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Yang Zhengfan 楊正帆

Présentation

par Brigitte Duzan, 6 août 2013, actualisé 28 août 2018

 

Parti pour être juriste, Yang Zhengfan (楊正帆) a vite opté pour une carrière de cinéaste, mais en développant une vision très personnelle du cinéma : non un cinéma narratif à l’instar du théâtre, comme le sont la quasi-totalité des films chinois, depuis l’aube du cinéma en Chine, mais bien plutôt un art à la jonction de l’image, du mouvement et du son.          

 

Son premier long métrage, « Distant » (《远方》), est une première application de ses réflexions et recherches.

 

Yang Zhengfan

 

Formation atypique

 

Yang Zhengfan est né en 1985 dans le Guangdong, à Zhuhai (珠海), aux portes de Macao, et rien ne le destinait à faire des études artistiques, et encore moins du cinéma. S’il est devenu cinéaste, c’est par choix et par vocation.

 

Chongqing : cursus original               

 

Yang Zhengfan a commencé par faire des études de droit, à l’Université normale de Pékin, par obligation filiale, comme tant d’autres, parce que son père ne concevait son avenir que comme fonctionnaire ou avocat. Mais, comme le droit l’ennuyait énormément, après son diplôme, en 2007, il décida de braver les foudres familiales et d’obliquer vers un cursus artistique. Il avait toujours été passionné de littérature, mais l’influence déterminante pour choisir le cinéma fut « Yi Yi » (一一) d’Edward Yang (楊德昌) : la vie est là, se dit-il.  Il n’avait encore que vingt-deux ans.

 

Zhou Chuanji

 

Choisissant une voie originale, il est alors allé à Chongqing, suivre des cours, en privé, auprès du professeur Zhou Chuanji (周传基). Né en 1925, diplômé de langues de l’université du Shandong, professeur émérite à l’Institut du cinéma de Pékin, Zhou Chuanji a, depuis 1978, donné des cours de formation dans quelque deux cents universités et institutions dans toute la Chine [1] ; il est réputé pour une conception très personnelle, expérimentale, du cinéma, qui a profondément marqué Yang Zhengfan.

 

Celui-ci se souvient en particulier qu’il interdisait à ses élèves l’usage de dialogues, bannissant même l’usage de la parole dans leurs travaux pendant leur formation. En ce sens, « Distant » est directement dérivé de cet enseignement.

 

Hong Kong : le pied à l’étrier

 

De là, en 2010, Yang Zhengfan est entré à l’Université Baptiste de Hong Kong (香港浸会大学), pour suivre un cours sur la production cinématographique. Si l’enseignement prodigué ne lui a guère laissé de souvenirs très utiles, dans la pratique, il y a en revanche rencontré celle avec laquelle il travaille maintenant régulièrement, sa coproductrice et chef opérateur, Zhu Shengze (朱声仄), elle-même documentariste [2].

 

C’est avec elle qu’il a, en 2010, créé sa propre unité de production, Burn the Film Production House [3], d’abord parce qu’il est difficile d’intéresser un producteur quand on commence à réaliser des films et qu’ils ne sont pas spécialement grand public. Mais aussi parce que c’est un des leitmotivs de Zhou Chuanji : il n’y a pas de bon producteur…

 

Quant à la spécialiste du son qui forme le troisième élément

 

Zhu Shengze

de l’équipe, c’est dans la classe de Zhou Chuanji que Yang Zhengfan l’a rencontrée : Huo Siya (霍斯娅), originaire du Guangxi. Même si elle est ensuite allée compléter sa formation à Pékin, elle est donc formée à la même école, qui accorde une importance primordiale à l’image liée au son, à l’image-son. 

 

Par ailleurs, en 2009, à Hong Kong, Yang Zhengfan a également participé à un atelier de montage de Mary Stephen, car il monte aussi ses films. C’est Mary qui a monté l’un de ses courts métrages et elle continue de suivre son travail, en le conseillant au besoin.

 

2013 : Quelques courts métrages, et un long métrage

 

Yang Zhengfan a d’abord réalisé des courts métrages.

 

Courts métrages

 

Son premier court métrage date de 2008, et c’est le second, en 2010, « The Man Behind a Camera », qu’a monté Mary Stephen. C’est cependant avec le troisième, en 2011, qu’il a commencé vraiment à construire un style, bien qu’il n’en soit pas satisfait aujourd’hui et ait tendance à le renier : trop narratif, sans doute.

 

Ce court métrage d’un peu moins d’une demi-heure s’intitule 吞噬tūnshì, c’est-à-dire avalé, englouti. Englouti ? C’est le vieil homme du film : englouti et perdu corps et biens, aux marges d’une société où tout le monde ne pense plus qu’à l’argent. On connaît ce genre d’histoire, mais ce qui vaut ici, c’est son traitement laconique.

 

Tunshi  http://hk.ent.yahoo.com/video/%E5%90%9E%E5%99%AC-%E5%B0%8E%E6%BC%94%

E6%A5%8A%E6%AD%A3%E5%B8%86-023803137.html

 

Papa et moi

 

En 2012, ensuite, Yang Zhengfan a réalisé un court métrage de fin d’études à l’Université Baptiste : « Papa et moi » (《我和爸爸》). Largement autobiographique, le film dépeint les relations entre un père des plus traditionnels qui souhaite voir son fils faire des études lui assurant la réussite sociale, et un fils qui s’entête à rêver de cinéma.

 

Même s’ils ont été présentés et remarqués dans divers festivals (China

Independant Film Festival, Beijing Independant Film Festival, Asian Experimental Film & Video Art Forum, Hongkong Fresh Wave Short Film Festival), ces courts métrages ont une facture encore assez traditionnelle.

 

Yang Zhengfan franchit le pas en 2013 avec son premier long métrage, résolument différent.

 

2013 : premier long métrage

 

« Distant » (《远方》)  se présente dès l’abord  comme une œuvre extrêmement personnelle, strictement structurée, non narrative et volontairement énigmatique, où le sens est à déchiffrer directement dans le condensé image-son : il n’y a pas de dialogues. C’est un film qui ne se lit ni ne se comprend de manière usuelle ; il agit au niveau de la perception intuitive.

 

Avec « Distant », Yang Zhengfan arrive à une maturité artistique qui lui permet de se démarquer des schémas convenus en mettant en pratique l’enseignement de son maître, mais pas seulement. Cette prédilection pour l’image primant la narration a également été nourrie d’influences cinématographiques,  en particulier celle de Wong Kar-wai et de son film de 2004 « Les cendres du temps » (东邪西毒).

 

« Distant » fait figure d’un ovni dans la production

 

Distant

cinématographique chinoise actuelle, indépendante ou non. D’ailleurs, Yang Zhengfan préfèrerait ne pas être classé parmi les cinéastes chinois : il a pour ambition d’en dépasser le cadre, en visant l’universalité. En attendant, le film a déjà fait son bout de chemin : il sera présenté en août 2013 au festival de Locarno (où il sera en compétition dans la section Cineastidel Presente),  puis à ceux de Vancouver et de Varsovie, en septembre et octobre.

 

Et après

 

Yang Zhengfan a écrit le scénario d’un second long métrage. Il a en fait commencé par écrire des histoires, quand il était étudiant, sans même penser pouvoir les tourner. Il a ainsi constitué une vaste réserve de récits tirés de la vie courante, comme ceux qui ont donné naissance aux différentes séquences de « Distant ». Un véritable trésor de guerre dans lequel puiser pour ses films à venir…

 

2016 Where Are You Going ? 

 

Son second long métrage, « Where Are You Going? » (《你往何处去》), il l’a tourné à Hong Kong, où il a vécu cinq ans, de 2009 à 2014, sans avoir jamais réussi à s’y sentir chez lui ; il y est resté, dit-il, un perpétuel  outsider. C’est pour transmettre ce sentiment qu’il a fait ce film, en treize longs plans séquences comme « Distant ». En ce sens, si le sujet est différent, la forme est proche. Mais il a ajouté une sophistication stylistique supplémentaire, en dissociant le son de l’image. Chez lui, tout est d’abord un pari sur la forme, un parti pris esthétique.

 

Il nous montre Hong Kong à travers le pare-brise d’un taxi, comme un écran de verre, celui qui marginalise l’outsider : une ville rêvée, ou de rêve, en mouvement perpétuel, à peine réelle. Mais, si l’image nous montre la réalité de la ville, tout au long de ses rues, le son nous raconte son histoire. On entend en effet des gens dialoguer, dans le taxi, mais sans qu’ils n’apparaissent jamais ; ils restent fantomatiques, sans même de nom, et ils en sont d’autant plus symboliques : ce sont des archétypes, qui représentent un segment de la ville, et de son histoire, de sa mémoire.

 

Le film est chargé de symboles, portés par ce son sans visage qui offre plusieurs niveaux d’interprétation, jusqu’au niveau allégorique, comme le titre, ou comme ce mariage avec un riche Chinois du Continent imposé à une jeune Hongkongaise qui en rappelle un autre, à un autre niveau, justement [4]. A travers les histoires racontées par chacun des passagers du taxi prend forme une ville entre rêve et réalité, à l’identité confuse et l’avenir incertain.

 

Trailer

 

« Where Are You Going? » est sorti en 2016 au festival de Rotterdam, et a été projeté fin 2017 au festival des 3-Continents. Il était logique qu’il figure parmi les films programmés au Festival du cinéma d’auteur à Paris en janvier 2018.

 

2018 Down There 

 

En septembre 2018, un nouveau court métrage de Yang Zhengfan sort à la 75ème Biennale de Venise, dans la section Orizzonti : « Down There » (《那里》).  Il est coproduit par François d’Artemare et Les Films de l’après-midi.

  


 

Filmographie

 

Courts métrages

2008  Tango in the Street 

2010  The Man Behind a Camera 

2011  Tūnshì 《吞噬》

2012  Papa et moi 《我和爸爸》

2018  Down There 《那里》

 

Longs métrages

2013  « Distant » 《远方》

2016  Where Are You Going ? 《你往何处去》

 

 

 


[1] Il est aujourd’hui installé en Californie.

[2] Zhu Shengze était aussi inscrite au MFA de l’Université Baptiste, mais elle a abandonné au bout de la première année pour aller à l’université du Missouri préparer un master en photo-journalisme.  Elle est devenue documentariste après avoir vu « Pétition, la cour des plaignants » (《上访》 de Zhao Liang (赵亮).

[3] Voir le site de "Burn the Film" : www.burnthefilm.org

[4] Voir quelques exemples dans ce très bon article : http://www.sosthene.net/where-are-you-going/

 

 

     

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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