
Shanghai, au milieu des années 1930, a enregistré de la
musique sous le label Pathé.
Musique enregistrée
par Huang Yijun vers 1935
Au-delà de
ces caractéristiques esthétiques et stylistiques, le film
est cependant aussi marqué par son époque. Fei Mu voyait
Confucius comme une victime de la politique de son temps,
mais son film a aussi été victime des contingences au moment
de sa réalisation, puis de sa sortie.
Un
film marqué aussi par les contraintes du moment
« Confucius » est la première production de la Minhua (民华影业),
créée à Shanghai en 1939 par Jin Xinmin (金信民),
un homme d’affaires. C’était l’époque de « l’île orpheline »
(“孤岛”时期),
où la concession internationale offrait encore une zone de
relative liberté hors occupation japonaise.
Le fruit
d’une collaboration étroite avec ses frères
Selon les
souvenirs de la fille du réalisateur, Barbara Fei ou Fei
Mingyi (费明仪)
[9],
« Confucius » a été soigneusement préparé par Fei Mu avec
ses trois frères cadets dont il était très proche : Fei
Yimin (费彝民),
Fei Kuizhuang ou Kang, et Fei Xudong ou Luyi (费鲁伊).
Leur père
était mort jeune d’une crise cardiaque ; en tant que frère
aîné, Fei Mu s’occupa des études et du mariage de ses frères
à la place de son père. Les quatre frères étaient donc très
unis.
Pendant les
premières années de la guerre sino-japonaise, le cinéma
était florissant à Shanghai, mais la grande majorité des
films produits étaient des films commerciaux populaires. Fei
Mu, son second frère et ses amis décidèrent de prendre une
approche différente. Leur grande chance fut de trouver deux
hommes d’affaires, Jin Xinmin et Tong Zhenmin, prêts à
investir des sommes considérables pour créer une nouvelle
société de production, la Minhua, dont « Confucius » fut le
premier projet. Dans le contexte politique de l’époque, il
fallait du courage pour investir dans un tel projet. Fei Mu
et ses frères étaient guidés par la pensée de Confucius :
« On ne peut pas priver l’homme le plus humble de sa libre
volonté ».
Fei M se
mit au travail et les documents s’amoncelèrent sur son
bureau ; le plancher et son lit étaient couverts de notes
éparses. Lorsque son second frère Yimin rentrait de son
bureau le soir, son principal souci était d’aller voir où
son frère aîné en était de son scénario. Quant au troisième
frère, Kuizhuang, il était un excellent architecte. Il se
lança dans des recherches sur l’architecture, les vêtements
et les accessoires reflétant l’époque et dessina lui-même
des esquisses des principales scènes ; le peintre et
dessinateur Dong Tianye (董天野)
réalisa ensuite sur la base de ces esquisses une série de 24
gravures en noir et blanc, qui furent incluses dans la
Brochure spéciale de Confucius éditée lors de la sortie du
film sous le titre « 24 scènes de Confucius ».
C’est le
troisième frère et son épouse Zhang Yuquan qui ont conçu le
graphisme de la couverture, avec la silhouette de Confucius
debout sur le côté droit. Ils ont été félicités pour cette
couverture, qui montre le personnage dans l’attitude de
grand éducateur que Fei Mu voulait souligner, digne, mais
accablé par le poids des soucis que suscitaient en lui le
pays et son peuple.
Un
tournage difficile, et un bref succès sans lendemain
Le tournage
commença en mars 1940, avec un budget initial de 30 000
dollars-argent, ce qui représentait déjà une fourchette
haute pour un budget de film à l’époque. En août, Fei Mu en
était déjà à 80 000, et quand il termina, le budget avait
explosé : 160 000 dollars ! Il avait passé toute l’année en
tournage, ce qui était aussi exceptionnel pour l’époque.
Fei Mu sur le tournage
de Confucius,
avec son chef
opérateur Huang Shaofen
Encore
avait-il été obligé de terminer vite, ce qui peut expliquer
une fin un peu grossière par rapport au reste du film. Les
contraintes budgétaires peuvent aussi être la raison de
décors quelque peu sommaires dans les dernières scènes.
« Confucius » sortit le 19 décembre 1940 au Grand Théâtre
Jincheng (金城大戏院),
et la sortie fut promue par une campagne de presse dans les
principaux journaux de Shanghai. La Minhua édita même une
brochure spéciale pour l’occasion, avec illustrations et
couverture en couleur. Elle organisa un concours d’essais
sur le film, et proposa des billets à tarif réduit pour les
groupes. Les articles et critiques parus dans la presse
furent ensuite publiés dans un numéro spécial du journal de
la compagnie.
Le film
continua au théâtre Jincheng jusqu’aux fêtes du Nouvel An,
puis, après un hiatus d’une dizaine de jours, fut repris
dans un autre cinéma. Mais, en dépit de l’attention que lui
portèrent les intellectuels, le film n’eut pas un grand
succès et fut retiré au bout d’une semaine. Il n’était tout
simplement pas dans l’air du temps : le film qui venait de
remporter un immense succès, à sa sortie en février 1939,
était « Mulan s’engage dans l’armée »
(《木兰从军》)
de Bu Wancang (卜万苍).
La mode était au drame en costume.
En 1941,
Fei Mu va passer à un film d’extraits d’opéra, puis un film
« en costume », se passant pendant la révolte des Taiping et
célébrant les valeurs de résistance à l’ennemi, mais il
cessera provisoirement de tourner quand, fin 1941, les
Japonais auront envahi la totalité de la ville et
demanderont aux cinéastes de collaborer avec eux.
Un
Confucius en chair et en os
« Confucius » était un film sur la recherche de valeurs
nationales propres à redonner force et vitalité à une Chine
écrasée par l’occupation japonaise. Mais il était trop
austère pour le public moyen.
Pourtant,
Fei Mu a justement cherché à donner visage humain au
penseur, en en faisant un homme vaincu par la politique de
son temps, mais à l’esprit indomptable refusant de se plier
et céder sur ses principes. Son Confucius est un homme déçu
dans ses aspirations, meurtri dans sa chair, arrivé au soir
de sa vie après avoir perdu les êtres qui lui étaient le
plus cher, et qui, à l’approche de sa mort, reconnaissant
que sa vie avait été un échec, tente de fixer sur le papier
les enseignements qu’il en a tirés et juge important de
transmettre aux générations futures.
Ce sont ces
générations futures qui allaient pourtant détourner son
message en faisant de lui le saint qu’il n’était pas. Fei
Mu, lui, nous le transmet dans toute sa superbe ambivalence,
sur fond de chaos politique comme celui qui régnait de son
temps.
Visions
de Confucius : de Lu Xun à Fei Mu et aujourd’hui
Au début de
son film, Fei Mu pose Confucius en parallèle avec les
fondateurs de deux traditions de pensée religieuse qui sont
aussi des enseignements moraux : Jésus et le Buddha
Sakyamuni. Le message fondamental du film tient dans la
vision particulière de Fei Mu : Confucius a échoué en
politique, son succès tient à sa valeur d’éducateur.
Cette
vision était contraire à celle des intellectuels du 4 mai et
du mouvement de la Nouvelle Culture qui, dans les années
1920, s’étaient soulevés contre Confucius en considérant
qu’il était l’un des éléments de la culture traditionnelle
chinoise qui bloquait toute possibilité de modernisation du
pays, et que sa pensée était incompatible avec la vie
moderne.
C’était en
particulier la position de Lu
Xun (鲁迅),
mais sa vision personnelle, exposée dans son article
« Confucius dans la Chine moderne » (《在现代中国的孔夫子》),
était plus complexe : s’élevant contre l’image du sage élevé
sur un piédestal pour les besoins du pouvoir, il y voyait
une gloire posthume artificielle. Pour lui, Confucius avait
conçu des politiques et des règles pour gouverner un pays en
soumettant le peuple. C’est cette position qui vaudra à
Confucius d’être condamné par beaucoup, et Mao en
particulier.
Dans son
essai « Confucius et son temps » (《孔夫子及其时代》),
Fei Mu affirme au contraire la valeur et la signification de
l’enseignement de Confucius dans une optique universelle,
comme l’enseignement de Jésus, mais le replace également
dans le contexte chinois en soulignant son importance dans
la consolidation d’une conscience nationale,
particulièrement significative dans les périodes de crise
nationale, comme c’était le cas de son temps.
Aujourd’hui, l’enseignement de Confucius a subi un nouvel
avatar, après une série d’ouvrages et de conférences, en
particulier la relecture populaire des Analectes par Yu Dan
(于丹)
fin 2006 [10]
et la proposition par Gang Yang (甘阳)
en 2007 d’un « socialisme confucéen » mêlant l’héritage de
Confucius, de Mao et de Deng Xiaoping
[11]…
L’enseignement et la pensée de Confucius ont été érigés en
élément fondamental du soft power de la Chine.
Les Analectes relues
par Yu Dan
Yu Dan en conférence :
les Analectes sont une potion salvatrice“救命药”
La
redécouverte et la restauration du film de Fei Mu ont
relancé les débats sur la personne et l’héritage de
Confucius. Lors d’un colloque organisé par le Hong Kong Film
Archive à l’occasion de la sortie du film restauré, divers
chercheurs et spécialistes étaient invités, dont le
professeur Li Ling (李零)
de l’université de Pékin, auteur, en 2007 également, d’une
autre lecture des Analectes intitulée « Chien errant » (Sangjia
gou《丧家狗》),
ou « chien sans famille, abandonné », expression utilisée
par Confucius lui-même pour se définir : cette relecture
recoupe et actualise la vision de Fei Mu en mettant l’accent
sur l’homme, avec ses mérites, mais aussi ses défauts et ses
échecs, les uns humains, les autres politiques. C’est une
mise en perspective du long processus de politisation,
commencé sous les Han, qui a mené de Confucius au
confucianisme.
La lecture des
Analectes
par le professeur Li
Ling
Ce colloque est à
replacer dans le contexte d’un « renouveau du
confucianisme » dans les années 2000, et en particulier à
partir de 2007 [12].
Différences entre le film de Fei Mu et le film de Hu Mei
1. La
différence qui frappe le plus entre les deux films vient des
moyens – financiers et techniques - déployés pour les
réaliser :
-
Fei Mu
tournant en période de guerre, avec un budget – bien
qu’environ vingt fois le budget moyen d’un film de l’époque
- ne lui permettant pas de scènes de combats, ou très peu ;
-
Hu Mei,
elle, disposant d’un budget de 150 millions de RMB, et tous
les moyens modernes de numérisation de l’image et d’effets
spéciaux, permettant en particulier la multiplication des
soldats dans les scènes de combat. Du coup, sans même parler
des armures, légèrement déplacées, ces armées de combattants
paraissent étrangement démesurées quand on songe à la
population des Etats en cause : quelque 500 millions
d’habitants tout au plus.
Les armées
paupérisées de Fei Mu semblent bien mieux correspondre à
celles de l’époque de Confucius. Mais le film de Hu Mei
apparaît dès l’abord comme un divertissement tourné vers le
grand public.
2. Les
différences d’approche dans la conception du scénario
accentuent ce caractère. Comme les deux films ont les mêmes
sources, essentiellement les Analectes et les Mémoires
historiques, on retrouve grosso modo les mêmes scènes dans
les deux films. Mais les divergences de perspective
sont fondamentales :
- Pour Fei
Mu, Confucius est avant tout un grand éducateur ; son film
comporte donc un grand nombre de scènes d’enseignement,
dans différents endroits, y compris une scène d’enseignement
des règles du tir à l’arc. Dans toutes ces scènes, Confucius
fait preuve d’une grande patience, et d’une diversité
d’approches dans son rapport à ses disciples, procédant par
questions et réponses comme Socrate.
Mettant au
contraire l’accent sur les aspects politiques de la vie de
Confucius, le film de Hu Mei n’a aucune scène le montrant en
train d’enseigner, et quand il montre des disciples dans la
maison de Confucius, ils sont assis derrière des bureaux,
occupés sagement à lire ou recopier des classiques, comme
des étudiants aujourd’hui dans une salle de bibliothèque
universitaire.
- Les
disciples, dans le film de Fei Mu, sont réduits à
quelques-uns, mais ils sont bien caractérisés, et ils jouent
des rôles importants dans certaines séquences. Leur
interaction avec le maître permet à celui-ci de se défaire
parfois de ses dehors austères, permettant des touches
d’humour venant alléger le sérieux du scénario.
Dans le
film de Hu Mei, ils sont trop nombreux pour être distingués.
Hu Mei et ses scénaristes se permettent même une infidélité
à l’histoire pour dramatiser une séquence : Yan Hui n’est
pas mort noyé en tentant de sauver des rouleaux de bambous ;
il est mort de maladie et de pauvreté.
- Cette
dramatisation se retrouve au niveau du choix des principaux
acteurs, et en particulier celui qui interprète Confucius :
Chow Yun-fat, acteur de Hong Kong qu’on n’aurait guère
imaginé dans le rôle. Il joue certes un personnage paisible
et raffiné, mais son air de douce assurance, un rien
goguenarde par moments, en fait un personnage à la Zhuge
Liang, droit sorti de chez John Woo, bien plutôt que le
penseur des Analectes, rongé par le doute et déçu dans ses
aspirations.
En regard,
l’acteur de Fei Mu, Tang Huaiqiu (唐槐秋),
grand acteur de théâtre, livre une interprétation
intériorisée, toute en retenue.
On pourrait
faire une analyse semblable de la fameuse scène « Confucius
rencontre Nan Zi », traitée de manière bien plus sobre et
factuelle dans le film de Fei Mu (où elle se présente, selon
les rites, derrière un rideau) que dans celui de Hu Mei, où
la scène semble être tirée d’un feuilleton télévisé, avec
Nan Zi faisant assaut de citations face à Confucius.
- Les
divergences concernent aussi le portrait du Confucius
politique. Fei Mu passe très vite sur son temps au
service du duc de Lu ; on le voit juste de dos, approchant
le duc qui annonce sa nomination. Séquence qui se reproduit
trois fois, tout aussi brièvement, pour chacune des
promotions de Confucius, comme une mention symbolique.
Hu Mei, au
contraire, montre Confucius se prosternant longuement à
l’entrée de la résidence, ce qui peut être conforme aux
rites des Zhou, mais dénote surtout une conception
diamétralement opposée du caractère de Confucius.
- Dans le
même ordre d’idée, Fei Mu montre Confucius donnant de
lui-même sa démission quand il se rend compte que ses
préceptes ne sont ni entendus ni suivis, et partant alors
pour propager sa doctrine. Chez Hu Mei, il est contraint
à se démettre de ses fonctions, et exilé par Ji Sun (季孫),
chef du clan au pouvoir ; Confucius quitte alors l’Etat de
Lu, pour n’y revenir que lorsqu’il y est rappelé par Ji Sun.
Chez Fei
Mu, Confucius est en position d’égalité avec les puissants
chefs d’Etat de son temps ; chez Hu Mei, il est en position
de subordination, et en quête de reconnaissance. Qui plus
est, il est farouchement loyal au duc de Lu et à son Etat
d’origine, au point de décliner les offres du duc de Wei. Le
film de Hu Mei en fait ainsi un patriote, attaché à un
concept de « nation » qui n’avait pas cours à l’époque des
Printemps et Automnes. On voit ici apparaître une
interprétation faisant du penseur le digne représentant du
soft power de la Chine actuelle.
Note sur
les principaux acteurs
Confucius
est interprété par Tang Huaiqiu (唐槐秋),
un personnage qui était devenu célèbre dans le milieu du
théâtre, à la tête d’une troupe qu’il avait créée en 1927
avec le dramaturge Tian Han ; il y fit jouer sa fille,
Tang Ruoqing (唐若青),
celle-là même qui interprète le rôle de l’impératrice Cixi
dans le film de Zhu
Shilin (朱石麟)
« L’histoire
secrète de la cour des Qing » (《清宫秘史》).
Zhu Shilin et Tang Huaiqiu avaient pour ami commun le
dramaturge et scénariste Ouyang Yuqian (欧阳予倩).
C’est par ailleurs avec le dramaturge Yao Ke (姚克),
dont la pièce « Discorde à la cour des Qing » (《清宫怨》)
avait inspiré le scénario de Zhu Shilin, que Fei Mu créera
une troupe de théâtre en 1941….
Tang Huaiqiu en
Confucius
Dans le
rôle de Zi Lu, Zhang Yi (张翼)
était un acteur de cinéma né en 1909 à Shanghai ; il avait
commencé sa carrière d’acteur en 1925, et était devenu
célèbre comme acteur de films de wuxia à la fin de la
décennie, avant d’entrer en 1934 à la Lianhua.
Zhang Yi en Zi Lu
Le rôle de
Nanzi (南子),
le seul rôle féminin à part celui de la fille de Confucius,
est interprété par l’actrice Murong Wan’er (慕容婉儿),
née en 1920, qui a joué entre autres aux côtés de Zhou Xuan
(周璇)
dans la « Romance de la
Chambre de l’Ouest » ou Xixiangji (《西厢记》)
de Zhang Shichuan (张石川),
en 1940 aussi. Elle a épousé Shu
Shi (舒适)
en 1942, et a ensuite fait du théâtre pendant le reste de la
guerre.
L’actrice Murong
Wan’er en Nanzi
Confucius 《孔夫子》, le
film entier, surtitrage anglais
Bibliographie
- Fei Mu’s
Confucius,
Edited by Wong Ain-ling,Hong Kong Film
Archive, avril 2010, bilingual Chinese/English.
[2]
Et il l’est d’autant plus quand on a pu voir le film
juste avant sa restauration (lors d’une projection
privée à Paris) :
les bobines n’avaient
pas été collées pour ne pas risquer de déchirer le
film ; la projection s’est donc faite donc bobine
par bobine, avec un son aléatoire par moment : on
avait l’impression de vivre une cérémonie secrète,
avec quelques initiés privilégiés, hors du temps
Après la restauration, le Hong Kong Film Archive a
édité un DVD en janvier 2012. Mais il a très vite
été épuisé. On en a maintenant une version
numérique.
[3]La biographie
de Confucius figure au chapitre 47 des Maisons
héréditaires (孔子世家),
en hommage à un personnage qui n’avait pas appartenu
à une de ces maisons et n’avait jamais exercé de
fonction officielle – sauf brièvement à Lu, mais
qui, selon Sima Qian, avait régné par la pensée.
[4]
Quand Zi Lu se présenta à Confucius, celui-ci
lui demanda ce qu’il aimait le plus, et Zi Lu
répondit : « Ma longue épée ». Après avoir reçu
l’enseignement de Confucius, il devint un
remarquable administrateur, et fut nommé
magistrat du district de Pu (蒲县).
Le film souligne son caractère de bravoure
impulsive, ne serait-ce que par le choix de
l’acteur.
[5]Les
« traîtres » comme Yang Huo (陽貨/阳货)
et Shao Zhengmao (少正卯)
que Fei Mu montre s’amusant à lancer des flèches
sur le cadavre d’un pendu. Le premier essaiera
de le rallier à lui, mais en vain : Lunyu XVII.1
http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Lunyu&lang=fr&no=448
Quant au second,
Confucius le fera exécuter quand il sera
ministre de la justice, pour l’exemple. Au bout
de trois mois, est-il dit dans les Analectes,
les bouchers avaient cessé d’augmenter leurs
prix, et personne ne songeait plus à empocher ce
qui avait été égaré dans la rue. Fei Mu ne va
pas si loin : il montre juste Zi Lu décochant
une flèche d’avertissement sur leur char.
Illustration du Livre
complet sur
le système des sons : le modèle
de la
cloche du début du film
[6]C’est cet
aspect qui a inspiré à la chercheuse de Hong Kong
Wong Ain-ling son rapprochement souvent cité du film
de Fei Mu avec, entre autres, « Perceval le
Gallois » d’Eric Rohmer – voir son essai sur le
film :
[8]Western Instruments, Chinese
Sounds : the Film Music of Confucius, in : Fei Mu’s Confucius,
Edited by Wong
Ain-ling,
Hong Kong
Film Archive, avril 2010; pp 197-193.
[9]
Souvenirs recueillis dans l’ouvrage édité par le
Hong Kong Film Archive pour la sortie du film
restauré (voir bibliographie ci-dessous).
[10]
Professeur au département cinéma et télévision de
l’Université normale de Pékin, Yu Dan a réalisé une
série d’émissions sur CCTV fin 2006 ; la publication
de leur transcription est devenue un best-seller :
« Les Analectes relus par Yu Dan » (《于丹《论语》心得》).
[11]
Proposition émise dans un article publié dans le
magazine Dushu (读书)
en 2007, visant à unifier trois traditions de pensée
afin de créer une force unique légitimant l’action
gouvernementale : « La voie de la Chine : trente ans
et soixante ans » (《中国道路:三十年与六十年》)
[12]
Voir :
Le renouveau du confucianisme du XIXe au XXe siècle.
Il faut noter que ce renouveau du confucianisme
était annoncé dès 1941 par un article de He Lin
ayant valeur de manifeste intitulé « Le nouveau
développement de la pensée confucéenne » (voir Anne
Cheng, chap. « Des germes de la démocratie dans la
tradition confucéenne », dans Le Chine et la
démocratie, sous la direction de Mireille Delmas
Marty et Pierre-Etienne Will, Fayard, 2007, p. 91).
Dans cet article, He Lin affirme que « le renouveau
national ne pourra se faire qu’en passant par une
régénérescence du confucianisme. »