Accueil Actualités Réalisation
Scénario
Films Acteurs Photo, Montage
Musique
Repères historiques Ressources documentaires
 
     
     
 

Metteurs en scène

 
 
 
     
 

He Ping 何平

Présentation

par Brigitte Duzan, 2 mai 2014, actualisé 15 août 2015

 

He Ping (何平) est un metteur en scène un peu singulier qui n’est pas passé par l’Institut du cinéma de Pékin. Il est surtout connu pour être l’auteur d’une trilogie de films qui le font apparaître comme un précurseur du western spaghetti à la mode chinoise : le "wuxia-western".

 

Débuts dans les années 1980

 

D’origine manchoue, d’une famille appartenant à la bannière bleue, He Ping (何平) est né en 1957 à Taiyuan dans le Shanxi. Son père, He Wenjin (何文今), était un homme de théâtre, dans le Shanxi des années 1920. Sa mère, Yuan Yuehua (袁月华), était actrice et a interprété l’unique rôle féminin dans le premier film de fiction de la Chine populaire, « Le Pont » (《桥》), réalisé par Wang Bin (王滨) en 1949 au studio du Nord-Est.

 

Quant à He Ping, il a débuté comme script, en 1979, sur le

 

He Ping

 

Le Pont

 

tournage du film « Zhú » (《竹》) de Wang Suihan (汪岁寒), puis a continué comme assistant réalisateur de divers films dans les années 1980, avant de devenir réalisateur au studio de Xi’an à la fin de la décennie.

 

Il réalise là ses deux premiers films de fiction : « We Are the World » (《我们是世界》), en 1988, puis « Kawashima Yoshiko » (《川岛芳子》), inspiréde la vie d’une princesse mandchoue élevée au Japon et espionne de l’armée japonaise, qui fut pour cela exécutée par les Chinois à l’âge de quarante ans. 

 

Mais He Ping ne trouve un ton et un style personnels qu’à partir du film suivant, sorti en 1991 : « Swordsman in Double Flag Town ».

 

Les trois films des années 1990

 

1991 : « Swordsman in Double Flag Town »《双旗镇刀客》

 

Dès ce premier film, He Ping s’affirme réalisateur original, promoteur d’un genre nouveau : une sorte de western à la chinoise mêlant des éléments de wuxiapian et de films historiques, très prisés du public chinois.

 

L’histoire est celle d’un jeune garçon, Haige (孩哥), qui, pour honorer la promesse faite à son père mourant, se rend au village dit « du double drapeau » - en plein désert - pour y chercher la jeune fille qui lui a été promise dès l’enfance. Quand il arrive, l’air innocent et peu assuré, il provoque un certain mépris, en particulier du père de la jeune fille qui l’invite cependant à rester travailler dans son restaurant. Mais, lorsque Haige tue un homme qui tentait de violer sa fiancée, il se rend compte que la technique de combat que lui a apprise son père fait de lui un adversaire redoutable. En même temps, pour assurer sa sécurité et celle de sa fiancée, il doit affronter un gang de criminels qui terrorise le village.

 

Swordsman in Double Flag Town

 

Entre le wuxia et le western

 

La référence à Kurosawa et à ses « Sept samouraïs » est immédiate, mais le film est bourré d’autres références, à Tsui Hark et Wong Kar-wai côté chinois, Sergio Leone et les westerns dits spaghetti côté occidental, et, bien au-delà, aux grands maîtres des films de wuxia, King Hu en tête. Les combats, cependant, utilisent très peu de techniques de wuxia, tirant plutôt vers un style hollywoodien revu et corrigé. C’est très stylisé, et la photo

est superbe : cela restera l’une des caractéristiques des films de He Ping. Le film a été couronné de divers prix, dont le prix de la critique au 43ème festival de Berlin en 1993.

 

1994 : « Red Firecracker, Green Firecracker » 《炮打双灯》

 

Adapté d’une nouvelle de Feng Jicai (冯骥才), « Red Firecracker, Green Firecracker » est totalement différent, tout en gardant le thème du héros luttant contre une bande de malfrats.

 

L’histoire est située dans un village du Nord de la Chine, en 1911. La famille Cai y possède une importante fabrique de feux d’artifice. Ils sont riches mais sans héritier mâle. La fille aînée, Chunzhi (春枝), est donc désignée pour prendre la tête de l’affaire, à deux conditions : elle doit assumer une apparence masculine, se faisant appeler « maître », et ne pas se marier pour éviter que la richesse familiale passe en d’autres mains. Or, la famille engage un artiste pour, selon la coutume, décorer sa splendide demeure à l’approche de la fête du printemps. Ce Niu Bao (牛宝) est évidemment un jeune homme séduisant qui va semer la perturbation dans le cœur de Chunzhi et dans la famille, avec des conséquences aussi

 

Red Firecracker, Green Firecracker

explosives que les produits de l’usine familiale. Pour restaurer l’ordre, la famille aura recours à une tradition centenaire : choisir le mari à l’issue d’une compétition publique…de feux d’artifice, aussi spectaculaire que dangereuse.

 

Le film est une réussite esthétique. L’intrigue amoureuse elle-même joue sur le mode mélodramatique, mais avec beaucoup de retenue et d’intensité, et le personnage de Niu Bao est superbement bien campé, à la fois original, insolent et séduisant comme il se doit. C’est aussi une très belle métaphore de la théorie communiste de l’auto-destruction du système capitaliste : l’usine est située d’un côté de la rivière, représentant les forces de progrès, tandis que la demeure familiale est située sur l’autre rive, symbolisant les traditions « féodales » retranchées derrière leurs murs. 

 

Cependant, comme d’ordinaire chez He Ping, c’est la beauté des images qui l’emporte : les vues de la vieille ville, du fleuve, mais surtout les intérieurs en clair-obscur donnant l’impression d’un éclairage naturel avec de vieilles lampes, comme autrefois. L’air semble saturé de poussière très fine, on a presque l’impression de la respirer. Ces images sont dues à Yang Lun (杨轮), à qui l’on doit aussi celles du « Sorgho rouge » (《红高粱》) ou du « Voleur de chevaux » (盗马贼) de Tian Zhuangzhuang (田壮壮).

 

Le film a récolté une moisson de récompenses, dont, en 1994, trois Coqs d’or – dont le prix du meilleur réalisateur et celui du meilleur acteur à Wu Gang (巫刚) - et la Concha de plata à l’actrice Ning Jing (宁静) au festival de San Sebastian.

 

1996 : « Sun Valley » 《日光峡谷》

 

Sur un beau scénario de Zhang Rui (张瑞), He Ping revient avec « Sun Valley » (《日光峡谷》) au style de « Swordsman ».

 

Un étranger solitaire qui semble tout droit issu des « Cendres du temps » (东邪西毒) de Wong Kar-wai arrive dans la vallée du titre pour régler ses comptes : il vient attendre un homme qui a tué sa mère devant ses yeux. Il se lie d'amitié avec la patronne de l’auberge locale, une veuve qui vit avec un vendeur de chevaux. Il rencontre aussi un vieux guerrier un peu fou qui attend depuis des lustres que ses ennemis pointent leur nez dans la vallée, et qui, en attendant, est devenu un moine bouddhiste. Quand les malfrats débarquent, le vengeur solitaire se joint au combat à ses côtés…

 

He Ping a affiné son style : intrigue minimale, centrée sur l’originalité des caractères de chacun des personnages qui donnent sa logique à la progression de l’action, style épuré et

 

Sun Valley

lenteur réflexive avec de soudains éclats résolvant la tension, excellente interprétation, en particulier par Zhang Fengyi (张丰毅) dans le rôle principal, beauté du cadre et de la photo, également signée Yang Lun, et musique de Zhao Jiping (赵季平), comme dans le film précédent.

 

« Sun Valley » a obtenu une mention honorable au festival de Berlin en février 1996, mais il est resté relativement méconnu. Il n’est même pas sorti en DVD. Ce fut un relatif échec commercial, mais He Ping atteint là l’un des sommets de sa carrière.

 

Les difficiles années 2000

 

Dans les années suivantes, He Ping semble se soumettre aux impératifs de l’époque et tenter une voie plus commerciale, mais la qualité de ses œuvres s’en ressent, à commencer par les scénarios.

 

2003 : « Warriors of Heaven and Earth » 《天地英雄》

 

« Warriors of Heaven and Earth », ou en français « Les guerriers de l’Empire céleste » (《天地英雄》), a tout d’abord un scénario beaucoup plus complexe que ceux habituels chez He Ping.

 

Il commence par une leçon d’histoire, car le récit se situe – aux confins du désert de Gobi - à un moment charnière de l’histoire chinoise, qui méritait effectivement quelques explications : nous sommes sous les Tang, au septième siècle, dans l’Ouest de la Chine, territoire alors aux franges de l’empire chinois, disputé par des tribus nomades…  l’histoire qui se déroule alors fait intervenir ces nomades, avec un Japonais à la solde de l’empereur pour retrouver un lieutenant mutin, le tout corsé par l’équipée de la fille du général en poste dans ces franges désertiques, qu’il faut ramener à la capitale.

 

Les guerriers de l’Empire céleste

 

Cela ressemble aux intrigues complexes, sur fond historique, des romans de Jin Yong (金庸), mais sans en avoir la profondeur, en particulier au niveau du traitement des personnages. Le film est toujours aussi remarquable pour la beauté de la photo, signée ici Zhao Fei (赵非), mais il ne réussit pas à convaincre, surtout quand on garde en mémoire le souvenir des films précédents de He Ping.

 

2009 : « Wheat »《麦田》

 

Le film suivant, « Wheat » (《麦田》), a nécessité six ans de travail, et a été projeté en ouverture du 12ème festival de cinéma de Shanghai. C’est une superproduction de six millions de dollars qui a exigé la reconstitution historique de la période des Royaumes combattants pendant laquelle se passe l’histoire, celle de deux déserteurs qui se retrouvent du mauvais côté.

 

Le scénario est divisé en cinq sections correspondant aux cinq éléments à la base de la pensée chinoise. Il se veut une réflexion stylisée sur la folie destructrice des guerres, mais non dénuée d’humour, et peut se lire comme un retour aux sources des récits de wuxia. Il est riche en scènes spectaculaires, et il a à nouveau un superbe style visuel. Par ailleurs, la complexité de la trame historique et culturelle est rare dans les films de divertissement, si bien que l’on a pu dire que c’était un « film distrayant pour intellectuels. »

 

Wheat

 

Peinant à trouver son public en Chine, et s’exportant difficilement, He Ping semblait s’être replié sur la production. Pourtant, six ans après « Wheat », témoignant de sa capacité à se renouveler, il surprend en sortant un nouveau film qui n’a apparemment pas grand-chose à voir avec les précédents.

 

2015 : « The Promised Land » 《回到被爱的每一天》

 

« The Promised Land » est le film chinois, et même l’unique film asiatique, figurant dans la sélection de la section qui est l’une des grandes nouveautés du 40ème festival de Locarno, en septembre 2015, la section Zhantai ou Platform, en hommage à Jia Zhangke qui en est membre du jury.

 

C’est une surprise. He Ping a délaissé ses sujets historiques usuels, et abandonné les films à la limite du wuxia et du western sinisé, pour la plupart tournés dans l’ouest désertique et photogénique de la Chine. Comme il l’a expliqué au 18ème festival de Shanghai, en juin 2015, « The Promised Land » traite de la jeunesse chinoise d’aujourd’hui (“当下人年轻人”), et de ses problèmes d’intégration dans la ville moderne.

 

Ce dont il est question, c’est de la difficulté pour des millions

 

The Promised Land

de jeunes transplantés des petites villes rurales à se couler dans un nouveau mode de vie urbain, dans les grosses agglomérations de la Chine moderne qui, avec la destruction de leurs vieux quartiers, ont effacé toute trace de ruralité, avec l’humanité qui allait avec.

 

He Ping présentant « The Promised Land » au 18ème festival de Shanghai avec trois de ses acteurs, Liu Yiwei, Wang Jiajia et Zhang Yi (de g à dr)

 

He Ping a choisi pour personnage principal une jeune femme originaire d’une petite ville, Ai Ling (艾伶), qui est allée travailler à Pékin où elle donnait des cours de yoga. Y ayant perdu son fiancé, Jiang He (姜和), elle revient chez elle en faire le deuil, en un mouvement de retour vers ses racines qui n’est cependant pas sans problèmes non plus. Eternel problème d’impossible retour aux sources identitaires et culturelles.

 

Malgré la rupture thématique, au moins apparente, les acteurs créent un lien avec l’univers des films précédents : dans le rôle principal, Wang Jiajia (王嘉佳) est l’actrice découverte dans « Wheat » (《麦田》), dont on retrouve aussi l’acteur Wang Zhiwen (王志文).

 

Mais c’est sans doute la photo qui marque la plus grande rupture de ton….

 

Trailer

 

 

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Qui sommes-nous ? - Objectifs et mode d’emploi - Contactez-nous - Liens

 

© ChineseMovies.com.fr. Tous droits réservés.

Conception et réalisation : ZHANG Xiaoqiu