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Feng Xiaogang 冯小刚

Présentation

par Brigitte Duzan, 19 octobre 2011, actualisé 14 juillet 2015

 

Feng Xiaogang est généralement considéré comme un réalisateur de films commerciaux sachant répondre aux goûts du grand public, dans le genre dramatique tout comme dans le registre de la comédie.

 

C’est une approche réductive de l’un des meilleurs cinéastes chinois actuels. Une analyse un peu plus poussée de son œuvre et de ses conditions de création montre qu’il s’agit en fait d’un réalisateur travaillant, dans le climat ambiant de pressions tant politiques qu’économiques, à créer une œuvre personnelle forte, tout en restant attentif aux résultats financiers. 

 

L’œuvre de Feng Xiaogang fait le lien entre cinéma commercial et cinéma d’auteur, ou, si l’on préfère, c’est un compromis pragmatique entre les deux qui contribue à brouiller les critères usuels de distinction.

 

Feng Xiaogang

 

Débuts de scénariste sur le tas

 

Zheng Xiaolong

 

Né à Pékin en 1958, Feng Xiaogang ressent dès l’enfance une passion pour la littérature et les arts. La Révolution culturelle l’oblige cependant à interrompre ses études à la fin du collège : il entre dans une troupe de théâtre de l’Armée, à Pékin, où il est affecté à la direction artistique, en charge des décors.

 

A la fin de la Révolution culturelle, il entre dans une société de construction, pour s’occuper des spectacles proposés aux travailleurs, puis, en 1985, devient responsable artistique au Centre artistique de la télévision de Pékin (北京电视艺术中心). Il acquiert ainsi une expérience pratique des productions télévisées.

 

C’est en 1990 que débute, timidement, sa carrière cinématographique : il est coscénariste, avec Zheng Xiaolong (郑晓龙), du second film réalisé par Xia Gang (夏刚),

« Unexpected Passion » (《遭遇激情》), qui remporte quatre ‘Coq d’or, dont celui du meilleur scénario.(1)

 

Avec Wang Shuo (王朔) (2) et Ma Weidou (马未都, il coécrit ensuite le scénario d’une série télévisée en 25 épisodes réalisée par Zhao Baogang  (赵宝刚) : « Stories from the Editorial Board » (《编辑部的故事》). C’est une satire pleine d’humour et de gags qui fait figure de précurseur : la première série télévisée qui soit une comédie. C’est aussi le début d’une longue coopération avec son ami, l’écrivain turbulent et controversé Wang Shuo.

 

En 1991, il écrit encore avec Zheng Xiaolong (郑晓龙) le scénario d’un autre film de Xia Gang (夏刚) : « After Separation » (《大撒把》), qui obtient cinq Coq d’or, dont, à nouveau, celui du meilleur scénario. Ce film est déterminant pour la vie et la carrière de Feng Xiaogang : le rôle principal est interprété par Ge You (葛优), acteur extraordinaire qui deviendra son acteur fétiche. Quant au principal rôle féminin, il est interprété par l’actrice Xu Fan (徐帆) qui va devenir son épouse.

 

Affiche de Stories from the Editorial Board

 

Premiers pas de réalisateur

 

Il enchaîne avec une autre série télévisée, dont il est non seulement scénariste mais cette fois aussi réalisateur, « Un Pékinois à New York » (《北京人在纽约》), où le rôle principal est interprété par Jiang Wen (姜文).

 

Tâtonnements et expérimentation

 

C’est en 1994 qu’il signe son premier film hors télévision, dont il a écrit le scénario et dont il assure aussi la direction artistique : « Gone Forever With My Love » (《永失我爱》), drame plein d’humour, adapté de deux nouvelles de Wang Shuo : « Flight Attendant » (《空中小姐》) et « Death after a High» (《过把瘾就死》). Il traite des difficultés du triangle amoureux, sur fond de regret nostalgique des vieux quartiers de la capitale où le réalisateur et l’écrivain ont grandi.

 

Par ailleurs, le film est le premier à être bâti sur un thème récurrent dans les films de Feng Xiaogang : il raconte en effet l’histoire d’un chauffeur tombé amoureux d’une hôtesse de l’air, début très semblable à celui du film de 2008 « If You Are The One » (《非诚勿扰1) . Par ailleurs, l’histoire est d’autant plus poignante qu’elle est raconté par un narrateur décédé qui explique se rappeler les moments ayant précédé sa mort.

 

Affiche de After Separation

 

Les deux années suivantes, Feng Xiaogang revient aux séries télévisées. Wang Shuo le quitte en 1995, et il travaille alors avec d’autres écrivains sur des séries peu connues qui sont autant d’expérimentations. Il réalise ainsi un drame en dix épisodes adapté de deux nouvelles de Liu Zhenyun (刘震云) (3) : « Danwei » (《单位》) et « Des plumes de poulet partout » (《一地鸡毛》).

 

Une autre série en dix épisodes, « The other side of the moon » (《月亮背面》), est une adaptation d’une nouvelle éponyme de Wang Gang (王刚). C’est une histoire d’amour pleine de dilemmes et conflits intérieurs qui semble influencée par Xia Gang. Autant Wang Gang que Liu Zhenyun continueront à collaborer avec Feng Xiaogang.

 

Censure et crise

 

Ces séries ne sont pas des succès financiers, mais, bien plus grave et chose qu’on évoque rarement bien qu’elle soit importante pour comprendre le réalisateur, Feng Xiaogang est alors frappé d’interdiction par le bureau de la censure. En 1993, il avait créé avec son ami Wang Shuo une société de production de films et séries télévisées : Gold Dream TV and Film Production and Consulting. Mais ses critiques de plus en plus directes des problèmes socioculturels le mettent peu à peu dans une situation tendue vis-à-vis des autorités de censure.

 

En 1996, le tournage du film qui aurait dû être « Living a Miserable Life » (过着狼狈不堪的生活) est arrêté à mi-course (4). Les structures qu’il avait montées sont ruinées, Gold Dream est fermée en 1997. C’est un échec financier pour le réalisateur qui a investi une partie de sa fortune personnelle dans l’aventure. Il met deux ans avant de s’en remettre et recommencer à tourner.

 

Ces années auront laissé des traces : on retrouve souvent dans ses scénarios ultérieurs des personnages de petit businessmen aux prises avec des difficultés financières, ou tout simplement de pauvre bougre qui n’arrive pas à joindre les deux bouts avec ses petits boulots. Et lui-même prêtera une attention particulière à ses résultats au box office.

 

Mais il tire les leçons de l’aventure : non seulement il a acquis une expérience de la gestion cinématographique, et en particulier du financement, mais il a aussi fait des expériences stylistiques, et cela lui permet d’amorcer une nouvelle étape. Il est à deux doigts de passer au cinéma indépendant, mais finalement, il préfère gommer la critique sociale de ses films ainsi que toute nuance de cynisme à la Wang Shuo,  et partir d’un nouveau pied.

 

1997 : premier grand succès

 

Cette période de purgatoire s’achève ainsi le 20 décembre 1997 avec la sortie du premier grand succès de Feng Xiaogang « Dream Factory » (《甲方乙方》, c’est-à-dire ‘Partie A, Partie B’). Tourné avec un budget de six millions de yuans, soit environ 830 000 dollars, le film a au total rapporté six fois plus. Mais son importance va bien au-delà des

 

Affiche de Dream Factory

chiffres : c’est non seulement une étape décisive dans la carrière du réalisateur, il marque aussi la naissance d’un genre nouveau.

 

Le film est le premier tourné par Feng Xiaogang avec Ge You (葛优)  dans le rôle principal, crâne rasé et regard ironique. Sorti au moment des fêtes de fin d’année, il lance par ailleurs un genre qui va devenir une mode et, finalement, une tradition nationale : le hesui pian (贺岁片), c’est-à-dire les films réalisés pour animer les soirées familiales des fêtes du Nouvel An, des comédies légères, réalisées avec des budgets modestes.

 

Bien que ce ne soit pas mentionné dans le générique, le scénario serait adapté d’une nouvelle de Wang Shuo, « Tu n’es pas quelqu’un d’ordinaire » (《你不是一个俗人》), mais ce n’est tout au plus qu’un point de départ. Dès ce premier hesui pian, Feng Xiaogang déploie les ingrédients qui vont faire le succès de ses chefs d’œuvre à venir : un humour corrosif et communicatif d’abord, des scénarios superbement bien ficelés, et des dialogues aux répliques souvent décalées, comme les personnages, devenus des classiques du genre.

 

Les deux acteurs de Dream Factory

 

C’était encore en 2008 son film préféré, sans doute parce qu’il lui a donné beaucoup de mal. Il a en particulier déployé beaucoup d’efforts pour le promouvoir, parcourant 21 villes en 19 jours pour le présenter dans la Chine entière. A partir de là, le hesui pian va devenir sa marque de fabrique jusqu’en 2003 et sa consécration internationale avec « Le portable » (《手机》), et sa reprise dans les chefs d’œuvres de 2008 et 2010.

 

1997-2003 : la grande période des ‘hesui pian’

 

« Dream Factory » amorce une période de cinq comédies du même genre qui consacrent Feng Xiaogang comme le ‘roi du box office’ (票房之王) en Chine, titre qu’il ne fera que consolider par la suite, au fur et à mesure qu’il affinera son style. Les problèmes ne viendront que lorsqu’il essaiera de le diversifier.

 

En 1998, « Be There or Be Square » (《不见不散》)  reprend le duo d’acteurs du film de Xia Gang, huit ans plus tôt : Ge You et Xu Fan. On retrouve bien d’autres ingrédients des films précédents et à venir, avec une intrigue douce-amère fondée sur un couple qui a du mal à se stabiliser, et encore l’avion comme élément déterminant de l’intrigue, mais ici sans hôtesse de l’air.

 

Le film se passe dans la communauté sino-américaine de Los Angeles ; c’est le premier film de Chine populaire à avoir été tourné aux Etats-Unis.

 

Après « Sorry Baby » (《没完没了》) en 1999, l’année suivante, « A Sigh » (《一声叹息》) est tourné à nouveau sur un scénario de Wang Shuo. C’est l’histoire d’un couple au bord du divorce, le mari, écartelé entre son attirance pour une jeune femme et son sentiment du devoir familial et

 

Affiche de A Sigh

surtout paternel, faisant son possible pour rester auprès de sa femme afin de ne pas perturber leur petite fille.

 

Affiche de Big Shot’s Funeral

 

Zhang Guoli (张国立) interprète le rôle principal et Xu Fan (徐帆) celui de l’épouse, mais Feng Xiaogang n’a encore trouvé ni le ton ni le style qui vont faire le succès de ses films à partir du suivant.

 

Fin 2001, en effet, « Big Shot's Funeral » (《大腕》) est une comédie aux accents de satire sociale. Un réalisateur américain, interprété par Donald Sutherland, est venu en Chine tourner un remake du « Dernier empereur », mais, en panne d’inspiration et en proie au doute, il se voit retirer le projet, confié à un jeune réalisateur, son nom restant quand même sur l’affiche, pub oblige. Se sentant mal, il demande à son cameraman de lui organiser des funérailles drôles, et meurt. Sur quoi commence une affaire en or pour ledit cameraman qui se lance dans un business juteux, en vendant en particulier des espaces publicitaires pour les funérailles du ‘big shot’.

 

Le cameraman est interprété par un Ge You en pleine forme, la comédie est déjantée et drôlissime, mais le film reste inégal. Il rencontre pourtant un succès inattendu : il récolte 37 millions de yuans au box office, renouant avec le succès de « Dream Factory ». Mieux, il est le favori de la critique chinoise et obtient plusieurs prix aux Cent fleurs. C’est un début.

 

Deux ans plus tard, en 2003, « Cell Phone » (《手机》) est une autre satire, celle

 

Big Shot’s Funeral, Ge You et Donald Sutherland

de l’engouement moderne pour les nouvelles technologies, et les conséquences que leur développement entraîne au niveau des relations individuelles ; les téléphones font aujourd’hui un peu désuet, dans le film, mais le propos est toujours autant d’actualité.

 

Affiche de Cell Phone

 

Pour une comédie, « Cell Phone » fait à peine rire ; c’est encore une fois une satire, ici des revers du progrès, un progrès technologique qui permet à chacun de tromper bien plus facilement son entourage, mais avec quelques dangers à la clef pour les négligents qui laisseraient traîner leur portable.

 

Les acteurs sont les mêmes que ceux des films précédents, Ge You, Zhang Guoli et Xu Fan, auxquels il faut ajouter Fan Bingbing (范冰冰), et le scénario est adapté, par l’auteur

lui-même, d’une nouvelle de Liu Zhenyun que le film contribua à rendre instantanément célèbre (2). Mais Feng Xiaogang a peaufiné son style, s’est interdit tout gag exagéré, tout est apparemment lisse et sans éclat, comme la vie des gens qu’il dépeint.

 

Cette fois, les recettes dépassèrent les 50 millions de yuans, le film rafla les trois principaux prix aux Cent fleurs, et le film connut le même succès à l’étranger. Il a été élevé au rang de classique, bien qu’il ait un peu vieilli. Mais la séquence introductive est toujours aussi percutante, qui nous renvoie une vingtaine d’années en arrière, question de bien apprécier les progrès parcourus par la Chine en si peu de temps. Les entrées en matière sont une spécialité du réalisateur.

 

Le film suivant, en 2004, marque l’apogée d’un style que Feng Xiaogang ne reprendra que quatre ans plus tard : « A World without Thieves » (《天下无贼》). D’un monde de menteurs, on passe à un monde de voleurs, mais sur un ton plus chaleureux, avec un zest d’idéalisme et de confiance dans la nature humaine, à travers un personnage naïf dont les trésors de bonté candide attirent la sympathie et déjouent les intrigues visant à le dévaliser.

 

Le personnage de ce jeune paysan qui revient du Tibet, où il a travaillé sur un chantier, pour aller se marier dans son village, les poches pleines de l’argent gagné, est interprété par un acteur qui se spécialisera ensuite dans les rôles du même genre : Wang Baoqiang (王宝强). Acteur sans formation, il s’était fait connaître l’année précédente par son rôle dans « Blind Shaft » (盲井) qui lui avait valu le prix du meilleur

 

Affiche de A World without Thieves

nouvel acteur aux Golden Horse (5). Il irradie le film de son sourire benêt. Les autres personnages sont des rôles de composition d’acteurs éprouvés, dont Ge You, Li Bingbing (李冰冰) et un Andy Lau (刘德华) méconnaissable.

 

 

Wang Baoqiang dans A World without Thieves

 

 

Le scénario est adapté d’une nouvelle, publiée en 1999, d’un auteur que le film n’a pas élevé à la célébrité : Zhao Benfu (赵本夫). Peut-être parce que ses nouvelles sont trop enracinées dans la culture locale (地域文化), mais surtout parce que le film est différent : sa réussite tient à son humour noir, exprimé dans des dialogues ciselés qui sont cités comme on cite en Chine des poèmes. Il a d’ailleurs été couronné du prix du meilleur scénario aux Golden Horse awards en 2005.

 

Andy Lau et Li Bingbing dans A World without Thieves

 

Feng Xiaogang est arrivé là à un sommet de sa carrière. Il est le maître incontesté du hesui pian, chacun de ses films est un succès financier, il a la confiance du grand manitou des studios de Pékin, Han Sanping (韩三平).

 

Mais, en 2004, les Huayi Brothers (华谊兄弟), qui avaient créé un label musical en 1994, créent une filiale dédiée à la production et diffusion cinématographique, Huayi Media. C’est l’époque où le cinéma chinois est arrivé au point de son histoire où il a décidé de rivaliser avec

Hollywood et veut s’en donner les moyens, en le copiant.

 

C’est sans doute à l’instigation de la Huayi que Feng Xiaogang se lance alors dans une autre aventure, sans doute aussi parce qu’il ne veut pas se laisser enfermer dans un genre et un style. C’est un virage brutal : le passage à des films commerciaux à gros budgets.

 

2006-2007 : Virage en fanfare

 

Feng Xiaogang va tourner successivement deux films ambitieux, dans deux genres totalement différents, dont le premier se solde cependant par un semi échec commercial.

 

Le sigle de Huayi Media

 

Aventure ratée : The Banquet

 

Le genre choisi pour le premier film, sorti en 2006, est celui qui a conquis la planète en 2000 avec « Tigres et dragons » (《卧虎藏龙》) : le film d’arts martiaux. Donc, fin des comédies de fin d’année à modestes budgets : après le hesui pian, voilà Feng Xiaogang investi dans le wuxia pian (武俠).

 

Affiche de Le banquet

 

« The Banquet » (《夜宴》) est un film qui affiche tout de suite son ambition : il est annoncé comme inspiré, sinon adapté, du « Hamlet » de Shakespeare ; c’est un drame sur les thèmes de la vengeance et du destin, situé pendant une période troublée de l’histoire de la Chine, le 10ème siècle, celle dite ‘des cinq dynasties et dix royaumes’.

 

Le film a bénéficié de tout ce que le cinéma chinois pouvait offrir pour qu’il soit une réussite, en lorgnant vers les succès antérieurs du genre ; les scènes de combat, en particulier, ont été chorégraphiées par le maître en la matière Yuen Wu-ping (袁和平), celui qui avait signé la chorégraphie de celles de « Tigres et Dragons ». La photo, somptueuse, est signée Zhang Li (张黎), le directeur de la photo des deux films précédents de Feng Xiaogang, et les acteurs sont évidemment triés sur le volet, dont Ge You en première ligne bien sûr.

 

Le rôle de l’impératrice, cependant, est interprété par Zhang Ziyi (章子怡) alors que des actrices plus mûres, plus adaptées au personnage, avaient été pressenties, Maggie Cheung en particulier. C’est sans doute pour évoquer les rôles de l’actrice dans « Tigres et Dragons », justement, ainsi que « Hero », de Zhang Yimou. Mais le scénario a dû être adapté pour « rajeunir » le personnage, et l’actrice flotte dans son rôle.

 

Le film est sauvé par la pure beauté des images, c’est un festin pour l’œil. C’est certainement pour cela qu’il a obtenu une mention spéciale au festival de Venise. Feng Xiaogang et Yuen Wu-ping recréent la magie du vrai wuxia : l’irréalité du rêve (6). Le problème est que cela ne colle pas avec le reste d’un scénario confus qui s’attache, lui, à créer une fiction historique d’une extrême complexité, et peu crédible.

 

Si Feng Xiaogang était allé au bout de sa

 

Splendeur des costumes et des décors

tentative de stylisation du genre, « The Banquet » aurait pu devenir un chef d’œuvre. Tel qu’il est, il ne satisfait personne, sauf les fans inconditionnels de Zhang Ziyi… Sorti aux Etats-Unis sous le titre « The Legend of the Black Scorpion », il a fait un ‘flop’, comme on dit. Mais on peut se demander quelle est la part de Feng Xiaogang dans ce film.

 

Rattrapage : Assembly

 

Feng Xiaogang a ensuite abandonné toute stylisation pour en revenir à un style réaliste prisé du grand public chinois. « Assembly » (《集结号》) est un drame qui retrace un épisode particulièrement sanglant de la guerre civile chinoise, intervenu en 1948.

 

Divisé en deux parties, le film commence par donner une image hyper-réaliste, à la Spielberg, des combats qui ont anéanti une compagnie de soldats, sacrifiée pour sauver l’arrière de l’armée. La seconde partie, plus dans le style personnel de Feng Xiaogang, retrace la lutte du commandant rescapé pour faire reconnaître le sacrifice de ses soldats, et se racheter lui-même.

 

Cette seconde partie est en fait la plus importante, celle qui émeut et fait du film autre chose qu’un énième film de

 

Affiche de Assembly

guerre. Feng Xiaogang montre là qu’il sait désormais adapter son style à toutes sortes de scénarios, et en faire des succès auprès du public comme de la critique.

 

Chef d’œuvre : If you are the one

 

En 2008, le réalisateur est enfin revenu au genre où il est vraiment passé maître, celui de ses premiers succès : ces comédies dites romantiques mais tout aussi satiriques qui restent son véritable domaine d’élection. « If you are the one » (《非诚勿扰》 est un chef d’œuvre qui a drainé et enthousiasmé les foules en Chine comme ailleurs, mais le plus étonnant est que le film a été suivi d’un second, intitulé tout simplement « If you are the one 2 » (《非诚勿扰2qui est peut-être encore meilleur que le premier.

 

L’histoire biaisée

 

Entre ces deux comédies, en 2009, est sorti un film sur le tremblement de terre de Tangshan, « Aftershock » (《唐山大地震》), qui prête à controverse par la manière dont le sujet – encore tabou - est traité : c’est un mélodrame qui met l’accent sur le drame vécu par une femme et ses enfants, lors

 

Affiche de If you are the one

du tremblement de terre et dans les années suivantes, en gommant la responsabilité historique du gouvernement chinois de l’époque dans la mauvaise gestion de la crise humanitaire entraînée par le séisme. Le film est tellement lisse et bien interprété que la plupart des spectateurs sont passés à côté des défauts du scénario à cet égard.

 

En 2012, Feng Xiaogang a réalisé un autre film dans la lignée d’« Aftershock », « Back to 1942 » (《温故1942), sur une grande famine qui a ravagé le Henan en 1942, mais restée inconnue jusqu’à ce que Liu Zhenyun, qui est originaire de la province, en entende parler et aille enquêter sur place. Le film est adapté du livre qu’il a tiré de ses recherches. Là encore, cependant, le scénario est une manière de charger le Guomingdang de la responsabilité de la catastrophe, en soulignant sa corruption et sa non-réactivité face à l’ampleur du désastre. Le film a même des côtés outranciers, en particulier dans l’image donnée de l’église catholique, en ligne avec les clichés habituels.

 

Retour à la comédie

 

 

Personal Tailor

 

 

En 2013, Feng Xiaogang est ensuite revenu vers la comédie avec « Personal Tailor » (《私人定制》), sorti pour les fêtes de fin d’année, mais sans avoir le succès escompté.

 

 

 

Notes :

(1) J’ai conservé les titres anglais, c’est ainsi que les films sont catalogués ; le titre français, quand il existe, en général peu connu et loin du titre chinois, ne fait que rendre les choses plus confuses.

(2) Sur Wang Shuo (王朔), voir : www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_Wang_Shuo.htm

(3) Sur Liu Zhenyun (刘震云), voir : www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_LiuZhenyun.htm

(4) La mention même du titre a disparu des catalogues et biographies du réalisateur. On le trouve évoqué brièvement dans « The cinema of Feng Xiaogang: commercialization and censorship in Chinese cinema after 1989 », Rui Zhang, Hong Kong University Press, 2008, p. 10

(5) Sur « Blind Shaft » et l’auteur de la nouvelle dont le film est adapté, voir :

www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_LiuQingbang.htm

(6) Ce qui a d’ailleurs valu au film les critiques outrées des spécialistes d’arts martiaux !
 



Filmographie de Feng Xiaogang :

 

2013         Personal Tailor                           《私人定制》
2012         Back to 1942                            《温故1942》

2010         If You are the One 2                   《非诚勿扰2

2009         Aftershock                                《唐山大地震》                       
2008         If You are the One 1                  
《非诚勿扰1
2007         Assembly                                  
《集结号》
2006         The Banquet                     
         《夜宴》
2004         A World without Thieves              
《天下无贼》
2003         Cell Phone                         
       《手机》
2001         Big Shot's Funeral            
          《大腕》
2000         A Sigh                                      
《一声叹息》     
1999         Sorry Baby                        
        《没完没了》
1998         Be There or Be Square                 
《不见不散》
1997         Dream Factory                           
《甲方乙方》
1994         Gone Forever With My Love   
       《永失我爱》

 


 

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Feng Xiaogang sur la censure

 

 

 

 

 

 

 

 
     
     
     
     
     
     
     
     

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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